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Ariel Sharon l’un des leaders de la nation israélienne, modèle de la droiture et la justesse est décédé ce samedi, à Tel Aviv, à l’âge de 85 ans.

Fils d’immigrants russes, il est né le 26 février 1928 à Kfar Malal, au nord de Tel-Aviv, une des premières communautés rurales des pionniers sionistes sous le mandat britannique. Aujourd’hui, le ranch des Eucalyptus des Sharon est un des grands domaines agricoles dans le sud du pays.

Si la classe politique israélienne a rendu un large hommage à la mémoire d’Ariel Sharon, c’est parce qu’il était un général légendaire, héros des guerres de1967 et 1973, mais aussi parce que son action politique , à différentes étapes de sa carrière, lui a attiré des soutiens de tous bords surtout notamment  de la part des partisans d’un compromis avec les Palestiniens.

Ariel Sharon a démantelé les implantations au Sinaï et à Gaza

En 1979 il a démantelé sans scrupules, au lendemain des accords de Camp David, les implantations juives du Sinaï parce qu’il estimait que l’intérêt du pays l’exigeait.  La droite nationale ne lui pardonnera jamais cette incartade et aujourd’hui se réjouit de son départ définitif.

Mais les nationalistes israéliens purs et durs n’ont pas été au niveau de son génie politique et le divorce fut prononcé au cours de l’année 2005. Ils l’ont accusé d’être à l’origine de l’effondrement des partis de droite, et du Likoud en particulier, parce qu’il avait créé son parti Kadima qui avait siphonné les voix de droite et de gauche. Cela lui servit de levier pour prendre la place de premier ministre avec à la clé une majorité pour évacuer sans condition Gaza.

Alors qu’en 2002 il affirmait que « le sort de Netzarim est le même que celui de Tel-Aviv», trois ans plus tard, il prenait la décision d’évacuerles troupes israéliennes et les implantations juives dans le territoire côtier palestinien.

En bon stratège politique, il avait compris qu’Israël n’avait aucun intérêt à une région qui coûtait cher en soldats et en budget, pour un résultat contestable. Il ordonna l’évacuation, sans conditions, de 8.500 habitants juifs des implantations dans un délai éclair. Cela ne lui fut jamais pardonné, encore aujourd’hui, par ceux qui le considèrent comme un « traître à la cause sioniste  ».

C’est d’abord ce pragmatisme, sa capacité à prendre des décisions impopulaires auprès d’une partie de sa majorité politique, qui est mis en valeur aujourd’hui.La plupart reconnaissent que celui qu’ils surnommaient « Arik », avait alors agi en homme d’État.

La décision d’Ariel Sharon a montré qu’un gouvernement israélien de droite doté d’une véritable volonté politique peut faire d’importantes concessions pour la cause de la paix avec les Palestiniens. 

En 2005, il décida donc d’évacuer Gaza, prenant à contre-pied de l’opinion des siens.Cette décision fut fatale à la majorité qu’il avait formée en 2003, des cadres du Likoud et des nationalistes s’opposant alors frontalement à lui pour éviter l’évacuation des 8.000 habitants des implantations. Il quitta le parti pour créer Kadima, prenant les meilleurs éléments pour appliquer sa politique après les élections anticipées de 2006.

Des élections qu’il ne vit pas après son accident vasculaire cérébral quasi-fatal du 4 janvier 2006.

S’il s’était remis de son accident vasculaire cérébral, il aurait certainement appliqué le processus auquel il rêvait depuis 1970 et qui est brandi actuellement par la droite nationale. Il avait demandé au journaliste de gauche Uri Avnéri, proche des Palestiniens, de lui organiser une rencontre avec Yasser Arafat pour lui faire part de son projet de créer un état palestinien en fédération avec la Jordanie.

Les discussions entamées avec Yasser Arafat devaient se poursuivre avec Mahmoud Abbas, son bras droit, qu’il recevra secrètement mais sans résultat probant.

Tzipi Livni, la ministre de la justice, qui est aussi chargée des négociations avec les Palestiniens, et qui a participé à la création du parti centriste Kadima avec Ariel Sharon, avait publié, en mai 2012, un article pour souligner à quel point la détermination et le caractère d’homme d’État de celui qu’on surnommait « le Bulldozer » manquaient à Israël.

« Il a prouvé que pour un vrai leader, écrivait-elle, les considérations politiciennes ne dictent pas la politique. » Il était un premier ministre « qui ne cède pas aux caprices des partis sectaires », ajoutait Mme Livni en faisant référence à sa décision de faire évacuer, en 2005, à l’encontre des sentiments d’une large partie de sa majorité, les vingt et une habitations juives situées dans la bande de Gaza, ainsi que quatre village en Judée Samarie.

Ariel Sharon n’a pas été compris par les siens

En 2005, lorsqu’il a mené avec succès et sans état d’âme le retrait de la bande de Gaza, les nationalistes avaient interprété l’acte d’évacuation comme un préliminaire à un retrait de Judée Samarie. Et ils s’y opposèrent en mobilisant les forces religieuses qui inspiraient les habitants des implantations.

Le rabbin d’extrême-droite Yossi Dayan avait imploré ses rabbins et guides spirituels de lancer une ”pulsa denura”, genre de fatwa juive, afin d’invoquer les feux du ciel pour foudroyer la personnalité maudite d’Ariel Sharon. La mort était selon lui le «dernier espoir» de faire capoter son plan et il avait affirmé : «Oui, je souhaite la mort d’Ariel Sharon et je suis prêt à lui lancer une pulsa denura. Sharon mérite la mort parce qu’il met en danger les Juifs, le sionisme et 2 000 ans de prières pour le retour sur la terre promise».

Sharon n’a pas été compris par les nationalistes car il a quitté Gaza, qui n’était pas considéré par lui comme d’intérêt national, pour mieux défendre les implantations juives de Cisjordanie. Il avait formellement déclaré en 2005 : «Je n’ai jamais pensé que la petite société juive de Gaza, sept ou huit milles Israéliens qui vivent au milieu d’un million et demi de Palestiniens dont le nombre augmente sans cesse, puisse devenir majoritaire. Je n’ai jamais pensé que cela deviendrait une partie inaliénable de l’État d’Israël; c’est pour cela que j’ai décidé ce retrait. Nous sommes encore dans une phase de préparation du plan. Il faut d’abord en finir avec le terrorisme et les appels à la violence.»

Harcelé par les durs de la droite, il claque la porte du Likoud, le grand parti de la droite nationaliste et fonde Kadima, un parti plus centriste. Tous les sondages donnent sa nouvelle formation favorite pour les élections prévues au début de 2006. Mais Ariel Sharon ne verra jamais sa victoire, qui reviendra à Ehoud Olmert, son successeur à la tête de Kadima.

Le 4 janvier 2006, il est terrassé par une attaque cérébrale foudroyante dont il ne se remettra jamais. Ce coup du sort survient au moment où tout semblait lui réussir après cinq années au poste de premier ministre.

Nahum Barnea, éditorialiste réputé du quotidien Yediot Aharonot, écrit que, s’il n’avait pas succombé à une attaque cérébrale en 2006, Ariel Sharon n’aurait passé que quelques mois à négocier avec les Palestiniens avant d’imposer un désengagement unilatéral de la plupart des villages juives de Judée Samarie. Cette affirmation est corroborée par des informations publiées, lundi 13 janvier 2014, par le quotidien (de gauche) Haaretz, lesquelles se fondent sur des câbles diplomatiques, révélés parWikiLeaks, entre l’ambassade des Etats-Unis à Tel-Aviv et le département d’Etat américain.


Une reconnaissance de son héritage de pragmatisme

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a été le premier à saluer le “courage politique” dont Ariel Sharon a fait preuve en ordonnant le retrait israélien de Gaza en 2005 et a appelé l’actuel premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à s’inspirer de son “pragmatisme”.

Selon le porte-parole de l’ONU Martin Nesirky, “on se souviendra (d’Ariel Sharon) pour le courage politique et la détermination dont il a fait preuve en appliquant la décision douloureuse et historique de retirer les colons et les soldats israéliens de la bande de Gaza”.
Évoquant les négociations de paix israélo-palestiniennes auxquelles participe “son successeur” Benjamin Netanyahu, Ban Ki-Moon avait appelé Israël à ”s’inspirer de l’héritage de pragmatisme (de Sharon) pour s’efforcer de créer enfin un État palestinien indépendant et viable, aux côtés d’un Israël en sécurité”, a ajouté le porte-parole.

“Tout au long d’une vie dévouée à l’État d’Israël, Ariel Sharon a été un héros pour son peuple, d’abord comme soldat puis comme homme d’Etat”, poursuit le communiqué. Exprimant sa “tristesse” face à ce décès, Ban Ki-Moon “renouvelle l’engagement des Nations unies à travailler avec le gouvernement et le peuple d’Israël en faveur de la paix et la sécurité”.

La mémoire d’Ariel Sharon vivra “à jamais dans le cœur de la nation”, a affirmé le chef du gouvernement israélien Benjamin Netanyahu.
“L’État d’Israël s’incline devant la disparition de l’ancien Premier ministre Ariel Sharon”, a déclaré dans un communiqué Benjamin Netanyahu en exprimant son “profond chagrin”.

Les Israéliens ont été des milliers, dimanche, à se rendre à la Knesset, le Parlement israélien, pour rendre un dernier hommage à Ariel Sharon, dont le cercueil a été exposé toute la journée.

Aujourd’hui nous partageons la douleur du peuple d’Israël causée par le décès de l’ancien premier ministre, l’un des derniers pionniers de l’État d’Israël. Il nous a quittés hélas, et il y a une certitude dans largement partagée en Israël et ailleurs (1) qu’il n’a pas laissé un “héritier” pour continuer son œuvre magistrale.

Souhail Ftouh

(1) Voir l’article du Professeur David Bensoussan :Le legs d’Ariel Sharon

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