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Le Professeur tunisien Habib Kazdaghli doyen de la Faculté de lettres et des arts et des humanités de l’Université de la Manouba, est arrivé en Amérique du nord pour donner une série de conférences au Canada et aux USA. 

M.Kazdaghli est une célébrité dans son pays, où il a mené un combat pour l’indépendance des universités face à l’intégrisme musulman.

En mars 2012, il a sommé deux étudiantes fondamentalistes d’enlever leur niqab dans sa classe.  Après être allées protester dans son bureau, elles l’ont accusé de les avoir giflées, et M. Kazdaghli s’est retrouvé devant les tribunaux. Un long procès très médiatisé s’en est suivi, et il a été acquitté en mai dernier. C’est la jeune fille en niqab qui a été condamnée à 2 mois de prison avec sursis.

D’ailleurs, le Tribunal administratif à Tunis lui a donné raison par deux fois sur ce plan là: la première, sur l’action des jeunes niqabées qui ont vu leurs prétentions rejetées d’assister au cours visage caché sous leur niqab; et la seconde, dans l’avis donné par le même Tribunal administratif à la demande du ministre. Cette juridiction a clairement indiqué que c’est à l’Université et à elle seule de prendre les règles concernant son fonctionnement.

Cette affaire avait pris une dimension internationale. Ban Ki-Moon a même envoyé un émissaire qui s’est entretenu avec les autorités et qui est venu parler aux enseignants.

En dehors de la défense des libertés académiques, M.Kazdaghli a aussi placé le débat sur un plan technique, celui des règles universelles de la pédagogie en soulignant que l’enseignement était avant tout un échange entre un maître et un élève; et que pour que cet échange puisse avoir lieu, il fallait que le maître puisse rencontrer le visage et le regard de l’élève. Cela semble évident à toute personne censée et de bonne foi mais, il lui a fallu batailler pour faire admettre cette vérité élémentaire!

En août 2013, il a appris qu’il figurait sur la liste noire des personnalités menacées de mort par les terroristes musulmans. Depuis, il ne sort de chez lui que sous escorte policière dans son pays. 

M.Kazdaghli qui est un vu comme résistant de premier plan à l’islamisme et à l’ultra-traditionnalisme en Tunisie  a rendu hommage devant les étudiants canadiens au père de l’indépendance, Habib Bourguiba, libérateur de la femme.

M.Kazdaghli a rappelé que la Faculté de la Manouba, un établissement située à 25 km à l’ouest de Tunis, mène une résistance face au projet hégémonique islamiste.

Il a souligné que ”les professeurs sont déterminés à ce qu’il n’y ait pas de jeunes filles en niqab en cours. Après l’affaire du «Nikah al djihad»*, l’image du niqab est vraiment ternie, surtout après qu’une jeune niqabée a avoué avoir contracté 150 mariages, chacun d’une demi-heure”.

M.Kazdaghli a estimé qu’ ”il est clair aujourd’hui que la présence de la vingtaine de salafistes (sur 8.000 étudiants à la faculté des lettres) est commanditée par le mouvement islamiste d’Ennahdha”.

Il a évoqué le fait que ”ces intégristes semblent vouloir, aujourd’hui, imposer leur vision du monde et remettre en cause les libertés et les acquis modernistes en revendiquant par exemple l’interdiction de la mixité dans les universités ou les restaurants universitaires”.

voilée

Le doyen fréquemment menacé par les islamistes a ajouté que ”tant que le parti islamiste Ennahdha parvint à dominer l’ANC, Assemblée Nationale constituante, à gouverner à sa guise et à préparer ses lendemains islamistes chantants, la violence physique, encore trop fréquente tout de même, risquerait de se généraliser et n’aller encore jusqu’au meurtre”.

D’ailleurs les partisans du niqab (voile islamique intégral) ont occupé un mois les locaux de la Faculté de Lettres de la Manouba, près de Tunis.

“J’ai été empêché durant plusieurs jours d’accéder à mon bureau par le groupe de contestataires qui a campé à la fac, et des enseignants et une fonctionnaire ont été agressés physiquement”, a raconté le doyen.

M.Kazdaghli a estimé que ”les autorités tunisiennes devraient protéger les libertés individuelles et académiques des actes de violence et autres menaces commis par des groupes à motivation religieuse agissant sur les campus universitaires”.

M.Kazdaghli a rappelé avec amertume que” le ministère de l’Enseignement supérieur, autorité de tutelle des universités en Tunisie, n’a toujours pas pris de mesures décisives pour dissuader les perturbations de la vie universitaire et les actes d’agression et d’intimidation commis par des groupes intégristes sur les campus.”

Le doyen a enfin signalé que le gouvernement islamiste n’a rien fait pour faire fermer les jardins d’enfants créés illégalement et tenus par des extrémistes religieux imposant même le port du niqab par les petites filles. Il n’ rien fait aussi pour protéger les petites filles auxquelles ont impose le hijab.

Il a évoqué aussi l’implication d’Ennahda dans l’endoctrinement et l’expédition de plusieurs étudiantes désœuvrées vers la Syrie. “”Ce recrutement ‘des djihadistes du nikah’ se fait dans les universités, dans les mosquées et dans les points de vente des ‘hijab’ et des ‘niqab’” estime le doyen.

universités djihadistes
Un média local en Tunisie accuse Ridha Belhaj, un leader du “”Hizb-Ut-tahrir” ( en haut) et Moncef Ben Salem, le ministre pan-islamiste de l’Enseignement supérieur d’encourager les étudiants djihadistes à rejoindre la Syrie.

A part son combat contre l’intégrisme musulman dans les universités, M.Kazdaghli est aussi connu à la Faculté des Lettres et des Arts de La Manouba par son animation d’un laboratoire de recherches dédié à l’histoire des minorités et parmi celles-ci de la minorité juive. Il y a eu en Tunisie des travaux très estimables, des travaux universitaires, sur l’histoire de la Communauté juive.

C’est d’ailleurs à La Manouba qu’un premier colloque patronné par le regretté Dali Jazi, alors ministre de l’Enseignement supérieur, s’est tenu sur l’histoire de la Communauté juive de Tunisie. Depuis l’arrivée des islamistes au pouvoir à Tunis il n’ y a plus de colloques organisés sur ce thème, et nous constatons des restrictions des libertés académiques pour le travail de l’Ecole Historique Tunisienne et son implication dans la recherche sur les minorités.

Souhail Ftouh

*Le phénomène de cette doctrine du «Nikah al djihad» ou djihad sexuel, prône la mise à disposition de leur corps dans le cadre d’un mariage éphémère (nous dirions bidon) par des femmes musulmanes pour le plaisir sexuel des combattants du djihad, la guerre sainte. Signalées en Tunisie parmi les groupes djihadistes dans le Djebel Chambi, près de la frontière algérienne, les adeptes prétendument volontaires (victimes d’un endoctrinement barbare) de cette prostitution «sacrée» ont largement essaimé en Syrie.

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