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Née le 20 novembre 1979, Hind Sabri, d’origine tunisienne a étudié dans des écoles françaises. Elle a attiré les plus grands noms du septième art en Tunisie dés l’âge de 13 ans quand elle a joué dans son premier film. Depuis, la belle star tunisienne n’a pas arreté de gagner l’admiration des spectateurs. Artiste dotée d’un DEA en droit de l’Univesité de Tunis, le Programme Alimentaire Mondial l’a nommée son ambassadrice grâce à ses activités dans l’humanitaire.

Comment avez-vous commencé votre carrière dans le cinéma ?

J’ai débuté totalement par hasard. Un jour, je me promenais avec mon père, et nous avons croisé le réalisateur tunisien Nouri Bouzeid. A l’époque, la réalisatrice Moufida Tlatli cherchait une fille de 13 ou 14 ans pour Les silences du palais. Bouzeid nous a en parlé et m’a présentée à Tlatli qui m’a fait passer un casting et m’a choisie. Puis, en 1995, j’ai été sollicitée par le réalisateur du film français Mouton noir. Il m’avait aimée dans Les silences du palais ainsi que la femme avec qui je jouais. Il nous voulait toutes les deux dans son projet. Après cette nouvelle expérience, j’ai arrêté ma carrière pendant six ans pour finir mes études jusqu’à ce que j’obtienne mon DEA de droit.

Puis j’ai repris en 2001 avec La saison des hommes de Moufida Tlatli une nouvelle fois. Grâce à ce film, je suis allée au festival de cinéma de Carthage où j’ai fait la connaissance avec la réalisatrice égyptienne Inès El Daghedi qui présidait le jury. Elle a voulu que je joue dans son nouveau film, Journal d’une adolescente. Ce nouveau rôle m’a aidée à prendre la décision de venir vivre en Egypte.

Pourquoi avez-vous choisi de vivre en Egypte ?

Quand je suis arrivée, je voulais essayer quelque chose de nouveau, un cinéma plus vaste. On dit que l’Egypte est le “Hollywood de l’Orient”. C’est la porte d’entrée pour toucher 300 millions d’Arabes. J’avais conscience que c’était un gros risque, mais je voulais le prendre. Avec le temps, j’ai compris la différence entre le cinéma tunisien et le cinéma égyptien. Le premier est très ouvert, non commercial. Il parle librement de la question de la femme. Les scénarii partent des réalisateurs, de leur vie. En revanche, le cinéma égyptien est très commercial. Comme il touche tous les Arabes, il cherche à satisfaire tous les spectateurs.

Des films comme “Les silence du palais” ou “L’immeuble Yacoubian”, sont toujours au centre de polémiques en Egypte. Comme expliquez-vous cela ?

Les silence du palais parle de l’époque où mon pays, la Tunisie, était occupée. C’est une histoire connue aussi bien du public tunisien que français. Quant à L’immeuble Yacoubian, de Marouan Hamed, c’est le meilleur film arabe des dix dernières années. S’il a connu autant de succès, c’est justement parce qu’il aborde des réalités de la société égyptienne qui ne sont pas toujours roses. C’est d’ailleurs ce film-là qui a eu le plus de succès hors d’Egypte.

Autre film très critiqué en Egypte, “Ibrahim Al Abyad”, en raison de scènes très violentes. Qu’en pensez-vous ?

Oui, ce film est très violent. Mais pas plus que les films de Tarantino qui ne font pas l’objet de critiques. Mais je sais qu’il a choqué en Egypte et j’ai trouvé que c’était très courageux de la part du réalisateur. J’ai pour habitude de ne jamais m’arrêter sur les critiques. L’important pour moi est d’être satisfaite de ce que je fais , quel que soit le film. Que ceux qui n’aiment pas ce genre de film n’aillent pas le voir.

Comment choisissez-vous les films dans lesquels vous allez tourner ?

J’adore prendre des risques et choisir les films qui suscitent les polémiques. J’aime les films réalistes qui parlent des problèmes d’une société. Il faut parler des problèmes pour les résoudre.

Vous avez travaillé avec beaucoup de réalisateurs égyptiens mais jamais avec Youssef Chahine, pourquoi ?

J’aurais adoré travailler avec lui mais, malheureusement, je ne l’ai pas rencontré. J’ai travaillé avec son élève Khaled Youssef, dans un film, “Ouija”. Depuis ce tournage, il n’a pas fait de nouveau appel à moi. Je ne demande pas en principe à un réalisateur de me faire travailler. La seule fois où je l’ai fait, c’était avec Yousri Nasrallah que j’admire beaucoup.

Pensez-vous jouer de nouveau en France ?

Personne ne m’a proposé de film. Mais je ne suis pas en demande non plus. Le monde arabe a, selon moi, besoin des acteurs et actrices comme nous les jeunes qui parlons des problèmes de nos sociétés et essayons de trouver des solutions. En France, il y a plein d’acteurs qui peuvent parler des difficultés de leur pays. Et aussi beaucoup de Maghrébins qui abordent la question des Arabes en France, comme Jamel Debbouze. Pour moi, le destin m’a conduite en Egypte, il y a 300 millions d’Arabes qui me regardent et qui ont besoin de moi.

Est-ce qu’à votre arrivée en Egypte, le pays vous a bien accueillie comme actrice arabe, comme le fut à l’époque Warda, l’Algérienne ?

Oui, j’ai été très bien accueillie. L’Egypte a toujours ouvert sa porte aux acteurs. Mais il faut avoir beaucoup de talent ici pour réussir, car il faut convaincre. Il y a aujourd’hui un afflux important d’acteurs étrangers comme moi. Je connais des Syriens, des Libanais, et au moins cinq acteurs tunisiens qui travaillent pour le cinéma égyptien. Il y a aussi deux maghrébines.

Que pensez-vous du clivage Berbères-Pharaons qui est apparu après le match Algérie-Egypte au Soudan ?

Arrêtons de dire des bêtises. C’était un match de foot. Ce sont les médias qui l’ont transformé en une guerre. C,a n’a rien à voir avec le peuple. La manière avec laquelle me traite le spectateur égyptien n’a pas changé en raison du match. C’est une grande erreur de juger un peuple en raison des erreurs de quelques supporters.

Vous venez d’être nommée ambassadrice du Programme alimentaire mondial (PAM), Comment est-ce arrivé ?

Grâce à un autre hasard dans ma vie. Je travaille avec le PAM depuis un an sur un projet de collecte de dons pour les enfants de Gaza après la guerre de 2008-2009. J’ai demandé à aller voir les choses sur le terrain. Du coup, j’ai voyagé en Syrie et en Palestine où j’ai appris ce que signifie la famine. J’ai continué de travailler avec eux par la suite. C’est là qu’ils m’ont nommée.

Qu’est-ce que cela exige de votre part ?

Je dois aller dans les endroits où des problèmes ou des conflits ont privé un peuple de son droit essentiel : l’alimentation. J’irai surtout dans des pays de la région comme le Yémen, l’Irak ou le Soudan. Mon rôle est aussi d’aider à sensibiliser les médias. Et d’essayer de trouver des solutions

Vous avez fait des études de droit, mais vous ne travaillez pas dans ce domaine, pourquoi ?

Le droit est un domaine qui m’intéresse et mon souhait était de devenir diplomate. Maintenant, je suis avocate devant la cour d’appel tunisienne, mais pour exercer ce métier il faudrait que j’arrête ma carrière au cinéma. C’est une obligation de la justice tunisienne. Mais ma nomination comme ambassadrice du PAM me permet de réaliser mon rêve dans ce domaine. Je suis aussi heureuse d’avoir réalisé mon autre souhait, celui d’être actrice. Dans ces deux domaines, ce qui est important pour moi, c’est que je représente mon pays, la Tunisie.

Parlez-nous de votre vie personnelle ?

Je n’aime pas parler de ma vie personnelle. Je me suis mariée en 2008. Je n’ai pas encore d’enfants mais quand j’en aurai, ils seront ma priorité. Ma mère travaillait et elle s’occupait bien de nous. Je veux faire de même avec mes enfants.

Que pensez-vous de la situation de la communauté maghrébine en France ?

Le problème vient en partie des médias français qui ne parlent que des points négatifs, comme les banlieues. Ils parlent rarement des gens qui réussissent. Concernant la question des banlieues, le fait que ces cités existent prouve l’échec des gouvernements français. Ils n’ont pas essayé d’intégrer ces gens au tissu social français. La France a occupé leur pays d’origine pendant longtemps et je pense qu’elle devrait plutôt les récompenser…

Que pensez-vous du débat sur l’identité nationale qui a lieu aujourd’hui en France ?

Je le trouve honteux. Les Français d’origine maghrébine sont maintenant de la troisième ou quatrième génération. Je ne comprends pas comment on peut leur faire penser qu’ils ne sont pas des Français comme les autres. C’est dommage que la France, qui est attachée aux principes de la Révolution française et qui parle de “l’ exception française” à laquelle je crois, évoque au XXIe siècle quelque chose qui s’appelle l’identité nationale…

Et le débat sur le niqab en France, qu’en pensez-vous ?

Pour moi, le niqab n’a rien à voir avec l’islam. Le Coran ne nous parle jamais du voile intégral. Ceci dit, je pense que c’est normal de le voir sur la tête de jeunes filles en France. Elles sont, selon moi, perdues entre deux cultures : celle du pays où elles vivent et celle du pays de leur origine. C’est normal que la France, laïque, l’interdise dans les lieux publics. Mais je pense aussi qu’elle doit respecter la liberté personnelle dans la sphère privée. Je trouve en tout cas ce débat très sain. On doit écouter les différentes opinions. J’ai conscience que nous, les musulmans, nous devons beaucoup travailler pour changer l’image de l’islam après l’attaque du 11-septembre.

Quels sont vos projets d’avenir ?

Je vais bientôt débuter le tournage d’un feuilleton, Je veux me marier. L’histoire, très originale, est tirée d’un blog tenu par une Egyptienne. Je trouve que ces journaux en ligne sont une nouvelle manière d’expression démocratique. Pour mes projets à plus long terme, je ne sais pas encore. Je ne suis pas une personne ambitieuse. J’attends seulement de récolter ce que j’ai semé

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