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L’oeuvre de l’artiste franco-marocain Mehdi Georges Lahlou, 27 ans, consistant en une image de son corps nu sur lequel des versets coraniques sont projetés a suscité une vive polémique dans les milieux islamistes marocains à quelques jours de l’ouverture de la Marrakech ArtFair, la plus importante foire d’art contemporain du Maroc, où certaines œuvres de l’artiste seront exposées au public.

Le cliché de l’œuvre a été repris (mais cachant son sexe) par la plupart des journaux et des sites marocains, qui suscite les critiques les plus acerbes de centaines d’internautes.

«Cette image est choquante pour nous Musulmans. On ne peut pas l’accepter et la présence de ce soit disant artiste à Marrakech est inadmissible», écrit un internaute sur le journal électronique “goud.ma”.

Un autre internaute crie lui aussi au blasphème sur le forum Bladi.net: «Une provocation gratuite a tous les marocains et non seulement aux “Islamistes”, le coran est sacré on l’écrit pas sur le corps et surtout pas sur ses organes génitaux dans le but de l’exposer.»

Pour l’heure, Mehdi Georges Lahlou n’a pas annulé sa participitation à la foire, du 30 septembre au 3 octobre prochain.

Regrettant les écrits de certains journaux, Mehdi-Georges Lahlou affirme cependant sur son site (www.mehdilahlou.com) qu’il «n’a jamais voulu insulter les membres de la communauté musulmane». «Nous comprenons tout à fait l’incompréhension qu’il peut y avoir face à certaines images de l’artiste Mehdi-Georges Lahlou, en particulier par rapport à la photographie «Koranic Inlay» 2010 (…) Le discours de l’artiste n’est pas de heurter la sensibilité de certaines personnes, mais de représenter sa double appartenance, né de mère catholique et de père musulman. Son travail traite principalement de l’appréhension du corps dans un environnement culturel mixte ». reconnaît l’artiste

Selon la plupart des exégètes de l’Islam, la religion musulmane bannit la nudité, le sexe ou à la féminité dévoilée. Les oulémas ont été toujours confrontés au problème épineux de la nudité physique. L’islam s’est proclamée adversaire du corps et de la nudité.

La censure au nom de la religion explique d’ailleurs le retard artistique arabe. En 2006 Assad Arabi, un des grands noms de l’avant-garde picturale syrienne, a été obligé de quitté son pays et s’installer à Paris. L’exposition des œuvres de cet artiste joue sur l’opposition du voilé et du dévoilé), n’était pas toléré dans la prude capitale syrienne. D’ailleurs, aucune imprimerie à Damas (où les coûts d’impression sont bon marché) n’a voulu se charger de la production d’un catalogue surchargé d’images « scandaleuses ».

Il faut dire que le grand public, dans les pays muslmans, apprécie les représentations in naturalibus. Le cinéma arabe aussi ne manque pas d’exemples malgré l’interdiction religieuse d’un tel dévoilement.

C’est à la Syrie que le cinéma arabe doit la première scène de nu (féminin) intégral. En 1972, Nabil Maleh réalise le film Al-Fahd (Le Guépard), tiré d’un roman de Haïdar Haïdar.Les spéctateurs arabes ont pu découvrir la scène où la belle Ighra ( « séduction » un nom prédestiné ) ne cachait rien de son anatomie. Quelques années plus tard, la censure décida de dérober aux regards une scène devenue trop audacieuse.

Côté hommes, ce n’est que tout récemment qu’un acteur a osé se montrer in naturalibus. Au tout début de l’année 2007, la presse, conviée au tournage de The Baby Doll Night (le titre est un hommage au film d’Elia Kazan), découvrait des photos du tournage où le célèbre acteur égyptien Nour El-Sherif apparaissait totalement nu. Nour El-Sherif incarne dans ce film un journaliste pris dans une conspiration post-11 septembre dans laquelle il affronte notamment un sergent américain, son ancien tortionnaire dans la prison d’Abu Graïb. C’est donc à l’occasion d’une reconstitution cinématographique de cette triste célèbre prison d’Abu Graïb que le public a découvert la nudité de cet acteur, une des grandes stars du cinéma égyptien.

La nudité sur les écrans arabes s’est manifesté aussi lors de la sortie en Egypte, l’année derniére, de Bil-alwân al-tabi’iyya (Couleurs naturelles), un film des frères Osama et Hani Fawzi, qui raconte les désarrois d’un jeune étudiant à l’académie des beaux-arts. Un film qui a heurté certaines convictions religieuses.

Ftouh Souhail

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