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Québec et Ottawa ont décidé de serrer les rangs pour s’opposer au
transfert de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale de
Montréal à Doha, capitale du Qatar. Bien des observateurs sont
intrigués par les desseins de ce pays qui se trouve sur la ligne des
avants sur de nombreux fronts. Que sait-on sur le Qatar ?

Le Qatar fait beaucoup parler de lui ces dernières années, que ce
soit par ses investissements économiques à grand retentissement, sa
présence médiatique ou ses interventions sur la scène internationale.

C’est un pays de 1, 8 millions d’habitants dont seulement 200 000
nationaux, gouverné par l’entreprenant émir Hamad. Ce dernier a
évincé son frère de la succession puis pris le pouvoir en 1995 alors
que son père Khalifa était en vacances en Suisse. Bien que le Qatar
fasse la promotion de la démocratie dans le monde arabe, il est loin
d’en donner l’exemple. C’est un émirat dont les 45 parlementaires
sont désignés par l’émir et il est question d’en faire élire les deux-tiers
en 2013. Les libertés civiques et la liberté d’opinion sont limitées et la
protection légale des travailleurs étrangers laisse grandement à
désirer.

Le Qatar est le plus grand exportateur de gaz liquéfié. Ses revenus
se montent au 1/7 de ceux de l’Arabie saoudite et son PNB par
habitant lui est plus de cinq fois supérieur. L’activité économique du
Qatar est marquée par des actions d’éclat : promotion de l’activité
économique dans les banlieues françaises ; lancement d’un fonds
d’investissement de 100 milliards en Europe ; prêt de 3 à 4 milliards
de dollars accordé à l’Égypte ; acquisition de l’équipe de football
Paris St-Germain et des magasins Le Printemps à Paris (la France a
enfin son printemps arabe) ; sponsorisation du club de football FC
Barcelone; hébergement des Jeux olympiques de soccer en 2021,
pressions visant à déplacer le siège social de l’Organisation de
l’Aviation Civile Internationale de Montréal à Doha et financement de
la construction du plus haut gratte-ciel à Londres : la tour Shard. Nulle surprise si la revue The Economist a qualifié le Qatar de
« pygmée avec le punch d’un géant. »

Sa chaîne de nouvelles Al-Jazeera a encouragé l’émergence du
printemps arabe tout en ménageant ses états voisins, des monarchies
quasi absolues pour la plupart. Elle offre un temps d’antenne
appréciable au prêcheur égyptien radical Yusuf Al-Qardawi affilié
aux Frères musulmans. L’Arabie saoudite ne serait pas satisfaite de la
préséance grandissante du Qatar dans les affaires internationales et
de la couverture médiatique d’Al-Jazeera, mais il semblerait que ces
deux pays se soient rapprochés lorsque la tension avec l’Iran a
augmenté. Pour le Qatar, l’Iran ne serait pas étranger aux remous des
chiites au Bahreïn. Dans les émirats, les chiites sont parfois considérés
comme une cinquième colonne à la solde de l’Iran et tout
changement de statut pourrait mettre fin à la stabilité dans cette
région du monde.

Compte non tenu de son rôle économique, le Qatar est présent
dans de nombreux points chauds de la planète. Ses achats d’armes à
la France, à l’Allemagne et aux USA sont considérables pour une
armée de près de 12 000 hommes. En 2008, il aurait proposé ses
services de médiation au Liban, au Yémen et au Soudan. Le Qatar a
des relations économiques officielles avec Israël depuis 1996 et fait fi
du boycottage de la Ligue arabe. Il a également donné asile au leader
du Hamas après que celui-ci se soit distancé du régime syrien et a
proposé ses services de médiation entre Israël et le Hamas. Il a
encouragé les Frères musulmans en Égypte et en Tunisie, a participé
activement aux opérations militaires en Libye et offert un appui
militaire aux radicaux libyens. Il a offert d’ouvrir un bureau aux
Talibans à Doha. Son soutien aux salafistes du Mali a créé un malaise
avec la France. Après l’échec de la médiation de la Ligue arabe en
Syrie, le Qatar a proposé à cette dernière d’envisager une opération
militaire contre la Syrie. Toutefois, l’Arabie aurait accusé le Qatar
d’armer les extrémistes de l’opposition au gouvernement syrien.

Le régime iranien qui partage avec le Qatar des champs gaziers
soutient totalement le régime syrien de Bachar El Assad et voit d’un
mauvais œil la position du Qatar sur la Syrie. Ailleurs, bien des
observateurs s’interrogent sur l’utilité ou la finalité de
l’interventionnisme du Qatar qui shoote à tous azimuts.


Dr David Bensoussan
L’auteur est professeur de sciences à l’Université du Québec

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