Lutte anti-terroriste : L’Etat hébreu va apporter un soutien militaire aux autorités tchadiennes.


Au palais présidentiel de N’Djamena, capitale du pays, Netanyahu s’est entretenu à huis-clos avec le président Idriss Déby,  un partenaire indispensable de Jérusalem dans la lutte contre le terrorisme dans le Sahel.

Après avoir accueilli le président tchadien fin novembre 2018 en Israël, le premier ministre israélien a été être reçu par Idriss Déby à N’Djamena le 20 janvier 2019.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a atterri dimanche au Tchad pour une visite de sept heures. Le premier ministre Israélien a été  reçu à la présidence de la république par le chef de l’Etat Idriss Déby. L’honneur militaire lui a été réservé.

Les deux hommes d’État sont en entretien à huis-clos avant que cela ne soit élargi aux délégations des deux pays.

Le premier ministre israélien a été accueilli avec tous les honneurs par le chef de l’Etat Idriss Déby, dans la cour du Palais présidentiel.

A N’Djamena, M. Netanyahu avait conclu des accords dans le secteur de la défense et autres conventions commerciales avec le Tchad. A ce dessein, il était accompagné de hauts-responsables des ministères de la Défense et des Finances.

Cette visite du premier ministre israélien est directement gérée Meir Ben-Shabbat, le chef du Conseil de sécurité nationale.

Après vingt-huit années à la tête du Tchad, Idriss Déby est une pièce centrale de la politique au Sahel.Le président tchadien a toujours pris soin de multiplier les alliances pour consolider son pouvoir.Quelques jours avant Benjamin Nétanyahou, Giuseppe Conte, le chef du gouvernement italien, était à N’Djamena.

Idriss Déby sait que les Israéliens sont très bons dans les technologies qui permettent de contrôler le terrorisme. Pour lui c’est une évidence : il ne peut y avoir de lutte contre le terrorisme dans le Sahel sans la participation active des israéliens au Tchad.

De leur part, les Israéliens estiment que le Tchad est un pouvoir stable en comparaison avec ce qu’il y a autour.Le positionnement géographique du Tchad est une autre raison pour Jérusalem de soigner sa relation avec N’Djaména. Le pays est un véritable carrefour dans le Sahel et constitue une position clé pour les mouvements djihadistes et migratoires.

Développer la coopération sécuritaire avec Jérusalem

M. Netanyahu a évoqué la lutte contre les groupes djihadistes actifs dans la région avec son homologue, Idriss Déby Itno, et les avancées de la force opérationnelle du G5 Sahel. Lancée en février 2017 par les pays du G5 Sahel (Mauritanie, Niger, Tchad, Mali et Burkina Faso), cette force conjointe – aujourd’hui composée de 4 000 hommes – doit, à terme, succéder aux 4 500 soldats français de l’opération Barkhane.

Les autorités tchadiennes ont des soldats déployés sur plusieurs fronts : au nord contre une nouvelle rébellion à la frontière libyenne, au sud-ouest contre les insurgés islamistes nigérians de Boko Haram où « ces derniers mois, la situation est redevenue alarmante », constate un officier tchadien de haut rang, impatient de voir prospérer cette nouvelle collaboration israélo-tchadienne.

« Nous avons déjà reçu du matériel et des conseillers israéliens, mais il fallait tenir cela secret. Maintenant, nous allons pouvoir traiter officiellement », précise cet officier. De bonne source, depuis au moins 2016, des discussions se sont tenues à l’ambassade du Tchad à Paris entre responsables des services de renseignements des deux pays, Mossad et Agence nationale de sécurité, afin de développer leur coopération sécuritaire.

Presque 15 millions d’habitants peuplent le Tchad, dont 55 % sont musulmans. Il y a environ 40 % de chrétiens. Plusieurs milliers de réfugiés, déplacés, et retournés, ayant fui les exactions de Boko-Haram, vivent dans le bassin du Lac-Tchad.

Le Tchad a besoin des équipements de surveillance et les armements. Le Tchad, c’est plus de 16 millions d’habitants, sur un territoire de 1 284 000 kilomètres carrés.

Le Tchad est engagé contre les djihadistes de Boko Haram et de l’organisation État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP, selon son acronyme anglais) dans la région du lac Tchad avec la Force multinationale mixte (FMM), aux côtés du Nigeria, du Niger et du Cameroun. Il participe aussi à la Minusma, la mission des Nations des Nations unies au Mali.

Les Tchadiens ont mis en place un poste de commandement dans l’extrême nord du Tchad, à Wour. Les forces armées tchadiennes sont devenues indispensables au Sahel.Les Tchadiens se démarquent aussi lors des combats dans le désert.

En 2013, lors du déclenchement de l’opération Serval, les militaires tchadiens ont fait l’admiration de leurs homologues français en partant résolument à l’assaut des bastions djihadistes du nord du Mali. Des faits d’arme du même genre sont racontés au sujet de l’offensive tchadienne contre Boko Haram en territoire nigérian. L’armée tchadienne a assurément une tradition d’efficacité qui la distingue des autres armées sahéliennes.

Aujourd’hui, le Tchad est à la fois un pays qui souffre d’une crise économique, d’un problème de mauvaise gestion de l’argent du pétrole et d’une grande pauvreté ; mais qui est, en même temps, considéré comme une nouvelle puissance régionale.

Israël compte soutenir l’engagement de N’Djamena dans la lutte contre le terrorisme.L’armée tchadienne a besoin de soutien pour ses opérations dans la zone du Tibesti, à l’extrême nord, où des combats opposent l’armée tchadienne à un comité autoproclamé d’autodéfense d’habitants du massif du Tibesti.

À défaut de bénéficier d’un soutien populaire large, le régime tchadien peut compter sur ses alliés étrangers puissants, dont il épouse l’agenda anti-terroriste.

La reprise des relations diplomatiques entre le Tchad et Israël

« Le Tchad est un pays très important, et très important pour Israël », a déclaré Netanyahu.

« Il y a beaucoup de choses que nous pouvons faire ensemble. Nous avons parlé des manières de renforcer notre coopération dans chaque domaine, à commencer par la sécurité, mais aussi l’agriculture, l’alimentaire, l’eau, l’énergie, la santé et beaucoup d’autres thématiques ».

« Je crois que cette coopération aidera à construire un avenir meilleur, plus sûr et plus prospère pour nos deux peuples ».

Déby a répondu en déclarant que le « Tchad fera tout ce qu’il peut pour renforcer les liens entre les deux pays et la coopération bilatérale dans de nombreux sujets ».

Les journalistes israéliens sont venus en nombre et son particulièrement excités par cette visite historique. Pour Boaz Bismuth, le rédacteur en chef du premier quotidien du pays Israel Hayom et ancien ambassadeur en Mauritanie : « Nous avons des relations avec de nombreux pays mais elles sont clandestines. On aime bien avoir Israël comme maitresse, mais pas comme épouse ! ».

Le nombre de pays entretenant des relations diplomatiques avec Israël atteint désormais le nombre record de 160, dans un contexte d’efforts intenses livrés par Netanyahu pour étendre la portée du pays en termes de diplomatie. Au mois de novembre, Déby avait fait une visite-surprise à Jérusalem, durant laquelle il avait affirmé vouloir une reprise des relations.

Avant de décoller pour N’Djamena, le Premier ministre a qualifié la visite de « percée historique ».

« Le Tchad est un pays musulman immense avec des frontières avec la Libye et le Soudan. Cette visite fait partie de la révolution que nous menons dans le monde arabe et musulman que j’avais promis d’accomplir », a-t-il déclaré sur le tarmac.

Netanyahu a clamé que l’Iran et les Palestiniens tentaient d’empêcher cette initiative diplomatique de l’Etat juif.« Cela les irrite et les met en colère », a-t-il commenté.

Le Tchad se situe dans un périmètre potentiellement important pour Israël au niveau stratégique dans la mesure où il pourrait permettre aux avions israéliens d’économiser plusieurs heures de vol dans les itinéraires aériens en direction de l’Amérique latine (même si, pour cela, Israël devrait également obtenir le droit de survoler le Soudan – une possibilité qui ne paraît guère imminente).

Le vol de Netanyahu, qui devra éviter le Soudan, devrait ainsi durer huit heures. N’Djamena ne se trouve pourtant qu’à 3 000 kilomètres de Tel Aviv.

La république du Tchad avait rompu ses relations diplomatiques avec Jérusalem le 28 novembre 1972 à la demande du dictateur libyen Mouammar Khadhafi.

En juillet 2016, M. Nétanyahu avait effectué une tournée inédite en Afrique de l’Est, visitant l’Ouganda, le Kenya, le Rwanda et l’Ethiopie. Le premier ministre développe la même stratégie sur le continent africain qu’au Moyen Orient, avec les pays du Golfe. Il essaie d’identifier les convergences d’intérêts, notamment sur le plan sécuritaire, et les menaces communes (terrorisme islamiste, expansion iranienne, etc.). Dans le cas du Tchad, Israël voit aussi l’intérêt de ce rapprochement dans sa quête d’un poste d’observateur au sein de l’Union africaine (UA). Le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, est un ancien premier ministre du Tchad.

L’objectif est aussi de briser l’alignement historique du continent en faveur des Palestiniens dans les grandes enceintes multilatérales, comme à l’Assemblée générale de l’ONU.

Dans le domaine des relations internationales, même les adversaires de M. Nétanyahu reconnaissent son habilité et son expérience. Elles lui ont permis à la fois d’établir une proximité incomparable avec l’administration de Donald Trump, une relation soutenue avec Vladimir Poutine, ainsi que des échanges inédits avec la Chine et l’Inde. Dans le cadre de cette extension de la surface diplomatique israélienne, l’Afrique est un continent important.

Souhail Ftouh