Les Magrébins haïssent les sionistes, mais ils utilisent massivement WhatsApp, la messagerie sioniste instantanée

Jan Koum, juif immigré d’Ukraine, vend son application WhatsApp à Marc Zuckerberg juif américain, pour la somme fabuleuse de 19 milliards de dollars.

WhatsApp a définitivement pris ses marques au Maghreb. Avec plus 70 millions d’utilisateurs par jour, le succès de l’application de messagerie instantanée est retentissant en Afrique du nord.

En 2017, l’Afrique a enregistré une croissance de 12 % d’utilisateurs actifs des réseaux sociaux, portant ces utilisateurs à 191 millions sur le continent, selon un rapport des agences numériques We Are Social et Hootsuite. Parmi eux, environ 70 million au Maghreb.

Avec les nombreux mouvements de contestations qui ont essaimé la region, la plateforme a joué un rôle clé dans la circulation des informations. C’est notamment sur WhatsApp que des activistes se sont tournés pour sonner la mobilisation et ainsi éviter les violences policières en Algérie, Tunisie et au Maroc.

L’application WhatsApp est une façon de communiquer avec tout le monde, quel que soit le lieu où on se trouve. WhatsApp, c’est également un outil de business pour les petites entreprises à travers l’Afrique.

Le fondateur de WhatsApp est une fierté de la communauté et un fervent soutien de l’État d’Israel 

Le jeune milliardaire juif et fondateur de WhatsApp, né en Ukraine, était venu à la conférence juive organisée par le Limmud  et dédiée aux Juifs issus de l’ancienne Union soviétique. Le festival Limmud est l’une des plus grandes célébrations de l’apprentissage et de la culture juive dans le monde. Le Limmud FSU est une organisation sioniste à but non-lucratif qui organise des conférences pour les Juifs russophones à travers le monde.

En novembre 2017 en Californie, presque toutes les chaises de la salle de conférence Marriott, à Oakland, étaient occupées, lorsque les Juifs russophones se sont réunis, un samedi soir à proximité de la Silicon Valley, pour rencontrer l’un des membres les plus éminents de leur propre communauté : Jan Koum, fondateur de WhatsApp.

M.Koum a été invité à cette conférence par Anya Eychis, qui a servi comme directrice de la programmation lors de la conférence du Limmud FSU.

Le fondateur de WhatsApp a expliqué : « J’ai des passions fulgu­rantes pour le sionisme. Il n’y a qu’Is­raël qui m’in­té­resse en ce moment parce que c’est la terre de nos ancêtres . Je ne suis pas reli­gieux mais, le sionisme me fascine. Ce qui fait la spécificité russe, s’est en Russie que naît le sionisme.»

M.Koum a raison car Léon Pinsker, qui est Juif originaire de Pologne (territoire russe à l’époque), écrit en 1882 Autoémancipation : « les Juifs doivent avoir leur propre territoire… » En plus l’Union soviétique est le premier pays qui a reconnu l’Independence   de l’Etat hébreu.

Après avoir répondu aux questions en anglais pendant environ une heure (même s’il a également proposé de s’exprimer en russe), il a pris la pose pour des photos avec ceux qui souhaitaient conserver un souvenir de la soirée avec lui.

« Je pense que c’était très intéressant de voir Jan Koum et de constater ce qu’un Juif russe ayant immigré aux Etats-Unis a réussi à accomplir », a dit Alexander Kutman, ingénieur juif et originaire de Biélorussie. « Cela nous rappelle ces opportunités qui peuvent nous être ouvertes à tous ».

Le jeune milliardaire juif, 41 ans, avait immigré aux Etats-Unis depuis l’Ukraine avec sa mère et sa grand-mère lorsqu’il était adolescent. La famille avait vécu des aides sociales et alimentaires distribuées par le gouvernement. La mère de Koum gardait des enfants et lui-même balayait le sol d’une épicerie.

Lorsqu’ils arrivent aux Etats-Unis en 1992, la mère de Jan Koum devient baby-sitter et lui, fait des ménages. C’est durant cette période qu’il prend une des premières décisions qui changeront sa vie : emprunter un livre d’occasion sur le codage informatique, la discipline qui consiste à écrire des instructions pour développer des programmes, des pages web ou des applications.

Jan Koum est autodidacte : à 18 ans, il apprend tout seul à coder et à développer des infrastructures réseau comme Internet. Il décide d’aller à la fac et de faire un job en tant que testeur pour détecter les intrusions informatiques et la résistance d’un réseau.

Sa mère est décédée des suites d’un cancer lorsqu’il avait environ 25 ans et Koum s’était retrouvé seul : Son père était déjà mort et il n’avait ni frère, ni soeur. Le futur magnat a alors acheté un IPhone et a décidé de concevoir une application. Il y a trois ans, Facebook a racheté sa plate-forme de messagerie, WhatsApp, pour un montant de 19 milliards de dollars.

La cofondatrice de l’organisation du Limmud FSU, Sandra Cahn, elle aussi présente lors de cette session de questions et réponses, s’est dite impressionnée par l’humilité de Koum.

« J’ai été très surprise. Il ne s’est pas vanté, il ne s’est pas montré belliqueux, il s’est montré secret », a-t-elle dit. « Il représente à nos yeux quelqu’un qui a su exploiter ses capacités intellectuelles et qui a réussi. Cela donne à la communauté juive russe un sentiment de fierté ».

Elle a ajouté avoir été particulièrement émue par l’attention portée par Koum à l’état d’Israël, lors de la réunion du Limmud FSU à San Francisco.

Juste avant le départ de Koum, le cofondateur du Limmud FSU l’a invité à assister à la prochaine conférence organisée en Israël – une offre que Koum n’a pas déclinée.

Selon la page Facebook de Koum – ce dernier a presque 90 000 abonnés – et le jeune milliardaire est un fervent soutien de l’Etat juif.

A la fin du mois d’octobre 2017, il a ainsi publié un lien de l’hymne national israélien sur son mur (après le refus à Abu Dhabi de le jouer à l’occasion d’un tournoi de judo du Grand chelem, a-t-il expliqué),

« Puisqu’ils refusent de lever le drapeau israélien ou de jouer l’hymne israélien au tournoi de judo du Grand Chelem d’Abu Dhabi, voici le lien vers l’Hatikva», a posté Koum sur Facebook .

Au mois de septembre 2017, il a partagé la vidéo de la première journée passée par un comédien américain en Israël.

De plus, au mois de mai, il avait publié une photo du drapeau israélien pour féliciter l’État juif à l’occasion de sa Journée de l’Indépendance et, au mois de février 2017, il avait partagé une vidéo du Premier ministre Benjamin Netanyahu disant à Chuck Norris qu’Israël était indestructible.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déjà rencontré Jan Koum, le fondateur du service de messagerie WhatsApp, à Stanford, en Californie, en 2014.

 

Les juifs russophones en Israel et dans la diaspora sont doués par les sciences informatiques

Le Limmud FSU convie souvent des célébrités russophones lors de ses événements. Parmi les précédents invités, la journaliste juive et russe-américaine Masha Gessen, la célèbre personnalité de la télévision russe Aleksander Drouz ainsi que Yelena Khanga, journaliste à la télévision russe d’origines africaine et juive.

Mais pour son week-end à San Francisco et dans la Silicon Valley, le Limmud a véritablement tenté de se concentrer sur l’innovation et la technologie, en particulier parce que les sciences informatiques sont une vocation jouissant d’une grande popularité parmi les Juifs russophones, a expliqué Natasha Chechik, directrice des communications au Limmud FSU.

« Nous voulions vraiment tout faire en faveur de l’innovation parce qu’elle est très importante en Israël. Nous avons des gens dans les cafés qui écrivent des code et 50 % d’entre eux sont des Russes », a-t-elle dit. « Au Technion de Haïfa – le MIT israélien – on peut avoir le sentiment que 90 % des étudiants sont Russes ».

« La communauté juive russophone sur la côte Ouest est florissante et cet événement, ce soir – avec un nombre record de participants pour notre tout premier événement organisé dans la Baie de San Francisco — en est la preuve », a pour sa part commenté le fondateur du Limmud FSU Chaim Chesler.

Cet événement de trois jours a été également l’occasion du lancement d’une exposition de photographies en l’honneur du feu président israélien, intitulée « Shimon Peres — Vision et Innovation », et de la remise d’un prix d’honneur à l’ancien secrétaire d’Etat américain George Shultz.

Cette exposition a été produite par le Limmud FSU avec la famille de Peres et le Centre pour la paix et l’innovation de Peres. Tsvia Walden, la fille du président défunt, en est la curatrice. Shultz, dorénavant âgé de 97 ans, a servi sous l’administration de Nixon et est largement reconnu pour son aide apportée à la communauté juive à l’époque du rideau de fer. Natan Sharansky, qui était présent lors de la cérémonie, a été libéré durant le mandat de Shultz.

« Nous sommes très fiers d’avoir été choisis pour le lancement d’un certain nombre d’événements excitants, comme l’exposition honorant feu le président israélien Shimon Peres, et pour la cérémonie de remise des prix à l’ancien secrétaire d’Etat George Shultz », a dit Chesler.

Ce sont environ 800 personnes qui ont assisté à l’événement organisé par le Limmud FSU, de l’autre côté du pont de San Francisco.

En plus de l’apparition du fondateur de Whatsapp, l’événement a accueilli des interventions sur l’envoi par Israël d’une fusée aérienne sans pilote vers la lune (avec les conseils du scientifique russe qui a travaillé lui-même sur le véhicule lunaire soviétique Lunokhod).

Il y a eu également une session en direction des entrepreneurs sur les moyens de financer une start-up (certains intervenants au débat étaient des investisseurs juifs russes) et une présentation consacrée à l’analyse des données dans la recherche médicale, faite par un professeur russophone de l’université de Californie.

Un chanteur d’Odessa s’est produit en yiddish. Dans le couloir, un auteur a vendu son livre consacré à Abby Stein — juive hassidique et transgenre la plus connue d’Amérique – Celle-ci a évoqué la théorie transgenre dans la Kabbale.

Le Limmud FSU, une organisation sioniste respectée la plus importante pour les Juifs russophones

Le Limmud FSU organise des conférences dans les hôtels et attire des conférenciers, y compris des célébrités russo-juives, venus du monde entier pour animer des panels et des ateliers sur un éventail de sujets culturels. Les événements sont gérés par des bénévoles et les présentateurs ne sont pas payés – bien qu’ils bénéficient de voyages et d’hébergement gratuits.

Le rassemblement de Limmud FSU à New York, attire plus de mille participants chaque année a déclaré Natasha Chechik, directrice des communications de l’organisation. Des conférences sont également organisées  au Canada, en Israël et en Biélorussie. La conférence russo-juive se déroule aussi dans les villes de Boston et Montréal. Le Limmud FSU organise aussi des évènements en Europe de l’ouest comme le FSU à Londres et à Vienne.

Les participants réguliers paient pour assister, mais le coût est fortement subventionné par le Limmud FSU. L’organisation à but non-lucratif opère actuellement dans neuf pays avec un budget d’environ 3 millions de dollars par an.

L’organisation qui est soutenue par des donateurs privés, affirme que le gouvernement israélien et le ministre des Affaires de la Diaspora, Naftali Bennett, a promis de la soutenir.

Le porte-parole de Bennett, Aaron Kalman, a estimé que « Le ministre Bennett croit que c’est l’obligation morale d’Israël de renforcer et de maintenir les liens avec toutes les communautés juives du monde entier ».

Le ministère de la Diaspora a des programmes spécifiquement axés sur les Juifs russophones, comme les programmes Momentum, qui amène des mères juives en voyage en Israël, et Mosaic United, un projet de travail sur le campus.  Le ministère des Affaires de la Diaspora a récemment donné des millions de dollars à Momentum, un groupe juif qui fait voyager des mères en Israël.

La porte-parole des Affaires à la Diaspora, Reut Moshonov, estime que Jérusalem veut soutenir les communautés juives russophones à travers le monde.

Dina Spechler, professeur d’études judaïques de l’Université de l’Indiana et spécialiste des Juifs soviétiques, insiste sur l’importance  de renforcer les liens entre Israël et les Juifs russophones dans le monde entier.

« Je pense qu’il est très important que les Juifs russes soient exposés à toutes les possibilités de vivre une vie juive, de l’identité juive culturelle la plus pratiquante à celle laïque. J’ai l’impression que le Limmud FSU a le potentiel de contribuer à ces objectifs », écrit-elle dans un courriel.

L’idée principale est de créer des liens estime Arthur Yusupov, un spécialiste des ressources humaines de New York.

Souhail Ftouh