L’ambitieux prince héritier Mohammed ben Salmane en visite à la Maison Blanche

M. Donald Trump reçoit, mardi 20 mars 2018, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, l’occasion pour le président des États-Unis de se positionner sur les spectaculaires modernisations introduites dans le royaume sunnite et le rapprochement entre Riyad et les israéliens. 

Une dizaine de mois après leur dernier face-à-face, à Ryad, les deux hommes devraient évoquer les transformations profondes intervenues depuis en Arabie saoudite, à l’interne comme à l’externe : autorisation de conduire pour les femmes, purges sans précédent menées contre la lutte corruption, guerre contre les milices chiites au Yémen, bras de fer avec le Qatar et les Frères Musulmans…

Mohammed ben Salmane, le prince héritier saoudien, veut moderniser le pays, aux prises avec une économie qui stagne et une jeunesse en quête de davantage de liberté. Les femmes ont déjà commencé à travailler.Les Saoudiennes ont obtenu déjà le droit de vote, décision prise par feu le roi Abdallah.

Le prince est un réformateur libéral, il a récemment démontré ses intentions pour une plus grande ouverture sociale face aux attentes des jeunes Saoudiens. Il a déjà annoncé que des concerts de musique et que certaines autres formes de spectacles pourront aussi prendre l’affiche en 2018.Les projections commerciales de films, qui avaient été abolies en Arabie saoudite dans les années 1980, alors que le pays était soumis à une vague d’ultraconservatisme, seront de nouveau autorisées sous peu.

Nommé prince héritier en juin 2017 par son père le roi Salmane, Mohammed ben Salmane a l’intention de vendre sa « vision 2030 » qui consiste à bâtir une économie moins dépendante du pétrole afin d’attirer des investissements étrangers. Le jeune Salmane a des ambitions pour son pays.

Appelé « Vision saoudienne à l’horizon 2030 », le plan du prince héritier Mohammed ben Salmane, est fondé sur la vente en Bourse d’une partie du géant pétrolier Aramco. Le produit de cette vente servira à créer le plus grand fonds souverain dans le monde, d’une valeur de 2 000 milliards de dollars (1 777 milliards d’euros). Les dividendes devront offrir une alternative aux recettes pétrolières, en chute libre en raison de l’effondrement des cours du brut depuis 2014.

Le plan vise à augmenter les dépenses des ménages dans les loisirs, réviser le système scolaire, développer une industrie militaire nationale et augmenter l’apport du secteur non lucratif.

Le jeune Salmane est-il en train de bouleverser ce pays

MBS est clairement brillant, très intelligent, maîtrise parfaitement ses dossiers. Il est diplômé de droit de la King Saud University, père de deux garçons et de deux filles, et n’est pas partisan de la polygamie en vigueur dans son pays.

Un facteur de modernité qui pourrait lui valoir l’adhésion des femmes. D’autant que le prince a suggéré qu’il pourrait aller jusqu’à étendre ses réformes à la société. « Nous croyons que les femmes ont des droits dans l’islam qu’elles ont encore à obtenir », a-t-il confié à Bloomberg.

Dans ce royaume, il n’y a jamais de rupture, il faut prendre des gants. Rien n’est simple dans ce pays composé d’une vingtaine de tribus, un pays riche de son pétrole depuis seulement 1973 et dont la population est à 85 % urbanisée.

Le partenariat entre le politique et le religieux coexistent selon les termes d’un pacte passé en 1744. Dans celui-ci, le politique, c’est-à-dire Mohamed ben Saoud et la dynastie Saoud, s’engage à faire appliquer dans la société le message religieux de Mohamed Abdel Wahab (fondateur du Wahabbisme, NDLR). Celui-ci prône une purification de l’islam par un retour aux sources. En retour, le religieux reconnaît une forme d’autonomie du politique en acceptant de légitimer ses décisions.

Autre signe d’ouverture du Royaume,  l’espace aérien saoudien s’ouvre aux vols pour Israël. Après plusieurs décennies d’interruption, les appareils de la compagnie indienne Air India reprendront la semaine prochaine leurs vols pour Israel via l’Arabie saoudite, a déclaré le porte-parole de cette compagnie indienne le vendredi 16 mars 2018.

Plusieurs décennies plus tard, Riyad a enfin décidé d’ouvrir ses frontières aériennes aux vols à destination de l’État juif. À partir du 22 mars 2018, les vols reliant l’Inde à Israël pourront désormais traverser le ciel saoudien, a déclaré  Pravin Bhatnagar, responsable des relations publiques d’Air India.

Le gouvernement indien a déjà fait part de sa décision d’établir des vols directs New Delhi–Tel-Aviv, suggérant à l’Arabie saoudite de laisser son ciel ouvert au trafic aérien à destination d’Israël.

Lors de la visite de Benyamin Netanyahu en Inde, il y a environ un mois, les deux pays ont conclu un accord prévoyant la restauration d’une ligne aérienne directe entre l’Inde et Israël via l’espace aérien saoudien.

Air India cherche depuis longtemps à avoir accès à l’espace aérien saoudien, afin de « minimiser les coûts en carburant, de réduire la durée des vols et de multiplier le nombre des touristes indiens en Israël et israéliens en Inde ».

Le royaume saoudien ne reconnaît pas Israël, et durant les soixante-dix années qui se sont écoulées, le ciel de l’Arabie saoudite était fermé aux vols internationaux vers Israël. Cette décision saoudienne est le signe de rapprochement initié par Mohammed ben Salmane entre Riyad et Jérusalem.

Récemment, lors d’une visite de Mohammed ben Salmane en Égypte, le prince héritier avait rencontré une délégation israélienne au Caire et lors de cette rencontre, des lettres auraient été échangées entre lui et de hauts responsables israéliens.

Mohammed ben Salmane se montre plutôt enclin à persuader les Européens de réduire leurs relations avec l’Iran. Pour se faire, il ne manque pas d’accuser  directement l’Iran de vouloir modifier la carte de la région, à travers son appui au terrorisme et d’incitation au conflit ethno-religieux.

Riyad entend dissuader les Européens de grandes transactions économiques et commerciales avec l’Iran ; or, le président français, Emmanuel Macron, est attendu à Téhéran. Il critique aussi l’Arabie saoudite pour avoir adhéré au discours américano-israélien en faveur d’une guerre contre l’Iran. Tout récemment, Mohammed ben Salmane a demandé au président français de réduire les relations avec l’Iran. Emmanuel Macron, quant à lui, lui a conseillé de ne pas parler à la France à ce sujet.

Souhail Ftouh