Israël prêt à offrir son expertise anti-terroriste pour les autorités sri-lankaises

 

Jérusalem est prêt pour aider dans les enquêtes sur les attaques islamo-terroristes au Sri Lanka.Le 21 avril 2019, jour du dimanche de Pâques, les attentats qui ont visé plusieurs églises et hôtels au Sri Lanka ont entraîné plus de 310 victimes et de nombreux blessés

Selon la police, 39 étrangers font partie des victimes, dans ce pays très prisé des touristes.Il s’agit de l’attaque la plus violente survenue dans le pays depuis la fin de la guerre civile sri-lankaise, en 2009 après 26 ans de conflits.

Le groupe jihadiste État islamique (EI) a revendiqué mardi ces attentats «ayant visé des ressortissants des pays de la Coalition (anti-EI) et les chrétiens», via son agence de propagande Amaq. Les autorités sri-lankaises attribuent le carnage au mouvement islamiste local National Thowheeth Jama’ath (NTJ), qui ne l’a pas revendiqué, et cherchent à savoir s’il a bénéficié d’un soutien logistique international.

En réaction aux attentats, le proche conseiller à la sécurité du Premier ministre Benjamin Netyanhu a échangé avec son homologue sri-lankais et lui a proposé l’aide israélienne, dimanche, après qu’une série d’attaques terroristes à la bombe.

Meir Ben-Shabbat, le chef du Conseil de la sécurité nationale, s’est entretenu avec Udaya Seneviratne, secrétaire du président du Sri Lanka Maithripala Sirisena, selon le bureau de Netanyahu.

Ben-Shabbat a offert ses condoléances et une aide israélienne dans le sillage des attaques.

Le Sri Lanka n’a pas encore annoncé s’il acceptait l’aide d’Israël proposée par Meir Ben-Shabbat, conseiller à la sécurité nationale. Le Bureau du Premier ministre israélien et les autorités du Sri Lanka n’ont pas affirmé ou non si l’offre d’Israël était acceptée.

Netanyahu avait auparavant exprimé dans un tweet « son choc profond devant la folie meurtrière contre des civils innocents au Sri Lanka ».

« Israël est prêt à aider les autorités du Sri Lanka dans cette heure difficile. Le monde entier doit s’unir dans la lutte contre le fléau du terrorisme », a-t-il écrit.

Le président Reuven Rivlin a également estimé sur Twitter que « les attaques au Sri Lanka – et notamment contre ceux qui priaient lors des célébrations du dimanche de Pâques – représentent un crime méprisable. Nous sommes tous des enfants de Dieu et une attaque contre une religion est une attaque contre chacun d’entre nous. »

« Israël transmet ses condoléances aux familles des victimes et souhaite un rapide rétablissement à tous ceux qui ont été blessés », a-t-il ajouté dans son post.

Le modèle israélien à la pointe de la lutte antiterroriste 

L’exemple israélien, où la menace terroriste fait partie de la vie quotidienne, est mis en avant.

L’Etat hébreu, dont la population a connu sept guerres et deux Intifada depuis sa création, est bel est bien devenu un cas d’école, dans sa façon de gérer une situation d’insécurité permanente. Un pays où la sécurité intérieure relève non pas de l’armée, mais des services de renseignement et de la police.

Israël est confronté depuis des décennies à une menace multiforme et diffuse. Le pays a connu une série d’attaques terroristes, dont le mode opératoire n’a cessé d’évoluer. L’antiterrorisme israélien a dû s’adapter en permanence en adoptant une approche fondée sur l’anticipation et la rapidité d’intervention.

Cette menace a connu d’importantes transformations au cours de quatre grandes périodes. Avec d’une part, les années 1970 caractérisées par des attaques de fedayin palestiniens?; l’époque des Accords israélo-palestiniens d’Oslo (1993) ponctuée d’attentats suicide?; les années post-Oslo durant lesquelles Israël, confronté à la seconde Intifada, s’est retrouvé sous le feu des tirs de roquettes ou de missiles du Hamas et du Hezbollah, avant de connaître plus récemment une intensification des attentats à la voiture-bélier ou des attaques au couteau.

Auparavant, Israël avait mené un audit, en s’inspirant des leçons tirées des attentats menés contre des palaces à Bombay et dans les gares de Madrid, les deux scénarios catastrophes les plus retenus par les professionnels.

La société Eagle Security and Defense, dirigé par Giora Eiland un ex-directeur du Conseil de sécurité nationale israélien, a été sollicitée en Europe ces dernières années.

« l’expérience israélienne accumulée est observée à la loupe par les pays confrontés à un risque terroriste élevé», décrypte David Khalfa, chercheur associé du think tank IPSE, (Institut prospective et sécurité en Europe)

L’antiterrorisme israélien est fondé sur des modes d’action défensifs (“barrière de sécurité”, barrages militaires filtrants…) et offensifs (infiltrations, arrestations préventives, assassinats ciblés…).

Dans les villes israéliennes, l’Etat hébreu s’appuie sur des unités d’élite antiterroristes d’intervention placées sous le commandement de la police?; à l’exception de Yasam, une unité anciennement dédiée à la lutte antiémeutes qui depuis quelques années, patrouille en moto à l’intérieur d’Israël, et dépend directement des services de sécurité intérieure (Shin Bet).

Israël peut donc faire preuve d’une capacité de réaction ultra rapide lorsqu’un attentat se produit. D’autant que la société civile israélienne est très impliquée dans le combat antiterroriste.Et ce, en raison du rôle central joué par l’armée puisque chaque jeune Israélien doit passer trois ans (deux pour les femmes) sous les drapeaux. Mais aussi, du fait que le port d’armes est facilité, ce qui permet aux civils de riposter plus rapidement en cas d’attaques. Sans oublier l’importance des sociétés de protection privées qui se sont multipliées au début de la seconde Intifada et de la vague des attaques suicide.

«La sensibilisation et la résilience du grand public constituent un atout maître», souligne Boaz Ganor, le directeur exécutif de l’Institut international du contre-terrorisme (ICT) du Centre interdisciplinaire d’Herzliya.

La clef de voûte du système antiterroriste israélien est le renseignement qui fonctionne «en cercles concentriques»: dans les Territoires, aux frontières d’Israël et à l’intérieur du pays.

Israël a beaucoup investi dans le renseignement

Cette  approche est renforcée par le renseignement contre la cybercriminalité, un domaine dans lequel l’Etat hébreu excelle puisqu’il se classe dans le Top 5 des cyberpuissances, aux côtés des Etats-Unis, de la Chine, de la Russie et du Royaume-Uni.

Depuis que l’influence de l’Etat islamique se fait ressentir auprès de certains jeunes Palestiniens autoradicalisés, dont le combat s’inscrit davantage dans une logique djihadiste, La veille sur les réseaux sociaux est renforcée. Cette  approche a permis à l’Etat hébreu de faire baisser de manière substantielle le nombre d’attentats de grande ampleur.

Les autorités sri-lankaises ont besoin de renforcer leur système de renseignement. Deux frères figurant parmi les kamikazes ont joué un rôle-clé dans ces attentats qui, selon les premiers éléments de l’enquête ces deux hommes sont âgés, entre 20 et 30 ans. Ils étaient les fils d’un riche commerçant et selon les policiers dirigeaient une «cellule terroriste» familiale. Plusieurs membres de cette famille sont interrogés par la police.

Jusqu’en 2009, le Sri Lanka a été le théâtre d’une guerre civile très meurtrière de plusieurs décennies opposant forces gouvernementales et séparatistes tamouls.

Israël était parmi les pays à fournir des armes au Sri Lanka pendant sa guerre civile de 26 ans contre le groupe séparatiste des Tigres tamouls, issue de la minorité ethnique tamoule qui cherchait à obtenir son indépendance de la majorité bouddhiste du pays.Pendant la guerre, les Tigres et d’autres rebelles ont perpétué une multitude d’attaques à la bombe. Les Tamouls sont hindous, musulmans et chrétiens.

L’armée du Sri Lanka a vaincu les rebelles Tigres tamouls en 2009, mettant un terme à une guerre civile qui a coûté la vie à 100 000 personnes, alors que les deux camps ont été accusés d’avoir commis des graves violations de droits de l’homme.

Souhail Ftouh