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Le chef du gouvernement tunisien Youssef Chahed à Khartoum,  le 23 mars 2017

Six ans après avoir chassé du pouvoir Zine El-Abidine Ben Ali, le 14 janvier 2011, les nouveaux artisans de la soi-disant démocratie naissante en Tunisie lancent une opération de séduction vers le président soudanais Omar Hassan el-Béchir, objet  de poursuites judiciaires de la part de la Cour pénale internationale (CPI) et le président syrien Bachar El Assad accusé lui aussi pour des crimes de guerre et de crimes contre l’humanité par l’ONU.

 

Le pire est que la Tunisie  a été récompensée par le prix Nobel de la paix (2015) pour sa transition démocratique. Ce Prix  était  prévu servir d’exemple à suivre par d’autres pays !

 

 

La Tunisie cherche à séduire un criminel de guerre recherché par la CPI

 

Le chef du gouvernement d’union nationale tunisien, Youssef Chahed, a atterri  ce mercredi 22 mars 2017, à la capitale soudanaise Khartoum, où il s’est rendu pour une visite officielle de deux jours. Au cours de cette visite, il  a rencontré  Hassan el-Béchir, après dix ans de rupture.

 

Tunis a par ailleurs annoncé la reprise de la ligne aérienne Tunis-Karthoum, suspendue depuis 1989, au cours du mois de septembre 2017pour établir un nouveau départ dans la coopération bilatérale avec ce régime qui aurait commis des crimes de génocide, des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre au Darfour.

 

Bechir, en plus d’être le premier chef d’État en exercice recherché par la CPI, est le premier accusé du crime de génocide devant la CPI. La Ligue Arabe et l’Union Africaine refusent de donner suite au mandat d’arrêt à l’encontre d’el-Béchir. Ce mandat inclut, en plus des accusations pour crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, des accusations pour génocide contre les Fours, les Masalit et les Zaghawa.

 

Plus de 170 villages ont été détruits massivement avec des armes conventionnelles mais surtout au moyen de bombardements chimiques. En utilisant du gaz moutarde, l’armée soudanaise a franchi un pas dans l’horreur.

 

Alors que les massacres au Darfour ne sont pas près de se terminer, Amnesty international avait publié le 29 septembre 2016 un rapport sur l’utilisation par Khartoum d’armes chimiques dans la région du Djebel Marra, dans l’ouest du Darfour au cours d’une trentaine d’attaques.

 

 

Mais la Tunisie comme le reste des Pays Arabes affiche une indifférence  face aux crimes du régime soudanais. Le sujet du Darfour n’a jamais été à l’ordre du jour d’aucune réunion arabe. Ces pays se sont bâti une armure de protection pour ignorer la vérité et pour ne pas se sentir concernés. Ici les intérêts personnels des États passent avant tout sentiment humanitaire au point de ne plus pouvoir compter sur un brin de solidarité de leur part.

 

La cause des querelles n’a jamais été religieuse mais essentiellement culturelle puisque tous les habitants du Darfour sont musulmans. Le régime de Khartoum a livré des armes aux Janjawids, qui ont accepté de jouer le rôle de harkis avec une haine et une cruauté terrifiantes.

 

Les miliciens tuent, massacrent et violent leurs frères africains musulmans pour se donner un gage d’identité et pour recevoir enfin le certificat sanglant d’appartenance au monde arabe. Le résultat s’évalue à 300.000 victimes, mortes dans l’indifférence générale tandis que le massacre se poursuit encore aujourd’hui dans le silence et en l’absence des témoins des ONG ; Les Musulmans tuant d’autres musulmans, croyant au même Dieu et enveloppés d’une peau de même couleur.

 

 

Une délégation parlementaire en visite de soutien à Assad

 

Le président syrien Bachar El Assad qui massacre son peuple avec sa propre armée a reçu  le mercredi 22 mars 2017 une délégation de députés tunisiens en visite  pour un séjour de 6 jours à Damas.

 

Les députés tunisiens ont réitéré au président  (dictateur) El Assad  leur soutien et leur respect à la résistance exceptionnelle de l’armée syrienne sous les ordres de ce boucher coupable de massacres et de meurtres depuis mars 2011.

 

Composée de sept députés, à savoir Abdelaziz Kotti, Khemaïs Ksila (Nidaa Tounes), Noureddine Mrabti (Union Patriotique Libre), Sahbi Ben Fredj (Al Horra), Mongi Rahoui, Mbarka Brahmi (Front Populaire) et Issam Matoussi (indépendant), cette délégation, la délégation de députés tunisiens a exprimé sa gratitude au dictateur syrien pour son rôle dans l’échec du  « complot sioniste qui vise le démembrement des pays arabes en micro-états ethniques incapables de faire front à Israël en cas de conflit. »

 

« Notre visite a pour but rétablir les relations entre les deux pays. Cette reprise est bénéfique pour les deux pays »   a dit le député d’Al Horra, Sahbi Ben Fredj, sur les ondes de la radio tunisienne RTCI.

 

« Nous sommes fidèles à la promesse faite à nos électeurs de rétablir la relation avec la Syrie » a martelé le député.

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Délégation parlementaire tunisienne à Damas, le 23 mars 2017

Le président Bachar El Assad bénéficie d’une grande popularité en Tunisie, en dépit que ce régime fasciste et criminel a tué des centaines de milliers de personnes et fait déplacer des millions d’autres.

 

Ces deux visites au Soudan et en Syrie nous interpellent à double titre. Elles montrent d’abord que les États arabes se polarisent sur le problème israélo-palestinien, essentiellement politique, alors qu’ils ferment les yeux sur les massacres aux alentours.

 

De plus moralement il est inacceptable qu’un pays titulaire du Prix Nobel de la paix manifeste cette sympathie envers deux régimes génocidaires. Le caractère massif des crimes en Syrie et au Soudan relèvent de l’extermination et sont assimilables à un crime contre l’humanité.

 

Avec cette attitude sélective, aucune crédibilité  ne puisse être accordée concentrant les efforts sur le conflit palestinien tout en ignorant ou en feignant d’ignorer les pays où les massacres s’opèrent au grand jour et en toute impunité.

 

 

Souhail Ftouh

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