Captage de carbone : Israël pourrait avoir sa première usine purifiant l’air du CO2


Une entreprise canadienne serait en discussion avec des investisseurs israéliens pour construire la première usine de stockage et de captage de carbone sur le sol israélien. Cette technologie coûte extrêmement cher.

La technologie de captage et de stockage du carbone, sert à séparer le dioxyde de carbone du reste des éléments qui sont captés.

Carbon Engineering, une firme de la Colombie-Britannique, a réussi à attirer l’attention des investisseurs israéliens pour transférer une technologie qui peut jouer un rôle majeur dans la lutte contre les changements climatiques. La firme canadienne espère commercialiser son procédé à plus grande échelle d’ici la fin de la décennie.

Capter le carbone de l’atmosphère à un coût abordable, c’est le pari de cette entreprise canadienne. Le concept frappe l’imagination : une usine purifiant l’air du CO2 contenu dans l’atmosphère et le transformant en combustible synthétique qui servira à propulser les voitures et les avions de demain.

En faisant en sorte que ces usines deviennent aussi communes que des usines de traitement des eaux ou des centrales électriques, Carbon Engineering compte contribuer à éviter les pires scénarios imaginés par le GIEC, le groupe intergouvernemental d’experts sur le climat.

« L’industrie de l’aviation ne réussira peut-être pas à réduire ses émissions, explique Steve Oldham, le PDG de Carbon Engineering. Mais, si on construit des usines pour enfouir le CO2 sous terre, on pourra continuer à conduire des voitures ou à prendre l’avion. »

 

Ce pari fou est déjà possible pour capter du carbone 

Actuellement, c’est la course, il y a énormément de laboratoires à travers le monde qui font la course sur cette technologie-là

En juin 2018, après trois ans d’essais dans son usine pilote de Squamish,en Colombie-Britannique au Canada, Carbon Engineering avait dévoilé être en mesure de capturer le carbone dans l’atmosphère pour moins de 133 $ CA la tonne (100 $ US).

Son prochain objectif, annoncé en mars 2019, est la construction d’une usine de taille commerciale qui permettra de capturer une mégatonne de carbone par an, l’équivalent de la plantation de 40 millions d’arbres, et à le transformer en carburant synthétique.

Le projet, estimé à 90 millions de dollars canadiens séduit les investisseurs étrangers. Parmi eux, le milliardaire Bill Gates, le fondateur de Canadian Natural resources Murray Edwards, ainsi que des géants tels que la minière BHP, ou encore la pétrolière Chevron.

L’Inde, la Chine, des pays d’Amérique du Sud et d’Europe ont aussi fait part de leur intérêt, souligne Steve Oldham, qui aimerait voir de telles usines devenir des « infrastructures essentielles ».

« Une usine coûte des centaines de millions de dollars à construire. Nous avons besoin de partenaires d’affaires qui sont prêts à investir, c’est notre prochain défi» a dit Steve Oldham, PDG de Carbon Engineering.

Un défi technique et économique du virage vert

Capter le carbone directement de l’atmosphère est un défi considérable et cher : sa concentration n’atteint que 0,04 % de l’air que nous respirons. Jusqu’ici, une seule autre entreprise, Climeworks, établie en Suisse, a réussi à le faire de façon commerciale.

Climeworks compte 14 usines en activité à travers l’Europe et dépend fortement de subventions européennes. À 600 $ US la tonne extraite de l’atmosphère, son coût de production est toutefois jugé prohibitif.

Si Carbon Engineering parvient à faire baisser ce coût à moins de 100 $ US la tonne, elle pense pouvoir atteindre la viabilité financière grâce à la production de carburant synthétique revendu à l’industrie pétrolière à un coût de 1 $ le litre, ce qui la rendrait compétitive face aux producteurs de biocarburants.

Un potentiel important

Selon l’Institut Pembina, un groupe de réflexion canadien à but non lucratif axé sur l’énergie, la capture du carbone pourrait représenter un marché de 800 milliards de dollars à l’échelle mondiale. Plus de 180 projets de capture du carbone sont répertoriés dans le monde. Et les grandes entreprises semblent de plus en plus intéressées par leur potentiel.

« Au cours des trois ou quatre dernières années, l’intérêt pour la capture du carbone s’est accru », note Louise Charles, porte-parole de Climeworks, qui compte notamment comme investisseurs Swiss Banks.

Toutefois cette industrie  dépend des mesures gouvernementales. En ce moment, le marché de Carbon Engineering est limité, car il dépend fortement de la mise en place d’une taxe sur le carbone, mais aussi de normes sur les combustibles propres, qui rendent l’achat de carburants synthétiques intéressant sur le plan financier.

Israël ne dispose pas présentement de telles mesures sur les solutions climatiques.Le déploiement de cette technologie pourrait pendre du temps.

En utilisant différentes technologies déjà existantes et en les adaptant, Carbon Engineering a réussi à capturer du carbone de l’atmosphère à un coût plus abordable que ses compétiteurs.

Steve Oldham croit aussi que la mentalité face aux émissions de carbone dans l’atmosphère doit changer. « Nous devons purifier l’air et y consacrer les investissements nécessaires, dit-il. Nos gouvernements investissent pour traiter l’eau potable, il doit en être de même pour l’air que nous respirons. »

Selon le rapport spécial du GIEC, déposé en octobre 2018, les émissions globales doivent être réduites de 45 % d’ici 2030 et atteindre zéro d’ici 2050 pour éviter une crise climatique à l’échelle globale.

Souhail Ftouh