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Le professeur Habib Kazdaghli, doyen de la faculté d’Histoire de l’Université de Manouba, près de la capital Tunis, est devenu le symbole de la résistance démocratique en Tunisie et du refus de la société civile locale de se laisser intimider par des groupes de pression extrémistes cherchant à imposer leur loi au sein des universités.

Le nom du Professeur Habib Kazdaghli est devenu célèbre en Tunisie, lorsque en novembre dernier, il a refusé de céder aux pressions d’un groupe de partisans du niqab (voile islamique intégral) qui ont occupé durant plusieurs semaines les locaux de la Faculté de Lettres de la Manouba, près de Tunis. Ces éléments radicaux violents exigent l’accès aux salles de cours pour des étudiantes portant le niqab (visage complètement voilé). Face au refus de l’administration universitaire, des corps intégristes et des sit-ineurs étrangers à la Faculté ont érigé des barricades pour interdire l’accès aux professeurs et aux autres étudiants. Parents, étudiants et professeurs se sont mobilisés contre ces actions et pour défendre les lois de l’institution.

La préservation de la neutralité dans l’espace public, le respect de ses règles et la protection des libertés individuelles sont au cœur du débat depuis des mois en Tunisie. La fin de l’ancien régime et la transition politique qui en a découlé ont permis une plus grande ouverture et d’importants débats d’idées sur des sujets sensibles tels que la garantie des droits et de la liberté de tous les Tunisiens. Cependant, les obscurantistes de la mouvance islamiste sont tous unis aujourd’hui contres les libertés individuelles et collectives.

Le professeur Habib Kazdaghli , doyen de la faculté de Manouba, symbolise aujourd’hui en Tunisie la résistance démocratique contre les fascistes qui se sont approprié de l’espace universitaire alors que les autorités sont incapables de tenir l’ordre faute de moyen et de volonté politique allant dans ce sens.

On assiste depuis la révolution à une série d’attaques contre les professeurs et les intellectuels par une horde d’individus qui n’ont aucun sens du civisme; n’éprouvant aucun sentiment de l’honneur et de moralité. Violence, agressions, racisme religieux sont partout dans la rue tunisienne comme dans les universités après la quasi disparition de la police. Le gouvernement islamiste du parti Ennahda au pouvoir, depuis déjà 45 jours, laisse ces individus enragés semer la terreur partout dans le pays et humilier les gens en les insultant, en les frappant.

A partir de la semaine prochaine , les 217 députés récemment élus en Assemblée Constituante doivent écrire la nouvelle Constitution tunisienne et établir une base commune pour la démocratie tunisienne L’Assemblée Constituante doit faire face au défi posé par de petits groupes qui veulent imposer par la violence leur vision de la société y compris dans les universités, imposant le port du voile pour les femmes, autorisant le port du niqab sur les campus et exigeant des cours séparés pour hommes et femmes.

Dans les universités tunisiennes, l’égalité est à ce jour assurée; tous les étudiants ont accès à l’université quelle que soit leur religion ou leur degré de pratique. Les jeunes femmes ont le droit de porter le niqab dans les rues, mais en cours, elles doivent révéler leur identité. Cette règle encourage la communication entre étudiants et professeurs et permet les échanges pédagogiques nécessaires au processus éducatif. Enfin, c’est un gage de sécurité au sein de l’université.

Mr Habib Kazdaghli a été rejoint dans son combat, contre les forces fascistes aux universités, par les recteurs des Universités de Lettres, Arts et Sciences de Kairouan, de Sousse, de Sfax et de l’Université de Tunis. Une grande marche pour la défense des libertés a réuni une grande partie du corps enseignant le 28 janvier dernier, alors même que les tensions se poursuivaient.

Figure de la résistance démocratique, Mr Kazdaghli est aussi un historien respecté et spécialiste de l’histoire des minorités. Membre actif de la “Société d’Histoire des Juifs de Tunisie” il est membre de l’organisation internationale indépendante « Projet Aladin ». Basée à Paris cette organisation joue un role d’avant-garde pour la promotion du rapprochement interculturel, en particulier entre Juifs et Musulmans.

Le conseil d’administration du « Projet Aladin » est composé de vingt personnalités issues de différents pays et appartenant à toutes les religions et à toutes les cultures. Fondé sur la connaissance mutuelle, l’éducation et le respect de l’Histoire, le « Projet Aladin » lutte contre la prolifération du négationnisme de la Shoah. Il s’attache à fournir des informations fiables sur la Shoah et l’histoire des Juifs –plus particulièrement en langue arabe, persane, et turque, mais aussi en français et en anglais.

Le soutien sans précédent qu’a reçu Aladin de la part de personnalités tant du monde arabo-musulman , à l’instar du professeur Habib Kazdaghli, a donné à ce projet la capacité de élargir l’éducation et la transmission de connaissances sur la la mémoire de la Shoah particulièrement auprès des jeunes générations.

Mr Kazdaghli a participé à nombreux programmes éducatifs et pédagogiques concrets et mesurables (traductions, cours par correspondance, formations d’éducateur, universités d’été…) et d’évènements publics (conférences, expositions, visites de lieux de mémoire…). Il participe actuellement au sein du « Projet Aladin » à la formatiin d’un réseau international d’universitaires, de personnes engagées, et d’éducateurs.

Nous tenons dans cet espace à rendre hommage au travail acharné du professeur Habib Kazdaghli au sein du « Projet Aladin » pour assurer une large diffusion de Shoah en arabe et nous soutenons du fond du cœur ses efforts pour rapprocher Juifs et Musulmans par le biais de la connaissance mutuelle.

Le « Projet Aladin » a été lancé sous le parrainage de l’UNESCO en mars 2009 et depuis lors est soutenu par plus d’un millier d’intellectuels, universitaires et personnalités publiques issus de plus de 50 pays du Moyen-Orient, d’Afrique, d’Asie, d’Europe et d’Amérique du Nord. De nombreux dirigeants mondiaux et organisations internationales ont aussi déclaré leur soutien au « Projet Aladin ».

Ftouh Souhail

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