Des Tunisiens osent voyager en Israël

De plus en plus de touristes de Tunisie arrivent en Israël. Paradoxalement, cet État n’entretient aucune relation diplomatique avec la Tunisie. Ces visites s’inscrivent dans le processus de normalisation qui s’est accéléré depuis quelques mois, au point d’être banalisé après, notamment, les révélations sur l’existence de relations de moins en moins secrètes entre l’Etat juif et des capitales arabes comme Riyad, Abu Dhabi, Doha ou encore Mascate.

La grande majorité des touristes tunisiens ont demandé leur visa depuis l’ambassade israélienne de Paris, de Amman (Jordanie) ou du Consulat général d’Israël à Istanbul (Turquie).

Des sources  évoquent que cette nouvelle tendance est observable depuis les 3 dernières années. Objet de tous les fantasmes, Israël suscite des réactions passionnées dans les pays maghrébins.

Une vidéo circule actuellement montrant des touristes tunisiens venant de Tozeur, sud du pays, en tournée dans la vieille ville de Jérusalem.

Entre janvier 2018 et septembre de la même année 671 touristes portant des passeports tunisiens ont demandé des visas pour voyager en Israël  selon une source israélienne à Paris.

Ce nombre ne compte pas ceux qui sont entrées par la Jordanie ou la  Turquie. Ce nombre ne concerne pas aussi les tunisiens qui ont voyagé avec un passeport de pays occidental.

Israël ne tamponne plus les passeports dans les aéroports et dans la plupart des postes frontaliers. Néanmoins, du fait que des difficultés techniques peuvent parfois se produire, et à certains moments, le contrôle des frontières doit revenir à la méthode consistant à tamponner les passeports.

Les touristes tunisiens entrant ou quittant Israël doivent faire une demande officielle pour qu’aucun tampon israélien n’apparaisse sur leur passeport. Le touriste tunisiens doit informer le fonctionnaire de cette demande avant que les documents ne soient tamponnés.

Certains viennent ici pour le shopping, d’autres pour des raisons religieuses, et les derniers pour des raisons professionnelles. Mais les chiffres exactes de ces visites ont été gardés secrets afin de ne pas affecter la tendance.

L’opinion publique en Tunisie ne semble pas encore prête à sauter le pas pour une normalisation avec l’Etat d’Israël 

Beaucoup en Tunisie dénoncèrent les positions figées des diplomates tunisiens, au moment où Israéliens et Palestiniens sont en contact permanent.

Certains internautes tunisiens ayant noué des amitiés avec quelques membres de la communauté juive tunisienne, cherchent à obtenir un lien en Israël pour améliorer leur chance d’avoir le Visa. Seconde étape :les tracasseries administratives au Consulat d’Israël.

L’Obtention d’un Visa pour les ressortissants de pays arabes est particulière. Les demandes de visas de ces touristes sont scrupuleusement examinés par les services de sécurité intérieurs israéliens (Shin Bet), et doit être approuvé par le ministère des Affaires étrangères et l’Autorité de l’Immigration. (exemption des Égyptiens pour un séjour jusqu’à 14 jours pour entrer en Israël à travers Tabba seulement jusqu’à Beer-Sheva).

Cela peut prendre environ six semaines, le temps que la demande soit transmise au Ministère de l’intérieur à Jérusalem, et qu’une enquête soit diligentée. Les séjours touristiques en Iran, au Liban et en Irak ne peuvent pas aider.

De son côté La Tunisie, qui est parmi les rares pays au monde à n’avoir pas établi de relations avec Israël, autorise ses citoyens à se rendre en Israël et dans les Territoires, dans le cadre de voyages organisés ou des visites privées. Une condition, toutefois, s’impose : que la douane israélienne n’estampille pas les passeports de ces voyageurs à Ben Gourion ou à la frontière jordanienne.

Le visa sur feuille volante est la formule courante pour les voyageurs en provenance du Maghreb.

Les ressortissants tunisiens munis d’un passeport européen en cours de validité sont exempts de visa pour des visites à but touristique.

Plusieurs précautions sont prises sur tous les vols à destination d’Israël. Un officier de sécurité israélien est obligatoirement présent à bord. Il y en a peut-être un parmi les passagers.

Une fois arrivée sur le sol israélien, à l’aéroport de Ben Gourion, certains visiteurs sont fouillé minutieusement et souvent interrogé sur les raisons de la visite. Il arrive souvent aussi que les noms des visiteurs des pays arabes sont googlisé durant cet interrogatoire.

Maintenant vient le moment de la note. Basé sur l’idée qu’ils se sont fait de vous et de votre position par rapport à Israël, vous recevrez un numéro allant de 1 à 6 où 1 est parfait et 6 est très  mauvais.

1 et 2 ne sont donnés qu’à des gens très amis avec Israël ou des diplomates , 3 aux étrangers considérés comme inoffensifs, 4 commencent à contenir un élément de risque, 5 signifie que vous êtes fortement soupçonné, 6 très risqué, pour ne pas mentionner 6T qui représente une grave menace pour Israël.

Cette note est contenue dans une série de chiffres au dessous d’un code-barres imprimé sur un autocollant jaune, qu’ils afficheront sur votre passeport et sur chaque bagage. Si vous avez 3 il est assez rare que vos bagages ne soient contrôlés, peut-être regarderont-ils rapidement, si vous avez 5 ou 6 vous serez contrôlés de près.

Une fois tout ça terminé, vous serez emmené dans une petite chambre où ils vous feront une enquête avec les hommes du Service de sécurité intérieure israélien (si vous avez eu 4, 5 ou 6 certainement). Ce traitement, cependant, est réservé à ceux qui font preuve de liens évidents avec le terrorisme.

Si vous apportez des éléments liés à la Palestine (un kafeeyah, quelque chose avec le symbole du croissant, le mot «Palestine» ou sa carte) ou des livres et des films sur la Palestine, vous augmentez les chances d’une fouille encore plus détaillée, et ils vous poseront probablement quelques questions de plus (pourquoi avez-vous acheté ces articles, par exemple).

Attention si vous êtes dans la liste noire des personnes interdites dans le pays

Certaines personnes sont déjà interdites de séjour du Territoire israélien, à cause de leurs activités hostiles à Israël ou qui travaillent en permanence et ouvertement à délégitimer Israël.

Le ministère des Affaires stratégiques a établi une liste de personnes qui font la promotion du boycott d’Israël, et avec le ministère de l’Intérieur il est possible de bloquer l’entrée des ces personnes dans le pays.

En novembre dernier le président du Syndicat National des Journalistes Tunisiens, Néji Bghouri, a été refoulé. Ce journaliste contribue dans son pays à augmenter la haine contre Israël et symbolise tout ce qui est opposé au dialogue, au débat et au progrès pour la paix.

Souhail Ftouh