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Voici une question pour ceux qui accusent Israël d’apartheid : pourquoi un pays menant une politique d’apartheid attirerait-il une immigration illégale massive venant d’Afrique, et pourquoi des Africains se battraient-ils pour continuer à vivre sous un régime d’apartheid ?

Contrairement à Eyad El Sarraj, un activiste palestinien du BDS qui boycottait Israël pendant qu’il était soigné dans les hôpitaux israéliens pour sa leucémie, les immigrants clandestins venus d’Afrique n’ont pas trépassé la frontière sud d’Israël pour un obtenir des soins médicaux. Ils sont venus en Israël parce qu’ils savent exactement où se trouve la liberté au Proche-Orient. Ils savent très bien quel serait leur sort dans les pays arabes dont la langue utilise le même mot (« Abed ») pour désigner «esclave» et «Africain» –un témoignage linguistique du commerce d’esclaves pratiqué par les Arabes en Afrique.

Le phénomène de l’immigration clandestine massive depuis l’Afrique vers Israël a atteint des proportions énormes en 2007. La plupart des immigrés clandestins viennent d’Érythrée, du Soudan, d’Ethiopie et de Somalie. En 2012, on comptait environ 60 000 immigrés clandestins africains en Israël (près de 1% de la population totale d’Israël). Israël a réussi à mettre un terme à ce flux avec la construction d’une barrière physique à la frontière égyptienne, mais le pays n’a toujours pas de solution pour ces 60 000 clandestins qui ont déjà traversé la frontière et dont la plupart vivent dans le sud de Tel Aviv et à Eilat. Le niveau de criminalité dans ces villes a augmenté de façon exponentielle, et les résidents du sud de Tel- Aviv se plaignent de la dégradation de leur quotidien qui est devenu un calvaire.

Comme tout Etat souverain, Israël a le droit d’accepter ou de refuser les demandes d’immigration, et a le droit d’expulser des immigrés clandestins. Alors, pourquoi ne le fait-il pas?

Les immigrés nord-soudanais provenant d’un pays ennemi, Israël a le droit selon la “loi anti-infiltration” de les expulser. Sauf que, en 2007, le procureur général d’Israël a statué que le gouvernement ne pouvait pas appliquer cette loi sans distinction, mais devait plutôt accorder le statut de réfugié temporaire aux immigrés illégaux venant du Soudan. De nombreuses pétitions ont également été soumises par des ONG devant la Haute Cour de justice israélienne pour arrêter l’expulsion de ces clandestins. Parmi ces ONG, on trouve ASSAF (l’Organisation pour l’aide psychologique aux réfugiés et demandeurs d’asile), l’Association pour les droits civils en Israël (ACRI), la Hotline pour les travailleurs immigrés, l’ONG Kav LaOved, Médecins pour les droits de l’homme en Israël, et le Centre de développement pour les réfugiés africains.

Israël étant signataire de la Convention des Nations Unies relative au statut des réfugiés, il ne peut pas expulser les demandeurs d’asile s’ils sont en danger dans leur pays d’origine. Selon le haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) ainsi que pour certaines ONG, Israël ne peut pas expulser les immigrants parce qu’ils sont des réfugiés politiques. Mais le sont-ils vraiment ? Si leurs pays d’origine ne sont certainement pas des modèles de démocratie, la plupart des immigrants clandestins sont en réalité des travailleurs immigrés illégaux. Récemment, l’ambassadeur d’Erythrée en Israël a été violemment attaqué par des immigrants illégaux érythréens parce qu’il expliquait que ces derniers falsifient leur statut de réfugié et qu’ils ne sont pas persécutés en Erythrée.

Qu’ils émigrent vers l’Europe occidentale, l’Amérique du Nord ou Israël, tous les immigrés clandestins prétendent être des réfugiés politiques. Mais pourquoi Israël devrait-il être plus tolérant que l’Europe envers les immigrants clandestins ?

Michel Rocard déclara alors qu’il était Premier Ministre que «la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Israël non plus.

Il y a deux mois, la France a renvoyé au Kosovo une immigrée illégale âgée de 15 ans. Dans la seule année 2006, la Grèce a expulsé 54.700 immigrés, l’Espagne 33.000, et la France 21.000. En 2008, le Conseil de l’Union européenne a publié un « Pacte européen sur l’immigration et l’asile », qui observait que « l’Union européenne … n’a pas les moyens d’accueillir dignement tous les migrants qui espèrent trouver une vie meilleure ici ».

Le document incluait une décision visant « à prendre des mesures rigoureuses par des sanctions dissuasives et proportionnées contre ceux qui exploitent les immigrés sans autorisation de séjour légal dans un pays de l’UE. » En 2009, la France a expulsé 10.000 immigrés roms vers la Roumanie et la Bulgarie. En 2010, elle a expulsé 9530 immigrés roms et démoli 51 camps roms. En 2011, la France a expulsé 32.912 immigrants illégaux de toutes origines.

En 2009, le Parlement italien a adopté une loi qui punit l’immigration illégale d’une amende de 10.000 euros, et qui permet à l’État d’expulser les immigrés clandestins sans avoir recours à une procédure juridique. Une vidéo choquante qui est récemment devenue virale sur internet a montré comment les autorités italiennes traitaient leurs immigrés clandestins.

Les mêmes gouvernements européens qui mènent une politique sévère à l’égard de leurs propres clandestins financent des ONG israéliennes (comme l’ACRI et Médecins pour les droits de l’homme) qui exigent du gouvernement israélien une politique plus clémente envers les immigrants entrés illégalement en Israël.

Donc je ne mets pas seulement au défi les détracteurs d’Israël d’expliquer pourquoi un Etat qui mènerait une politique d’apartheid attire autant d’immigrants africains. Je mets également au défi les gouvernements européens et leurs sbires locaux d’expliquer pourquoi Israël devrait traiter ses immigrés clandestins comme des réfugiés politiques alors que l’Europe, elle, se garde bien de le faire.

Emmanuel Navon

L’auteur dirige le département de science politique et de communication au Collège universitaire orthodoxe de Jérusalem et enseigne les relations internationales à l’Université de Tel Aviv et au Centre interdisciplinaire d’Herzliya. Il est également membre du Forum Kohelet de politique publique.

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