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Ils vont disparaître doucement par la porte de l’oubli qu’ils avaient franchie depuis longtemps déjà dans l’indifférence ou l’ignorance générale. Aujourd’hui, en Israël, une voix de scandale les ramène au grand jour.

Ainsi durant 70 ans des dizaines de milliers, aujourd’hui 60 000, rescapés de la Shoah, sur les 200 000 vivants en Israël, vivent en dessous du seuil de pauvreté, dans un total dénuement. Et 80 000 se sentent totalement isolés.

Innommable ! Ils sortaient des camps, à peine debout. Ils ont marché vers ce qu’il restait de lumière de leur vie en lambeaux, vers le pays juif , le pays des leurs – pensaient-ils -, où l’on partagerait le pain. Et la peine, trop grande pour eux tout seuls.
Ils n’ont pas parlé pour ne pas déranger. Et si la misère d’aujourd’hui pouvait faire oublier un temps les tourments d’hier, elle serait consolation, apaisement.

Mais non, les nuits leur ressassent et ressassent les horreurs du passé. Les nuits que déchirent les cris de l’enfer vécu. Mais les jours, les jours…, c’est la faim au bord des routes de soleil qui mènent à la mer, dans le pays rêvé. Les jours, c’est la main que l’on ne vous tend pas dans le pays qui se voulait de fraternité, de partage, de justice.

Et pourtant, ils entendent ici les sirènes de commémoration, ils savent les visites officielles à Yad Vashem.Mais que cachent les officialités si, commémorant les morts, leur regard est indifférent aux survivants de la Shoah. Qui viendra les visiter, eux les rescapés des camps d’extermination, eux les vivants témoignages de l’horreur nazie ?Combien est grande l’offense aux disparus si nous n’honorons pas les survivants de leur même tragédie?

Il n’eut été que justice qu’ils fussent choyés, consolés, apaisés par des frères et non laissés à l’abandon comme ils le furent en un temps par les nations.

Ainsi, même après les camps, ils ont usé leur vie à ne plus rien attendre d’elle, ni des leurs.
On peut s’étonner que des fonds d’indemnisation, des avoirs en errance ne leur soient pas parvenus pour soulager leur état.
Qu’en est-il de ces sommes dont ils seraient les plus légitimes héritiers ?

Quant à l’aumône qu’on leur tend indignement, elle n’est que la face émergée d’un iceberg en dérive.
Serait-elle la fissure révélée d’une société en mal de son âme ?

Quel héritage transmettrons nous à nos enfants si, avant que les derniers survivants de la Shoah ne disparaissent, nous n’avons pas su être les garants de nos frères ?

Gérard DARMON

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