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Les responsables marocains se sont finalement décidés à céder devant les revendications des amazighes et s’apprête à décréter Yennayer jour férié.

«Le chef du gouvernement étudie le mémorandum envoyé par les associations amazighes», a, en effet, déclaré le porte-parole du gouvernement marocain, Mustapha El-Khalfi, à l’issue d’une réunion de l’Exécutif. «Le gouvernement [marocain] réfléchit à ce sujet et annoncera sa décision en temps voulu», a ajouté le ministre de la Communication, repris par les médias marocains.

Ce qui signifie que la décision a été prise de reconnaître Yennayer officiellement et qu’il ne reste qu’à connaître la date et les modalités de son annonce – vraisemblablement – par le roi Mohammed VI.

De nombreuses associations marocaines avaient appelé à une grève générale au lendemain de la décision prise par l’Algérie  de rendre le Nouvel An amazigh férié, suite à des revendications qui avaient failli tourner aux émeutes dans certaines régions du pays.

Le président algérien avait pris tout le monde de court pour éviter les troubles en Kabylie. En stigmatisant la Kabylie et sa revendication identitaire pendant des décennies, le régime algérien a tenté de banaliser la cause.

La revendication amazighe ne s’est jamais essoufflée aussi bien en Algérie qu’au Maroc, enregistrant des avancées considérables après de longues années de lutte. Les derniers événements du Rif au Maroc et les manifestations provoquées en Algérie par le rejet des députés d’un projet de loi visant à prendre en charge cette revendication ont fini par convaincre les plus hautes autorités de ces deux pays de se plier à la demande légitime des militants de cette cause.

La langue amazighe est déclarée officielle aussi bien dans les Constitutions algérienne que marocaine, mais les militants exigent davantage de reconnaissance.

En Algérie, le Rassemblement pour la Kabylie (RPK), de Hamou Boumediene, fondé par d’anciens militants du Mouvement culturel berbère (MCB), s’était félicité de la décision en Algérie  et avait appelé à continuer le combat pour arracher de nouveaux acquis pacifiquement.

 

   L Algérie honore enfin son histoire millénaire ,et son peuple 

Alger a endossé un amendement à la loi 

Le gouvernement algérien a endossé un amendement à la loi fixant la liste des fêtes légales qui inclura ainsi le jour de l’An Amazigh correspondant au 12 janvier, a indiqué, un communiqué des services du Premier ministre.

«Lors de sa réunion du mercredi 10 janvier, le gouvernement a endossé un amendement à la loi fixant la liste des fêtes légales qui inclura ainsi le jour de l’An Amazigh correspondant au 12 janvier. Cet amendement poursuivra son parcours à travers le Conseil des ministres pour aboutir bientôt au Parlement», a précisé la même source.

«Il est à préciser que conformément à la décision de Monsieur le Président de la République, la décision de décréter le 12 janvier 2018 premier jour de l’An Amazigh, journée chômée et payée a été exceptionnellement prise par le Conseil des ministres en attendant son encadrement par la loi», a ajouté la même source.

Le président Abdelaziz Bouteflika, avait annoncé, le 27 décembre 2017, lors de la réunion du Conseil des ministres, sa décision de consacrer Yennayer journée chômée et payée dès le 12 janvier 2018.

Le régime algérien refusait, au départ, de se mettre à la table du dialogue avec les amazighs, son attitude avait suscité une vague de manifestations de solidarité et de condamnations.

 

Les plaques des façades du siège de la commune d’Alger centre écrites en Tamazight au lieu de la langue française

Enseignement de tamazight en Algerie

La solidarité à une cause (palestinienne) lointaine et l’opposition à une cause (amazighe) dans son propre pays est une attitude qui résulte des systèmes éducatif, religieux et idéologico-politique mis en place à partir 1962 en Algérie.  Aujourd’hui les choses changent doucement.

De nouvelles mesures pour dynamiser l’enseignement de tamazight ont été prises à la faveur  d’un conseil interministériel, et ce, en application des directives émises par le président Bouteflika, lors du Conseil des ministres tenu le 27 décembre dernier.

Le conseil interministériel, présidé par le Premier ministre algérien, Ahmed Ouyahia, a arrêté une série de mesures, notamment «l’allocation de postes budgétaires supplémentaires pour renforcer l’enseignement de tamazight dans le secteur de l’éducation nationale et pour élargir la formation et la recherche en tamazight au niveau des universités».

Dans le même esprit de promotion de la langue amazighe, il a été convenu de la mise en place d’un groupe de travail interministériel auprès des services du Premier ministre pour «s’atteler à la préparation d’un avant-projet de loi portant création de l’académie de langue amazighe».

Le président Abdelaziz Bouteflika avait rappelé, au cours du Conseil des ministres du 27 décembre, que la Constitution révisée en 2016 «a définitivement scellé l’appropriation par le peuple tout entier de tamazight, elle aussi langue nationale et officielle, comme ciment supplémentaire de son unité nationale, en même temps que la nation a mandaté l’Etat pour sa promotion et son développement».

Le chef de l’État a enjoint au gouvernement de «ne ménager aucun effort pour la généralisation de l’enseignement et de l’usage de tamazight, conformément à la lettre et à l’esprit de la Constitution». Il a également chargé le gouvernement d’accélérer la préparation du projet de loi organique portant création d’une académie algérienne de la langue amazighe.

Le président a annoncé, par la même occasion, sa décision de consacrer Yennayer journée chômée et payée. La décision du chef de a été unanimement saluée par la classe politique et la société civile du pays, car les manifestants pour l’identité amazighe ont été toujours réprimés.

«Cette mesure, comme toutes celles déjà prises au profit de notre identité nationale dans sa triple composante islamique, arabe et amazighe, confortera l’unité et la stabilité nationales, alors que des défis multiples internes et régionaux nous interpellent», a affirmé le président Bouteflika.

Le secrétaire général du Haut Commissariat à l’amazighité (HCA), El-Hachemi Assad, a considéré l’officialisation de Yennayer comme «un saut qualitatif pour la consolidation de la cohésion de la société algérienne» et «une motivation supplémentaire pour la poursuite des efforts dans le sens de la généralisation graduelle de la langue amazighe à travers l’ensemble du territoire national».

La ministre algérienne de l’Education, Nouria Benghebrit, a indiqué que le nombre d’élèves qui étudient la langue amazighe a atteint durant l’année 2017-2018 près de 350 000 élèves au niveau de 38 regions du pays encadrés par 2 757 enseignants.

Cette semaine Paris annonce l’ouverture d’un centre culturel amazigh. Une décision de très forte charge symbolique pour les militants de la  cause.

Souhail Ftouh

 

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