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« L’Assemblée nationale (…) révoque tous ajournements, réserves et exceptions insérés dans les précédents décrets, relativement aux individus juifs qui prêteront le serment civique qui sera regardé comme une renonciation à tous privilèges et exceptions introduits précédemment en leur faveur ».

Ces mots un peu arides datent du 27 septembre 1791, ils sont extraits du décret d’émancipation de tous les Juifs de France. Tous les Juifs de France car le 28 janvier 1790, l’Assemblée nationale a accordé la citoyenneté aux Juifs portugais, espagnols et avignonais.

Le décret que l’on retient, celui du 27 septembre 1791 élargit le principe plus qu’il ne le formule. Comme souvent en histoire le mythe l’emporte sur la réalité : les Juifs ne furent pas émancipés par la République mais par décret de l’Assemblée nationale au nom de « Louis par la grâce de Dieu et par la loi constitutionnelle de l’Etat, roi des français. »

Il s’agit bien évidement de Louis XVI, roi de France et de Navarre qui fut au préalable en 1784 à l’origine de l’abolition des droits corporels des Juifs de Basse Alsace, le « juden-Leibzoll » selon la dénomination officielle de ce péage. Soumis comme des mammifères à un péage injurieux sur les terres seigneuriales, les Juifs furent assimilés aux animaux des siècles durant.

Mais à la veille de la Révolution, on ne peut parler d’une communauté juive de France car en effet, les Juifs d’Alsace et de Lorraine, ceux du Sud-Ouest (les « Portugais ») et ceux du Comtat Venaissin ne jouissent pas du même statut. Quelques juifs vivent à Paris mais sans bénéficier d’aucune reconnaissance officielle. Cette différence de statut explique les comportements distincts de ces communautés lorsqu’éclata la révolution.

En 1788, la Société royale des arts et des sciences de Metz ouvre son concours dont le sujet « Est-il moyen de rendre les Juifs plus utiles et plus heureux en France » est traité sans concession, et avec force clichés, par l’abbé Grégoire dans son « Essai sur la régénération physique, morale et politique des Juifs »

Pour l’abbé Grégoire, il ne fit guère de doute que la misérable condition juive à la veille de la Révolution résulta de l’oppression de l’histoire et non de la « nature juive ». « Vous exigez qu’il aime une patrie, donnez lui en une » lança t-il dans son Essai en 1788.

De cette patrie, les Juifs vont tomber fous amoureux. Pour le meilleur et pour le pire…

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