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GANOUCHI TERRO

Alors que le scénario du changement à l’égyptienne semble bien parti en Tunisie la confrontation entre le parti religieux au pouvoir et libéraux a monté d’un cran ces derniers jours. Des dizaines de milliers de personnes sont dans la rue depuis trois jours et se sont dirigés vers la place du Bardo devant devant l’Assemblée nationale Constituante (ANC).  Des dizaines d’élus ont déjà suspendu leur activité à l’ANC et sont venus grossir les rangs des sit-inneurs qui réclament la fin du règne des islamistes qui dominent la vie politique depuis les élections du  23 octobre 2011.

Dans une tentative d’endoctriner les esprits faibles, le leader d’Ennahda, Rached Ghannouchi, vient de se distinguer à nouveau en soutenant sur une chaîne de télévision privé que c’était “l’entité sioniste” qui se cachait derrière les manifestants tunisiens, dans une “tentative de déstabiliser les printemps arabes” .

Propos surréalistes qui dénotent aussi bien l’autisme que le déni de réalité dont fait preuve le dirigeant local des frères musulmans. En effet, pareilles déclarations essaient vainement d’ignorer la crise dans laquelle se débat la Tunisie.

Dans le même ordre d’idée, le ministre tunisien des Domaines de l’État et des Affaires foncières, Slim Ben Hmidane, a qualifié lui aussi dans un débat diffusé sur la chaîne nationale, les appels à la dissolution du gouvernement et de l’Assemblée Constituante de tentative de coup d’état. Pour lui, il s’agit d’un ”complot sioniste” qui vise les pays du printemps arabe.

Experts en diversions en tous genres, les islamistes tentent de tromper les tunisiens et reprennent les bonnes rhétoriques anti-israéliennes pour injecter leurs intox dans l’opinion publique.

En Turquie aussi, les islamo-conservateurs du Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir ont accusé le mois dernier qu’Israël est derrière les troubles de place Taksim à Istanbul. Le Vice-Premier Ministre de Recep Tayyip Erdogan, Besir Atalay (dans le quotidien Hurriyet), avait lancé que les juifs « sèment la zizanie dans le pays » .

Le gouvernement tunisien fait l’objet d’une contestation grandissante depuis l’assassinat jeudi dernier du député de gauche Mohamed Brahmi, deuxième opposant et critique acerbe des islamistes tué par balles après son appel à un « scénario égyptien » destiné à écarter les islamistes du pouvoir en Tunisie.

Un autre dirigeant de gauche Chokri Belaïd, lu aussi a été assassiné le 6 février 2013. Ce premier assassinat avait provoqué des troubles en Tunisie et abouti à la chute du premier gouvernement islamiste. Comme les proches de la première victime auparavant, la famille de la seconde victime accuse directement Ennahda et les manifestants répètent depuis presque une semaine “Ghanouchi est un assassin”, en référence au numéro un du parti islamiste.

Sidi Bouzid, ville natale du second opposant assassiné, berceau de la révolte populaire de 2011, a connu la poursuite des manifestations le soir du 30 juillet comme dans plusieurs villes de Tunisie, à l’instar de la capitale Tunis, mais aussi Sousse, Nabeul, Gafsa, et Sfax.

Aujourd’hui les affrontements se multiplient entre autorités tunisiennes et la population dans plusieurs villes. A Tunis et un peu partout dans le pays, les manifestants réclament la dissolution de l’Assemblée Constituante (ANC)  et le départ des  islamistes d’Ennahda qui sont l’ordre du guide Rached Ghannouchi .

Un “Front du salut national de la Tunisie” nouvellement créé par l’extrême gauche, a organisé un sit-in “permanent” devant la Constituante. Une soixantaine de députés de l’opposition ayant annoncé le boycott de l’Assemblée et sont en tête des manifestations. L’opposition laïque espère atteindre le chiffre de 73 députés boycotteurs , soit le tiers des 217 députés, la Constitution devant être votée aux deux tiers des élus, ce qui revient de fait à bloquer l’adoption du texte fondamental.

Un député démissionnaire de la gauche, Mourad Amdouni, a déclaré, sur la chaîne nationale 1, qu’il était inconcevable pour lui de continuer à siéger dans une assemblée à côté de députés criminels qui appellent au meurtre. Il  a cité l’exemple du chef du bloc islamiste à l’Assemblée constituante, Sahbi Atig, qui a incité au meurtre des tunisiens laïques qui sont contre le pouvoir islamiste et d’un autre député qui a appelé à l’amputation de parties des corps des sit-inneurs.

Les autorités ont affirmé que la même arme a servi à tuer les deux hommes et désigné les auteurs comme étant des salafistes djihadistes proches du groupuscule ”d’Ansar Sharia”. Ce mouvement est le plus radical dans la mouvance salafiste djihadiste dans le pays. Son chef Saif Allah Bin Hussein bénéficie de la protection du gouvernement multi-partite dominé par les islamistes modérés tunisiens (1) malgré son implication présumée dans l’attaque perpétrée en septembre 2012 contre l’ambassade des États-Unis à Tunis.

Alors qu’Ennahda est sur la défensive, l’appareil sécuritaire est extrêmement débordé. Le 29 juillet 2013, des affrontements ont lieu entre des terroristes du réseau ”d’Ansar Sharia”, et des soldats de l’armée tunisienne.  Neuf militaires ont été tués  à la montagne Chaâmbi, près de la frontière algérienne, où se trouve un groupe composé d’éléments dangereux dont certains étaient au nord du Mali. Certains soldats tunisiens ont été même égorgés par ce groupe salafiste fondamentaliste. Les terroristes en question auraient même réussi à mettre la main sur des armes des soldats, suite à l’embuscade. 

Derrière les événements de Mont -Chaâmbi et les assassinats de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi se trouve l’État Juif. C’est ce que tentent de faire croire les responsables tunisiens au pouvoir.

Israël au Moyen-Orient, à 5000 milles kilomètres de l’est, devient ainsi le bouc émissaire parfait pour justifier l’échec du gouvernement à assurer la sécurité du pays et à faire oublier tous les appels à la haine et la violence proférés par les propres dirigeants actuels. Reprenant cette thèse du complot et désignant « les sionistes » le comme responsables ont été rapidement relayées par les médias, les pages FB et Twitter proches d’Ennahdha. Une façon comme une autre de pousser leurs militants à adopter cette thèse, sans que cela n’implique directement ce gouvernement complice des assassinats politiques. 

Souhail Ftouh

(1) Ennahda n’est pas un parti salafiste. Son idéologie est plus proche de celle des Frères Musulmans. 

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