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En Iran le nouvel an coïncide toujours avec le premier jour du printemps. Les perses disent en ce jour « Eïdeh noroozetan mobarak » (joyeux Norooz, jour neuf). Ce 20 mars, tous les perses peu importe leur ethnie ou leur religion, fêtent le nouvel an. Au contraire du calendrier arabe, lunaire, l’iranien est solaire

Ce nouvel an est issu des plus lointaines traditions zoroastriennes (première religion monothéiste au monde, et religion officielle de l’Empire perse), il y a plus de trois mille ans. Pourtant, les dirigeants de la République islamique n’ont eu cesse depuis trente trois ans de tenter de supprimer cette fête perse considérée comme « païenne », au profit de commémorations musulmanes telles l’Aïd El-Kebir et l’Aïd Al-Fateer. Mais rien n’y a fait, le peuple iranien a mis un point d’orgue à perpétuer cette tradition perse, symbole de leur “Iranité”.

En plus des 72 millions d’Iraniens, pas moins de 230 millions de personnes célèbrent le Norouz à travers la planète, notamment dans les Balkans, le Caucase, le Moyen-Orient, l’Asie centrale, le nord de la Chine, et l’Asie du sud. Cette tradition est aussi massivement célébrée par les Iraniens dans le monde entier, et leur permet, l’espace d’une journée, de se rapprocher de leur pays.

D’ailleurs, l’assemblée générale des Nations Unies a reconnu le 21 mars comme journée internationale de Norouz, faisant rentrer cette tradition dans la liste de l’héritage culturel intangible de l’Humanité du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Le lendemain, 1er farvardin (21 mars), 1er jour de la nouvelle année, débutent les traditionnels Eïd didani, ou visites du nouvel an. L’ensemble de la famille se rend chez l’aîné, qui a préparé un succulent sabzi polo mahi (riz aux herbes vertes accompagné de poisson), plat traditionnel du Norouz. Les plus jeunes pour qui ce nouvel revêt le rôle de Noël, se voient offrir par leurs aînés des eidi (cadeaux), quelques billets neufs cachés dans un Coran ou dans le recueil des “Prédictions” (fall) de Hafez. Ces visites sont souvent l’occasion pour les familles iraniennes de se retrouver dans la joie et la bonne humeur, d’oublier les difficultés de l’année passée, et d’entamer dans un souffle neuf et heureux la nouvelle année. Puis les gheybat ou commérages, spécialité iranienne au même titre que les tapis, les pistaches ou le caviar, prennent le dessus.

Pendant les deux semaines du nouvel an, Téhéran est comme mort. Quinze jours de vacances, politiques comme sociales, pour tout le pays. Beaucoup investissent la Côte nord Caspienne pour son farniente, d’autres partent dans les grandes villes touristiques du Sud, en tête desquelles Ispahan et Shiraz, certains vont skier sur les monts enneigés de plus de 4000 mètres, alors que d’autres enfin se rendent sur l’île paradisiaque de Kish, le “Tahiti iranien”

Les festivités du Norouz durent 13 jours. Le treizième et dernier jour, nommé “Sizdah Bedar“, (littéralement “Treizième dehors“), les familles se réunissent à l’air libre dans des parcs, pour pique-niquer et ainsi exorciser la malchance liée au chiffre 13. A la fin de la journée, les “Sabzi” (les lentilles cultivées pour le “Haft-Sin” ou “Sept S“) et qui ont désormais bien poussé (car ils ont recueilli toute la maladie et la malchance de l’année passée), sont jetés à l’eau afin d’éloigner tout malheur. Avant de s’en débarrasser, les jeunes femmes célibataires ont pour habitude de nouer leurs tiges en faisant un voeu, pour espérer trouver un mari avant le prochain “Sizdah bedar“.

Ftouh Souhail

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