Le ministère israélien des Affaires étrangères rappelle les liens historiques avec le Maroc

Deux semaines après la rencontre officieuse à Washington, consacrée à la relance du Deal du siècle, avec une participation marocaine, la diplomatie israélienne en a profité pour couvrir d’éloges les liens historiques entre le Maroc et Israël.

Le ministère israélien des Affaires étrangères jette des fleurs en direction des Marocains. Après des salutations en dialecte, Leour Bendor de la direction du Moyen orient s’est chargé de rappeler les «liens historiques» entre le Maroc et son pays, dans une vidéo postée sur la page Facebook Israël Arabic.

«Depuis sa création, Israël a accueilli des centaines de milliers de Marocains. Ils constituent une part importante de la société israélienne».

«La culture israélienne a été fortement influencée par le patrimoine marocain, particulièrement la musique, la cuisine et même des valeurs humaines, telles la modération, la tolérance et l’acceptation de l’autre», a-t-il expliqué.

L’officiel israélien a préféré souligné l’attachement même chez les nouvelles générations de juifs originaires du royaume à leurs racines marocaines : «Ils chantent des chansons marocaines et jouent des pièces de théâtre en dialecte marocain, ce qui réchauffe le cœur».

Deux semaines après le petit déjeuner ayant réuni Kushner, Lerman et Charai

Le diplomate a enchainé en évoquant ses compatriotes qui visitent annuellement le Maroc.

«Ils sont des dizaines de milliers de touristes», précise Bendor. De retour en Israël, «ils parlent avec admiration du Maroc et du peuple marocain et gardent de bons souvenirs de leur voyage».

Dans sEs éloges, Bendor n’a pas oublié de saluer «la restauration des synagogues en tant que patrimoine commun».

«La coopération conjointe entre Israël et le Maroc s’est diversifiée, intégrant les domaines de l’agriculture, du commerce et de l’industrie, et ce, malgré l’absence de relations diplomatiques entre les deux pays.» selon Leour Bendor.

Leou Bendor a parlé avec nostalgie des années durant lesquelles le Maroc avait une représentation diplomatique à Tel-Aviv. Une lune de miel officielle interrompue en octobre 2000 suite à la visite sur le Mont du Temple, par l’ancien Premier ministre Ariel Sharon, alors député du Likoud.

Néanmoins cette rupture n’a pas pour autant entamer les échanges entre les deux Etats. Les contacts politiques se sont poursuivis. En 2003, le roi Mohammed VI recevait à Tétouan le ministre des Affaires étrangères Silvan Shalom.

Trois années plus tard, Amir Peretz fraîchement élu chef du Parti Travailliste a eu droit au même privilège. Mais depuis ces contacts se font de plus en plus rares.

La diffusion de la vidéo du diplomate Leour Bendor intervient suite au petit déjeuner ayant réuni à Washington Jared Kushner, l’Israélien Eran Lerman, vice-président de l’ «Institut Jerusalem Institute for Strategy and Security (JISS)» et colonel de réserve à l’armée israélienne et l’éditeur marocain Ahmed Charai, membre d’influents think-tank aux Etats-Unis.

L’administration Trump pari sur Rabat pour la relance de son projet

L’administration de Donald Trump parie sur le Maroc pour la relance de son «Deal du siècle». En témoigne la présence d’Ahmed Charai à un briefing de Jared Kushner consacré à cette question.

Le «Deal du siècle» était au menu d’un petit déjeuneur organisé par Eran Lerman, vice-président de l’ «Institut Jerusalem Institute for Strategy and Security (JISS)» et colonel de réserve à l’armée israélienne, auquel il a convié Jared Kushner et l’éditeur marocain Ahmed Charai, membre d’influents think-tank aux Etats-Unis, indique le Jerusalem Post.

Une occasion pour le conseiller spécial de Donald Trump de plaider pour l’instauration d’un «nouveau partenariat entre Israël et certains pays arabes importants face à des ennemis communs», précise Lerman dans une déclaration à la même publication.

Ce petit déjeuner réunissant un Américain très proche du locataire de la Maison blanche, un israélien et un Marocain «traduit cette nouvelle réalité régionale», précise le n°2 de l’institut JISS.

Et d’enchainer en brossant les contours de ce qu’il entend par «nouvelle réalité régionale». Pour Lerman, le plan de paix supposant un retrait de l’armée israélienne aux frontières d’avant la guerre des six jours de 1967 n’est plus d’actualité. Pire cette demande a, selon ses dires, «constitué un obstacle à une paix réelle».

«C’est une ‘sagesse acceptée’ mais qui au fil du temps n’est plus sage ni réaliste», ironise-t-il. En revanche «le Plan Trump devrait offrir de nouveaux paradigmes qui reflètent plus particulièrement les priorités d’Israël et de ses nombreux partenaires arabes dans la région», argumente Eran Lerman.

Au-delà de la pertinence ou non des positions exprimées par le colonel de réserve de l’armée israélienne, la présence d’un Marocain proche des cercles du pouvoir est une preuve de plus du pari de Washington sur Rabat pour la relance de son «Deal du siècle».

De part ses bonnes relations avec les Palestiniens, le Maroc a une chance de convaincre Mahmoud Abbas pour une reprise du dialogue avec les Israéliens rompu depuis de nombreuses années. Un objectif que l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et l’Egypte ont échoué à réaliser.

La présence d’un représentant -non officiel- du royaume à ce petit déjeuner consacré à l’examen d’une question importante comme l’est le processus de paix au Moyen-Orient offre au royaume une opportunité de se rapprocher davantage de l’administration Trump, sans pour autant s’engager officiellement.

L’entretien du 28 mai 2019 à Rabat, entre le roi Mohammed VI et Jared Kushner a marqué un tournant dans la politique américaine dans la région. Cette réunion tripartite en est le prolongement.

Souhail Ftouh