Des dizaines de représentants de la société civile arabe, originaires de 15 pays, se sont rassemblés le mardi et mercredi à Londres à l’occasion d’une conférence de deux jours, qui a appelé à la fin de l’isolement d’Israël dans le monde arabe.

C’est le début de la normalisation publique avec Israël.

Réunis sous le nom de Conseil arabe pour l’intégration régionale, les membres de ce nouveau forum ont rejeté le mouvement BDS contre l’Etat juif.

Ils ont clamé que les efforts visant à empêcher la normalisation entre leurs nations respectives et Israël avaient fait plus de mal que de bien.

« Les Arabes sont les premières et les seules victimes du boycott », a déclaré l’avocat égyptien Eglal Gheita aux personnes réunies, a fait savoir le New York Times.

Selon le Jewish Journal, un certain nombre des 32 participants initiaux ont pris des risques significatifs en prenant part à la conférence et, malgré l’emphase placée sur la nécessité de construire des liens, aucun Israélien n’était présent dans la salle – une mesure prise afin d’éviter des poursuites judiciaires pour les personnes présentes, qui pouvaient se voir accusées par les autorités de leurs pays respectifs de fraternisation.


Mustafa el-Dessouki, l’un des organisateurs, s’exprimant à la conférence.

Dans un article d’opinion qui a été publié mercredi dans le Wall Street Journal, Gheita et le journaliste arabe Mostafa El-Dessouki ont expliqué penser que « boycotter Israël et sa population n’a fait que renforcer les deux tout en nuisant grandement aux pays arabes – et surtout aux Palestiniens » et que « pour le bien de la région, il n’est que temps d’avancer vers une ère post-boycott ».

Les Arabes, ont-ils écrit, « ont perdu les bénéfices économiques induits par la formation de partenariats avec Israël », comme pour l’obtention des technologies de désalinisation et le boycott « a empêché les Arabes de résoudre les tensions entre les Israéliens et les Palestiniens », ne faisant que renforcer des partisans de la ligne dure, comme le Hamas, tout en marginalisant « les Palestiniens qui œuvrent à juste titre et pacifiquement à construire les institutions nécessaires à un futur Etat ».

 

« Pire encore », ajoutent-ils, « le boycott régional d’Israël est devenu un modèle d’exclusion et de marginalisation de l’opposition dans le monde arabe. Les divisions ethniques et sectaires se sont durcies, hâtant la désintégration de la Syrie, de l’Irak, de la Libye et du Yémen ».

Écrivant dans le Wall Street Journal, El-Dessouki et Gheita ont affirmé que « peu avant la conférence, des responsables égyptiens ont mis en garde plusieurs membres du Conseil arabe, leur demandant de ne pas s’y rendre. C’est vrai : L’Egypte, allié des Etats-Unis officiellement en paix avec Israël, a tenté de bloquer une avancée vers une paix plus large ».

Néanmoins, ont-ils continué, « nous sommes déterminés à prôner la coopération entre le monde arabe et Israël, fermes dans notre certitude que les bénéfices du partenariat doivent venir remplacer les ravages causés par l’exclusion ».

Anwar Sadat à la conférence du Conseil arabe pour l’intégration régionale,Londres

Parmi les participants à la conférence , le neveu et homonyme d’Anwar Sadate, le président égyptien qui avait signé le premier traité de paix du monde arabe avec Israël en 1979.

S’ils ont admis être des marginaux au sein de leurs propres sociétés – deux politiciens seulement (un actuel et un ancien) se trouvant dans l’assistance – les membres du mouvement ont exprimé l’espoir que leur positionnement pourrait finalement influencer le mode de pensée de leurs contemporains.

Ils ont également rejeté l’établissement de relations diplomatiques totales et entières avant la résolution préalable du conflit israélo-palestinien.

Responsables et analystes palestiniens s’inquiètent d’une « normalisation » des relations entre pays arabes et Israël.

Attitude d’ouverture de plus en plus grande en faveur d’engagements avec Israël dans certaines parties du monde arabe

Le vice-président du Parlement palestinien, Hassan Khreiché, a dit constater « une précipitation sans précédent de la part de pays arabes pour une normalisation avec Israël ».

Au mois de mars 2019, le ministre d’Etat aux Affaires étrangères des Emirats arabes unis, Anwar Gargash, a ainsi appelé à un « glissement stratégique » dans les liens israélo-arabes, estimant que la décision prise depuis des décennies par le monde arabe de boycotter l’Etat juif avait été une erreur et que ce même boycott avait compliqué les efforts de résolution du conflit israélo-palestinien.

Au mois de juin 2019, le ministre du Bahreïn aux Affaires étrangères, Khalid bin Ahmed al Khalifa, a expliqué que son pays reconnaissait le droit à l’existence d’Israël, qu’il savait que le pays était dorénavant définitivement implanté dans la région et qu’il souhaitait faire la paix.

« Israël est un État présent dans la région, nous devons comprendre cela », avait dit en octobre 2018 Youssef ben Alawi ben Abdallah, ministre omanais des Affaires étrangères, en marge d’un sommet de trois jours consacré à la sécurité et organisé à Bahreïn. « Il est peut-être temps de traiter Israël comme n’importe quel autre État et qu’il assume les mêmes obligations », a-t-il ajouté.

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, avait entamé une offensive de charme sans précédent vers l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Oman, Bahreïn, mais aussi le Soudan, qui se dirigent vers une normalisation timide avec l’État hébreu. M. Netanyahu, qui considère l’Iran comme la principale menace pour la sécurité d’Israël, promeut l’idée qu’une nouvelle convergence entre son pays et les États du Golfe pourrait mener à un rapprochement diplomatique régional plus favorable à l’État hébreu.

M. Netanyahu avait affirmé en 2018: « Nous avons toujours cru que nous ouvririons les portes de la paix avec le monde arabe au sens large si nous résolvions le problème palestinien », mais il est « peut-être plus vrai que si vous vous ouvrez au monde arabe et que vous normalisez vos relations avec eux, cela finira par ouvrir la porte à la réconciliation et à la paix avec les Palestiniens ».

Parmi les pays arabes, Israël n’entretient de relations diplomatiques qu’avec l’Égypte et la Jordanie, pays voisins avec lesquels il est lié par des traités de paix.

Un plan de paix saoudien de 2002 proposant une normalisation entre Israël et les pays arabes en échange d’un État palestinien dans les frontières de 1967.

Pour certains analystes, les divisions entre Palestiniens et l’incapacité de la classe politique à les régler ont contribué à ce que des États arabes changent d’attitude par rapport à Israël.

« Les Palestiniens sont divisés et faibles, et ne peuvent pas empêcher les pays arabes de normaliser leurs relations avec Israël », souligne le politologue palestinien Jihad Harb.

Souhail Ftouh