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Il est de plus en plus évident que L’Arabie saoudite, qui est l’État de l’islam, du Coran, des deux mosquées saintes, est en train de se rapprocher politiquement du seul État juif dans le monde.

La crainte de voir l’Iran -leur ennemi juré- s’imposer comme une force de déstabilisation régionale et développer un programme nucléaire va contraindre Riyad et Jérusalem à devenir des alliés. Pour les responsables du royaume sunnite, la possible montée en puissance de l’Iran doit conduire Riyad à revoir sa politique étrangère.

La multiplication de la présence des délégations d’hommes d’affaires et d’universitaires saoudiens en Israël donne à voir les prémices d’un flirt diplomatique. L’ennemi iranien qu’ils ont en commun a fait passer les divergences de points de vue sur le conflit israélo-palestinien en second plan.

Les déclarations du directeur saoudien du Centre d’études stratégiques du Moyen-Orient à Jeddah, Anwar Eshqi, laissent peu de doute. Dans une interview, en Mai 2017, avec le journal israélien Yediot Aharonot, l’ancien général a clairement déclaré que « la coopération entre Riyad et Tel-Aviv contre leurs ennemis communs (l’Iran, la Syrie et le Hezbollah, ndlr) est arrivée à un tel point que l’État saoudien s’engage à encourager tous les pays arabes à normaliser leurs relations diplomatiques avec Israël”. La seule condition imposée par la monarchie saoudienne serait l’acceptation de la proposition de paix, présentée par les Saoudiens

Le Royaume d’Arabie saoudite, gouverné par le Prince héritier Mohammed Ben Salman, est directement impliqué dans cette transaction. Certains dignitaires religieux saoudiens vont bientôt émettre des fatwas afin de justifier cette probable normalisation.

Le Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahu a sciemment révélé que « les relations avec les pays arabes sont meilleures que jamais dans l’histoire d’Israël »

L’Arabie saoudite prépare le terrain à une normalisation de ses relations avec l’État hébreu

Un universitaire saoudien a défendu la décision courageuse des Etats-Unis de reconnaître  Jérusalem comme capitale d’Israël et appelé les Arabes à «accepter» les revendications israéliennes sur la ville sainte. Abdulhameed Hakeem, directeur du Centre d’études stratégiques et juridiques du Moyen-Orient à Djeddah, a défendu sa position sur le dossier, le mois dernier, sur la chaîne de télévision arabophone Al-Hurra, basée aux Etats-Unis.

«La décision provoquera un choc positif pour déplacer l’eau stagnante entourant les négociations», a déclaré Abdulhameed Hakeem. «Nous, en tant qu’Arabes, devons parvenir à une entente avec l’autre partie (Israël, Ndlr) et savoir quelles sont ses exigences afin que nous puissions réussir dans les négociations de paix», a-t-il dit.

L’Arabie Saoudite a officiellement qualifié l’annonce de Trump d’«injustifiée» et d’«irresponsable». Les observateurs font toutefois remarquer que Riyad a été plus timide que d’habitude dans sa réaction. Le roi Salman n’a d’ailleurs même pas assisté au Sommet extraordinaire de l’Organisation de la conférence islamique qui s’est tenu le mois dernier dernier à Istanbul et dont l’ordre du jour était justement de condamner la décision du Président américain et de préparer une riposte politique collective contre Washington.

Le constat a amené de nombreux observateurs à accréditer la thèse qui a circulé ces derniers jours et qui soutient que l’Arabie Saoudite a effectivement décidé de tourner le dos aux Palestiniens. Le discours d’Abdulhameed Hakeem va d’ailleurs dans ce sens

«Nous devons admettre et réaliser que Jérusalem est un symbole religieux pour les juifs qui est tout aussi saint pour eux que La Mecque et Médine sont pour les musulmans», a déclaré le directeur du Centre d’études stratégiques et juridiques du Moyen-Orient à Djeddah.

«La mentalité arabe doit se libérer de l’héritage de Gamal Abdel Nasser et de l’islam politique des sectes sunnites et chiites, ce qui a inculqué des intérêts purement politiques à la culture de haïr les juifs et à nier leur droit historique dans la région», a-t-il ajouté.

Les commentaires de Hakeem ont provoqué des réactions de colère sur les médias sociaux. De nombreux utilisateurs de Twitter dans le monde arabe ont durement condamné ce qu’ils considèrent comme «un appel à la normalisation des relations» avec Israël.

Une méfiance légitime du coté israélien  

L’Institut d’études stratégiques israélien Begin-Sadat a décrit dans un récent article la perspective d’une normalisation saoudo-israélienne qui devrait se faire sur base d’un “accord de paix”, accord qui apportera “tout” à Israël et “rien” à l’Arabie saoudite, si ce n’est la signature de l’accord en soi.

Le coordinateur de cet accord de paix, un certain Mordchaï Kedar affirme ” si l’Arabie saoudite veut vivre en paix avec Israël, Tel-Aviv n’a rien contre. Mais c’est tout ce que Riyad a à y gagner. Pas question que la “paix” s’étende à d’autres dossiers. En d’autres termes, Israël pose ses conditions qui devront être acceptées telles quelles sans quoi il n’y aura aucune paix”.

Kedar convie très vivement les autorités israéliennes à être vigilantes sur le volet des “coopérations militaires”, car “les Saoudiens ne passent pour des gens à tenir la parole “: ” En 1991, Riyad est revenu sur la totalité de ses accords militaires avec l’Irak de Saddam. En Syrie et au Yémen non plus, l’Arabie saoudite n’a pas fait preuve de respect de ses engagements. S’il arrive si facilement à verser du sang arabe, Riyad n’aura aucun mal à verser du sang juif. ”

Kedar critique par ailleurs « le système tribal » qui régit le pouvoir politique en Arabie saoudite et affirme que ” ce sont les intérêts non pas de l’État, mais de la famille royale qui dictent le tout au royaume saoudien” : « Dans ce contexte, il est donc difficile de voir l’armée saoudienne s’engager dans une quelconque guerre aux côtés de l’armée israélienne”. Par voie de conséquence, ” il n’existe aucune raison pour conclure un pacte défensif commun avec les Saoudiens”.

Le diplomate israélien renvoie ensuite à l’antécédent des relations israélo-arabes et en évoquant le cas égyptien, écrit :

” L’époque où Israël se contentait d’une feuille de papier baptisé “accord de paix” est belle et bien révolue. Du temps de Sadat, Israël payait de sa poche pour imposer sa légitimité. ”

“Riyad ne veut pas la paix avec Israël, mais sa protection face à l’Iran sinon il aurait fait de même que l’Égypte et la Jordanie. De plus, Israël n’a pas besoin des Saoudiens pour vivre sa vie. Il est là depuis 70 ans et il y restera encore pour 7000 ans sans que la paix avec Riyad ne change quoi que ce soit à cette donne…Quant à la Palestine, si Riyad veut vraiment aider Israël, il n’a qu’à faire construire des colonies en Arabie saoudite pour accueillir tous les Palestiniens et Israël est prêt à lui communiquer ses expériences “.

La partie la plus significative de cette analyse concerne la capitale israélienne :

“L’accord de paix avec l’Égypte comporte un grand défaut. Begin a reconnu le droit des Palestiniens à avoir un État autonome. Avec les Saoudiens, il ne faut pas répéter cette erreur. Israël est prêt à reconnaître l’Arabie saoudite à titre d’État islamique si Riyad en fait autant et reconnaît Israël comme un État. Sinon pas la peine de faire la paix avec Riyad… D’ailleurs les Saoudiens n’auront rien en échange, aucune concession de notre part. Notre accord ne devra pas non plus être un accord de cessation des hostilités, mais un accord global portant sur le tourisme, l’économie, la science… Il faut que Riyad reconnaisse notre droit d’avoir nos ambassades là où nous le voudrons (à la Mecque, par exemple!) Si nos sportifs gagnent un match quelconque en Arabie saoudite, le monde devra avoir le droit d’entendre l’hymne d’Israël retentir en territoire saoudien”.

L’enquête réalisée par l’Institut israélien relève la méfiance légitime du coté israélien  envers les régimes arabes modères qui voient pourtant auprès de lui « un allié de poids ».

Souhail Ftouh 

 

 

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