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Selon un rapport de l’OCDE, Israël figure en tête des pays pour l’investissement “à risque” dans les starts-up. Ceci alors qu’Israël arrive à la 29ème place sur 37 dans un classement par pays des difficultés administratives à créer ce type d’entreprise.

Le capital-risque, principale source de financement des projets technologiques de part le monde, y est d’une santé insolente en Israël.Les investisseurs en capital risque concernent surtout les entreprises innovantes ou de technologies considérées comme à fort potentiel de développement et de retour sur investissement.

Le fonds de capital-risque génére une rentabilité élevée (comparativement aux prêts bancaires aux entreprises). Le portefeuille de ce type de fonds se compose de projets qui échouent ainsi que de projets qui réussissent et compensent donc les pertes réalisées sur les premiers. La réussite passe par la revente de la société financée à une autre société, ou par une introduction en bourse.

Le capital-risque se distingue donc par une plus forte composante technologique et une plus grande capacité à financer des pertes pour favoriser le développement de cette technologie. . Ses domaines de prédilection ont été, jusqu’à présent, les technologies de l’information et de la communication (TIC) et les biotechnologies. Mais depuis quelques années en Israel, les capital-risqueurs s’ouvrent de plus en plus aux technologies du développement durable en misant notamment sur les énergies renouvelables.

Les start-up sont aujourd’hui les armes stratégiques d’Israël. Arrosées par des fonds publics et privés, stimulées par le secteur de la défense, les jeunes entreprises technologiques israéliennes s’épanouissent dans un environnement exceptionnel L’an dernier, la cinquantaine d’investisseurs professionnels basés dans le pays ont injecté 1,50 milliard d’euros dans les entreprises high tech locales. 900 entreprises en ont profité. En France, sur la même période, moins de 220 sociétés trouvaient un financement. Et elles ont dû se contenter de 480 millions d’euros. Un retard par rapport à Israel que plusieurs délégations de professionnels du capital-investissement français ont constaté.

La performance du dispositif israélien d’aides à la technologie dépasse, en effet, des capitaux-risqueurs dans plusieurs pays européens. Le nombre de nouvelles technologies mises au point dans le pays, tout d’abord, est impressionnant. Ancien investisseur en capital, lui-même, Yair Shamir, le président d’IAI (Israelian Aeroscraft Industry), l’une des plus grosses sociétés d’Israël, 15000 salariés et 2,7 milliards de dollars de chiffre d’affaires, avance une explication. «L’objectif a toujours été de doter le pays de solutions de défense que nous n’avions pas les moyens d’acquérir à l’extérieur.»

Israel a développé aussi une population d’ingénieurs polyglotte. L’armée israélienne a fait un «coup de génie» en stimulant les compétences technologiques. L’industrie high-tech sur laquelle règne les anciens soldats des unités d’élite, créée 55% de la richesse du pays. Ceux qui en sortent peuvent ainsi l’appliquer au monde civil et fonder des entreprises.

Deux à trois ans de service militaire obligatoire dans des centres de recherche permettent aux jeunes ingénieurs de plancher sur des innovations qu’ils pourront tenter de développer, une fois revenus à la vie civile. Les technologiques qui ne finissent pas «secret défense» alimentent ainsi la création d’entreprise. Avant de trouver leur application dans le domaine civil , les principales innovations -comme les pilules médicales endoscopiques M2A- proviennent le plus souvent des fruits de la recherche militaire, parfois même des « unités ad hoc de l’armée israélienne ».

Victor Shenkar porte l’un de ces projets. Après des années consacrées à reproduire le Golan en 3 dimensions pour les pilotes de l’Air Force israélienne, l’ingénieur a créé Geosim Systems. La société qui emploie vingt personnes, dont la moitié sur un site basé en Inde, propose des reproductions 3D de villes. Elle vient d’obtenir son premier contrat, aux Etats-Unis : une visite virtuelle de Philadelphie, pour l’office de tourisme local. Un autre ancien de l’Air Force, RafiKoriat,rentré au pays après quinze ans aux Etats-Unis s’est replongé dans l’entreprenariat. Comme beaucoup de quinquagénaires, il a accepté de diriger AI Medical qui a mis au point un implant médical destiné au contrôle des pacemaker (voir encadré ci-dessous). «Nous avons aussi en portefeuille une société qui a conçu une capsule vidéo qui s’avale et détecte les lésions intestinales. Elle fonctionne comme une tête de missile», raconte Amir Guttman, responsable du fonds d’investissement Aviv, doté de 150 millions de dollars.

Mais les entrepreneurs israéliens disposent d’un autre atout que leur passage dans l’armée: Technion . Perché sur un mont dominant Haïfa, à 80 kilomètres de Tel-Aviv, ce véritable MIT du Moyen-Orient incite ses 12800 étudiants à choisir la voie de la création d’entreprise. «Technion est structuré pour commercialiser les start-up des étudiants et favoriser les transferts de technologie», reconnaît Uzi de Haan, responsable du centre «entreprenariat» de Technion. L’université alimente ainsi 70% des ingénieurs du pays. Une population qui a explosé dans les années 90 avec l’arrivée d’un million d’immigrés russes, dont plus d’un sur trois était ingénieur de formation. Mais pour susciter des vocations d’entrepreneur, Israël a aussi créé un dispositif d’aides publiques performant. 24 incubateurs assurent le suivi de six ou sept projets chacun.

L’un d’entre eux a même été créé par un fonds d’investissement, Jerusalem Venture Partners. «Nous avons démarré en 1993 grâce à plusieurs français, l’assureur GAN, France Télécom, EdF, qui nous ont confié des fonds à investir dans la technologie israélienne», rappelle son président Erel Margalit. Pionnier dans le financement des technologies optiques et du broadband wireless, le fonds s’est depuis spécialisé dans les nouveaux médias. Erel Margalit, physique de cinéma et vedette du capital-risque israélien, est convaincu de pouvoir créer depuis Jérusalem un pôle d’excellence mondial autour des nouveaux médias. Cinq de ses investissements font l’objet d’un coaching serré au sein de l’incubateur de JVP. Et bénéficient au passage d’un cofinancement de l’Etat. «Ondit que chez nous, il suffit de coucher une idée surdupapier pour obtenir quelques millions de dollars», s’amuse Eli Opper, Chief Scientist, le patron israélien de la recherche. Discret, passionné de foot et fan de Zidane, il distribue chaque année une enveloppe de centaines de millions de dollars dont ont bénéficié l’an dernier 400 sociétés.

Pour valider ces projets, le «scientifique en chef»s’est entouré d’un comité d’experts du secteur privé. Mais lui ne retient qu’un seul critère déterminant: «Chaque dossier doit démontrer qu’il a une chance à l’export. Notre pays est bien trop petit pour qu’une entreprise technologique puisse croître sur son marché local», expose-t-il. C’est là qu’entre en jeu le formidable réseau de connexion des Israéliens. «En quelques coups de fil, vous décrochez un rendez-vous avec le patron d’un grand groupe européen ou américain qui va vous aider pour votre projet», témoigne Baruch Lebanon, d’IDesia. Pendant longtemps, les start-up israéliennes ont appliqué une stratégie pour faciliter leur développement à l’international et s’assurer des financements: recruter un PDG américain. «Cela représente un lourd investissement, reconnaît Amir Guttman, mais cela peut sauver un projet.»

Les start-up israéliennes se sont ainsi hissées au premier rang des sociétés étrangères présentes sur le Nasdaq. Les entrepreneurs israéliens se dirigent aussi en Europe ou ils poursuivent leur quête de financement.

Le dispositif israélien d’aides à la création prévoit aussi d’accompagner les start-up hors du pays. Et pourquoi pas d’y obtenir des financements complémentaires. Lors d’un congrès de cardiologie, à Prague, en 2004, la jeune pousse israélienne AI Medical se fait remarquer par les responsables d’une filiale française de Sorin Group, 4 800 salariés, spécialisée dans les implants cardiaques. AI Medical a mis au point un processeur neuronal assez petit et à la consommation d’énergie assez faible pour s’adapter parfaitement aux stimulateurs du français. Après plusieurs allers-retours entre Tel-Aviv et Paris, AI Medical intègre donc, il y a quelques mois, un projet européen d’un budget total de 3 millions d’euros sur trois ans. Et devrait bientôt trouver de nouvelles applications à sa technologie. « La force des chercheurs israéliens comme ceux d’AI Medical est qu’ils n’hésitent pas à quitter l’université, à sortir de leur laboratoire pour chercherdes actionnaires et des partenaires », constate Alain Ripart, vice-président et directeur scientifique d’Ela Medical, la filiale de Sorin Group.

Edouard Cukierman, jeune fondateur de l’un des plus anciens fonds du pays, Catalyst, première société israélienne cotée à Paris dans les années 90. Il précise que c’est vers Londres que se tournent les entrepreneurs israéliens

Ftouh Souhail

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