| More

La communauté juive de Tunisie qui compte environ un millier de personnes (contre 100.000 à l’indépendance en 1956) risque de se retrouver rapidement au seuil d’une nouvelle période sombre de son histoire. Le passage du Premier ministre du Hamas, organisation considérée comme terroriste par les pays occidentaux, a effrayé cette minorité l’une des plus anciennes du pays.

Après être passé par l’Egypte pour rencontrer les “Frères”, puis par le Soudan pour rendre visite à son ami el Béchir sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crime de guerre, crime contre l’humanité et génocide, après avoir remercié la Turquie et son Premier ministre islamiste Erdogan pour son combat contre “l’entité sioniste”, le chef terroriste de Gaza est arrivé à la Tunisie islamiste, accueilli à l’aéroport aux cris de “mort aux Juifs” par une foule en délire au milieu de slogans pro-palestiniens et anti-israéliens.

Haniyeh a rencontré non seulement le chef du parti islamiste Ennahda, Rached Ghannouchi, mais il a également été reçu, en grandes pompes, par le Premier ministre Hamadi Jebali et le président Marzouki, ce qui constitue un incontestable succès pour le Hamas avec lequel le “printemps arabe” semble avoir davantage d’affinités. Lors de sa visite, Haniyeh a exprimé sa joie en constatant que les temps ont changé : “Israël ne peut plus compter sur des alliés en Egypte, en Turquie et en Tunisie”. Il n’a peut-être pas tort, car c’est un fait qu’il devient difficile pour Israël de trouver des points d’appui dans la région.

Le chef du Hamas a prononcé, le 8 janvier 2012, un discours virulent ovationné par plusieurs dizaines de milliers de supporters : «Nous sommes ceux qui allons créer un nouveau Moyen-Orient. Nous avons créé une révolution glorieuse qui va ramener la Nation [le Califat] et sa gloire à la place du chaos, que l’administration américaine a tant désiré “, a déclaré Haniyeh, alors que la foule chantait en cœur « L’armée de Mohammad est de retour » ou encore « Mort à Israël » alors qu’Haniyeh réitérait sa promesse de ne pas déposer les armes.

Cette visite, à grands renforts médiatiques du chef terroriste de Gaza, a été perçue par comme humiliation, surtout lorsqu’on se remémore les relations si chaleureuses entre le Fatah et la Tunisie qui hébergea Yasser Arafat de 1982 à 1994. L’ambassadeur palestinien à Tunis, Salman al Herfi, avait quitté précipitamment la Tunisie la veille de l’arrivée du chef du Hamas. Un responsable de l’Autorité palestinienne avait confié, sous couvert d’anonymat que :

“cette visite ne sert pas les efforts actuels en vue de la réconciliation palestinienne entre le Fatah et le Hamas, il s’agit d’une faute politique”. Pour le tunisien Marzouki, c’est visite etait une opportunité de gagner des points de popularité au sein de leur opinion publique. D’autre part le Hamas islamiste, avait cherché aussi à conquérir les cœursde tunisiens.

La visite de Haniyeh a prouvé la solidarité du soi-disant gouvernement islamiste modéré avec les terroristes islamistes de Gaza. Pour les juifs de Tunisie, une autre dimension mérite d’être mentionnée. Cette visite a confirmé la montée du sentiment anti-juif. Les propos antisémites proférés par un groupe d’islamistes extrémistes à l’arrivée à Tunis du chef du gouvernement Hamas à Gaza, Ismaïl Haniyeh, ont suscité l’inquiétude de la communauté juive de Tunisie.

“Expulser les juifs est un devoir, tuer les juifs est un devoir” scandaient les auteurs de ces slogans, venus à l’aéroport saluer le chef du Hamas chaleureusement accueilli par le chef du gouvernement tunisien, l’islamiste Hamadi Jebali et le leader d’Ennahdha Rached Ghannouchi. “Aucun Tunisien ne doit être insulté, et le gouvernement doit prendre des mesures pour que ce genre d’incident ne se reproduise pas”, a déclaré Pères Trabelsi, un des représentants de la communauté juive, estimant que les gens proférant ces slogans “voulaient détruire la Tunisie”.

“Certains membres de la communauté ont eu peur après cet incident, mais il faut faire la différence entre la situation au Proche-Orient et ici”, a estimé pour sa part le Grand rabbin de Tunis, Haïm Bittan I

Il faut dire que meme si les médias tunisiens ne le mentionnent pas, les occidentaux ne sont pas dupes. L’antisémitisme est devenu le sujet favori de certains imams le jour du vendredi.Alors que le nouveau gouvernement tunisien ne tient plus les rênes en mains, les incitations ouvertes à la violence contre les gens du livre chrétiens ou juifs sont devenues une monnaie courante Les sympathisants du Hamas et Iran ont aujourd’hui le champ libre.

Le vandalisme religieux est en augmentation. Il y’ a quelques jours, la synagogue Beth-El de Sfax aurait été profanée de nouveau deux fois en deux semaines fin décembre 2011. En août dernier elle était aussi l’objet d’une attaque qui n’a pas était suivie par les autorités. Ces faits s’inscrivent dans la continuité d’une série d’attentats perpétrés depuis un an contre les juifs. Ils sont parfaitement révélateurs de la montée en puissance de l’intégrisme religieux en Tunisie.

Un phénomène hélas auxquels les juifs sont habitués depuis des décennies. Malgré les paroles apaisantes de l’agence officielle de presse tunisienne, l’ambiance qui règne aujourd’hui au sein de la communauté israélite de Tunisie, est comparable à celle vécue avant le pogrom du 5 juin 1967 à Tunis (durant la guerre des Six Jours) avec les images tristes des familles Juifs déracinés et les « Sefer Thora » brûlés dans la Grande Synagogue de Tunis.

La convivialité existante entre les Musulmans, juifs et chrétiens est aujourd’hui sur la stèle. Cette révolution spontanée a été confisquée par la horde des islamistes. Et les cries aux relents antisémites sont désormais plus forts aux appels à la raison.

Ftouh Souhail

Leave a Reply

*