| More

Ariel Sharon est un Sabra, un agriculteur né au pays, qui a participé à toutes les guerres d’Israël. Au lendemain de la guerre d’indépendance, alors que les fédayins se livraient au terrorisme et au sabotage, il initia des actions de représailles au-delà de la frontière. Durant la campagne du Sinaï de 1956, son unité de parachutistes s’infiltra en plein cœur du Sinaï.

Il commanda également un axe de pénétration important du Sinaï durant la guerre des Six Jours alors même que la planète était convaincue que les armées arabes étaient sur le point d’anéantir l’État d’Israël. Durant la guerre de Kippour en 1973, il fut celui qui retourna la situation après l’attaque syro-égyptienne en faisant passer la bataille sur la rive ouest du canal de Suez. C’est aussi lui qui encouragea le peuplement du Sinaï, de Gaza, de la Judée et de la Samarie, territoires conquis après la guerre des Six Jours. C’est encore lui qui dirigea l’évacuation du Sinaï et donna l’ordre de démanteler la toute nouvelle ville de Yamit dans le Sinaï au lendemain de la signature de la paix avec l’Égypte.

Au plan militaire, Sharon a toujours surpris. Ses initiatives étaient planifiées dans le plus grand détail et ses unités bien entraînées savaient prendre des initiatives dans les moments critiques lors des combats. Bien que ses adversaires aient cherché à ternir constamment son image, il n’en ressort pas moins qu’il a eu l’étoffe d’un grand stratège militaire sur le plan de bataille. Il a su prendre les initiatives qui s’imposaient contre le terrorisme et contre les menaces d’extermination venues de l’extérieur, sachant réinsuffler confiance et énergie à ses troupes.

Suite aux attaques menées à partir du Liban, Israël envahit ce pays en 1982. Lorsque des milices chrétiennes se livrèrent au massacre de Sabra et Chatila, la commission d’enquête statua que Sharon était indirectement responsable. Sharon poursuivit avec succès le journal Times lorsque celui-ci voulut prétendre que sa responsabilité était plus qu’indirecte. Sharon a été une personne au parler direct et franc, et cette qualité lui a été reconnue par ses ennemis mêmes. Il revint en politique à la tête du parti de droite Likoud après l’échec des accords de Camp David II, échec qui fut suivi d’une vague d’assassinats-suicides.

En politique, Sharon a confondu alliés et détracteurs en prenant des initiatives audacieuses: il décida de recentrer son parti et de former un nouveau parti centriste, Kadima. Sous son gouvernement, la bande de Gaza fut évacuée. Si Sharon était resté encore au pouvoir, il n’aurait certainement pas laissé les roquettes et les missiles s’accumuler dans la bande de Gaza, et encore bien moins de les laisser tirés impunément sur les villages israéliens frontaliers.

Quelle est la situation dont ont hérité les successeurs d’Ariel Sharon? Aujourd’hui, l’État d’Israël est devenu une puissance économique, scientifique et militaire. Il a survécu au boycott économique de la Ligue arabe et aux attaques d’armées conventionnelles et terroristes. De nos jours, l’Iran a pris la relève des détracteurs. Au Liban, le Hezbollah dispose de près de 100 000 roquettes et missiles et des tirs de roquette sporadiques sont tirés à partir de la bande de Gaza.

Les pays arabo-musulmans profitent de leur majorité numérique pour prendre en otage l’agenda des institutions internationales pour faire voter des résolutions antisraéliennes à la chaîne, aussi obsessives qu’unilatérales. L’abjection de ces mesures est d’autant plus grande que ces mêmes pays sont bien loin de pouvoir espérer passer l’abc du test de ce qu’ils reprochent à Israël.

Les successeurs d’Ariel Sharon n’ont pas bénéficié de son aura héroïque. En son temps, le premier ministre Menahem Begin avait évacué le Sinaï en échange d’une paix avec l’Égypte. Mais des concessions territoriales faites à partir de la Cisjordanie et la Bande de Gaza étaient quasiment impensables tant le territoire israélien est exigu. Il n’en demeure pas moins que Sharon aura tenté de radier de nombreux tabous, notamment ceux qui prévalaient dans le chemin risqué des concessions nécessaires pour garantir une paix durable.

David Bensoussan Enseignant, titulaire d’un doctorat (McGill)

Leave a Reply

*