Israël accueil le Sommet mondial du Trafic et mobilité : Tel Aviv nous dit comment ressemblera la ville de demain

 

L’État juif  organise le Sommet mondial de la mobilité et du Trafic, TEL AVIV CITIES SUMMIT 2018, pour découvrir l’esprit de Tel Aviv grâce à son écosystème d’innovation florissant en matière de  solutions de transport intelligent  . Les start-up et la municipalité de Tel Aviv tentent d’inventer la ville de demain pour fluidifier le trafic. Objectif : devenir un modèle en la matière.  

“La ville qui ne s’arrête jamais”, c’est le slogan de Tel Aviv. Pour continuer à bouger et garder un temps d’avance, la ville – et plus généralement tout le pays – est à la pointe des technologies de ville connectée et planche ardemment sur les mobilités de demain.

De nombreuses start-up s’en sont fait une spécialité. A tel point que, pour la sixième année consécutive, la ville accueillait  la semaine dernière le Cities Summit, un sommet réunissant les responsables de nombreuses grandes villes du monde.

Le Sommet des villes, qui se tient à la nouvelle aile du Musée d’art de Tel Aviv, réuni des leaders de l’innovation urbaine, notamment des maires et des responsables municipaux, des leaders d’opinion et des entrepreneurs de plus de 100 villes du monde. Ensemble, ils ont exploré  les idées, les plateformes et les développements les plus inspirants et les plus novateurs pour relever les défis cruciaux auxquels les villes du monde entier doivent faire face.

Le programme  des discussions  discute les thèmes suivants: Trafic et mobilité, tourisme intelligent, villes créatives, villes intelligentes,

Dans les rues de Tel Aviv, le trafic est dense toute la journée et les bouchons presque une habitude. “C’est compliqué de circuler toute la journée, mais c’est encore pire entre 16 heures et 18 heures”, indique Ran, un chauffeur de taxi.

Alors, ces dernières années, la municipalité s’est organisée. Dans les rues, on croise de nombreux vélos – qu’il s’agisse de ceux proposés par la ville ou ceux d’entreprises chinoises comme Ofo – mais aussi des trottinettes électriques.

Les transports en commun et notamment les bus ont également été développés et une nouvelle ligne de tramway est en construction dans centre-ville. Malgré cela, tous les problèmes ne sont pas réglés. Et la mairie prend le problème très au sérieux. “La ville doit de plus en plus travailler sur l’amélioration de la qualité de vie de ses habitants”, expliquait  le maire de Tel Aviv, Ron Huldai, en ouverture du sommet. Pour y arriver, il compte notamment sur les start-up et l’innovation.

Via, la pépite israélienne qui professionnalise le covoiturage

La solution Via est inspirée des taxis collectifs. L’algorithme permet de faire correspondre en temps réel les passagers aux places vacantes dans les voitures.

La Ville de Tel Aviv s’associe à cette startup pour  inciter ses citoyens à adopter le covoiturage. Le ville veut offrir aux  gens (qu’ils soient conducteurs ou passagers) des rabais et le remboursement de certains frais reliés au covoiturage automobile. L’entente entre Via et  Tel-Aviv prévoit en effet que la Ville assume une partie importante des coûts d’utilisation des citoyens passagers faisant appel à la plateforme.

C’est la première fois qu’une municipalité en Israël  met des fonds publics directement à la disposition de ses citoyens en vue d’améliorer la mobilité via une plateforme multimodale.

Les avantages de cette entente sont multiples pour la ville, dit le maire de la municipalité.

« Investir dans des infrastructures de transport en commun est complexe et coûte très cher. Le projet mise sur l’engagement des citoyens et sur les possibilités offertes par l’économie de partage pour augmenter la disponibilité et la diversité des offres de transport sur le territoire. Le programme s’inscrit dans nos objectifs de réduire la congestion automobile, le nombre de places utilisées dans les stationnements incitatifs et accroître le recours à des solutions alternatives de transport. Il permettra aussi de collecter des données d’utilisation précieuses pour mieux planifier la mobilité à Tel-Aviv. »

« Avec ce nouveau partenariat, notre objectif reste le même : réduire le nombre d’auto-solo sur les routes, ajoute le maire. Aujourd’hui, nous comprenons mieux les comportements des citoyens et les contraintes qui sont liées aux transports de personnes. Ce que nous voulons c’est proposer un réseau intermédiaire entre la voiture solo et les transports en commun, tout en diminuant l’impact environnemental que peuvent avoir ces déplacements. Est-ce que l’autobus est toujours la solution la plus écologique ? Pas tout le temps, en dessous d’un certain seuil de passagers, cela devient une solution très polluante. »

« L’autopartage est un formidable moyen pour compléter l’offre de transport collectif et actif qui favorise l’utilisation de tous les modes de transport et brise la dépendance au « tout à l’auto ». Tel-Aviv est parmi les villes où la complémentarité parmi ces modes se développe le plus rapidement. Pour cela la ville est extrêmement fiers de pouvoir partager cette expérience avec les participants à  TEL AVIV CITIES SUMMIT 2018.

L’israélien Moovit, champion des transports en commun intelligents

Présentée comme le « Waze des transports en commun», la start-up Moovit a su taper dans l’oeil des investisseurs. Fondée en 2013 en Israël, la jeune pousse a annoncé hier avoir finalisé une levée de fonds de 50 millions de dollars.

Parmi les nombreux actionnaires de ce nouveau tour de table : Nokia Growth Partners, BMW i Ventures, Sequoia Capital, Vaizra Investments, BRM Capital, Gemini Partners et les français Bernard Arnault Group et Keolis (une filiale de la SNCF). Selon le blog américain Techcrunch, cette opération valoriserait la société près de 550 millions de dollars.

Concrètement, Moovit est une application qui propose à ses utilisateurs les itinéraires les plus efficaces en combinant plusieurs modes de transport pour aller d’un point A à un point B en fonction du trafic, du moment de la journée et de leurs préférences. L’application analyse également la position de chaque utilisateur et peut donc adapter ses recommandations en temps réel, d’où sa ressemblance avec le service Waze, racheté par Google pour 1,1 milliard de dollars.

Déployée dans 500 villes à travers 45 pays, Moovit revendique aujourd’hui 15 millions d’utilisateurs actifs. Son principal concurrent est l’application Citymapper. Moins développée, cette start-up a récemment bouclé une augmentation de capital de 10 millions d’euros.

“Fluidifier le trafic”

Deux domaines sont particulièrement mis en avant : la transformation des voitures, avec l’arrivée des véhicules autonomes, et l’amélioration des conditions de circulation. Sur ce dernier point, le même exemple de réussite revient en permanence : Waze. Fondée en 2008 et rachetée par Google en 2013, la start-up basée à Tel Aviv a développé son application d’aide à la navigation capable de réduire les bouchons en optimisant les trajets de ses utilisateurs.

C’est ce même objectif que vise No Trafic, qui vient de lever plusieurs millions de dollars pour réaliser son projet de connexion des feux de circulation. Qui n’a jamais pesté contre un feu rouge alors que personne ne circule en face ?

Grâce à une petite caméra, peu coûteuse, installée à chaque carrefour, le logiciel analyse en temps réel l’état de la circulation et adapte la durée de chaque feu. “Il restera vert plus longtemps s’il n’y a personne en face pour éviter de créer un bouchon”, explique Omar Shachar, fondateur de Drive TLV, l’incubateur de référence dans les mobilités, qui a hébergé la start-up à ses débuts.

Prédire les incidents

Afin d’anticiper les problèmes ou même de les éviter, WayCare, a développé un système d’intelligence artificielle utilisant les données de Waze et des caméras de surveillance présentes dans la ville pour repérer en temps réel tous les incidents qui se produisent dans la ville.

Déjà en place à Las Vegas et dans une grande partie de l’état du Nevada, cette solution permet également aux autorités d’anticiper d’éventuels incidents. “Ils sont capables d’anticiper les problèmes 12 minutes avant qu’ils se produisent. De cette façon la ville peut envoyer la police en amont”, indique Omar Shachar dont l’incubateur est situé en plein coeur de Tel Aviv, à côté d’une série de garages automobiles.

Pour aller plus loin et toucher du doigt le rêve d’un monde sans accident, certains sont passés à la vitesse supérieure et travaillent sur les véhicules autonomes. Référence dans le pays, MobilEye, rachetée par Intel en 2017, développe la majeure partie des éléments nécessaires au fonctionnement de ces véhicules sans conducteurs et notamment les capteurs à installer sur les voitures.

Depuis son acquisition pour 15 milliards de dollars, un record dans le pays, Intel est l’un des rares à disposer de toutes les pièces du puzzle conduisant à la création d’une voiture autonome. En plus des solutions de MobilEye, la firme américaine maîtrise la 5G, indispensable à la communication entre les véhicules, et les processeurs qui permettront de les propulser correctement.

Le virage de la voiture autonome

Alors que tous les constructeurs ou presque ont annoncé leurs premiers modèles autonomes pour 2021, les start-up ne veulent pas rater le coche.

“Au départ, les start-up israéliennes ont un désavantage par rapport à celle des autres pays : elles sont obligées de se lancer à l’international dès le départ car notre marché est trop petit. Mais en fait c’est un avantage”, explique un connaisseur de l’écosystème israélien en référence aux start-up d’autres pays qui tardent trop à se lancer hors de leurs frontières.

Certaines start-up se sont donc spécialisées dans le développement de capteurs et de caméras qui seront utilisés dans les véhicules autonomes. Malgré la concurrence importante, la facilité avec laquelle il est possible de trouver des financements pour développer son entreprise permet d’accélérer le travail sur les différents systèmes. Et ainsi de ne pas perdre la longueur d’avance déjà acquise.

Souhail Ftouh