| More

Après avoir permis le port du turban à la Chambre des Communes, et dans la Gendarmerie du Canada, le repas halal dans les écoles canadiennes, voici que la Cour suprême du Canada permet le port du niqab devant les tribunaux.

Dans un jugement biaisé, qui va constituer un précèdent dangereux, la Cour suprême du Canada a autorisé, si le contexte le justifie, le témoignage devant la Cour d’une femme masquée par son niqab.

Dans un jugement rendu ce jeudi, 20 démembre 2012, la Cour suprême a refusé de décréter un droit absolu de porter le niqab au tribunal ou, au contraire, de le bannir totalement, préférant la nuance du cas par cas, en fonction d’une liste de balises à observer.

L’affaire a commencée lorsque N.S., une jeune femme musulmane de Toronto a porté plainte pour agression sexuelle contre un oncle et un cousin en 2007. Elle a affirmé avoir été agressée sur une période de quatre ans par ces deux hommes lorsqu’elle était enfant. Lors de l’enquête préliminaire sur cette affaire, elle a refusé de retirer son niqab pour des motifs religieux, ce que le juge lui intimait de faire. Mais les avocats des accusés ont fait valoir l’importance de voir les expressions faciales de la victime présumée lors de son contre-interrogatoire.

Dans un jugement de la Cour d’appel ontarienne, les juges ont soutenu que le niqab ne devrait jamais avoir sa place dans un tribunal, puisqu’il nuit « à l’exercice de communication » que constitue un procès. Mais la Cour suprême du Canada, qui constitue l’ultime recours juridique pour toutes les décisions judiciaires en matière civile, criminelle ou administrative, a statué en faveur du port du niqab pendant le témoignage.

Selon plusieurs juristes locaux le jugement de la Cour suprême va à l’encontre de la règle de base : justice égale et semblable pour tous. Ils estiment que l’obligation de montrer son visage est fondamentale car le fait de voir le visage des gens dans un tribunal n’est pas un caprice. Il est important d’être en mesure d’observer les expressions faciales d’une personne dont le témoignage peut faire condamner ou innocenter un accusé. Ils ajoutent aussi que le fait de porter le niqab pour témoigner (comme toutes personnes appelées à la barre) devrait être reconnu normalement comme outrage au tribunal et assorti de 30 jours de prison.

De toute façon, dans un procès équitable, le témoin doit être en mesure de reconnaître l’accusé et l’accusé doit aussi voir le visage du témoin. Dans quel pays la reconnaissance d’identité se fait-elle sans constat des traits du visage ? Il a une crainte aujourd’hui dans les milieux juridiques canadiens que le port du niqab devienne un droit acquis, dans l’institution judiciaire surtout, qui représente la souveraineté du pays. De plus, rien d’étonnant que demain la prestation de services à visage couvert dans l’administration publique puisse aussi être généralisée au Canada.

Aujourd’hui, seuls les savants juges de la Cour suprême peuvent se permettre de nier l’étendue de la pénétration des pratiques fondamentalistes au Canada, une pénétration « pacifique » tout à fait inédite dans l’histoire de ce pays qui est de loin le plus généreux lorsqu’il s’agit de la politique d’immigration. Nombreux sont les Canadiens qui s’inquiètent de l’avancée de l’islam radical dans leur pays, des modifications vestimentaires, par exemple, dans leurs espaces familiers où ils côtoient des barbus et des silhouettes de femmes vêtues de noir.

Qu’on ne s’y trompe pas : le niqab est l’un des symboles de l’islam radical partout à travers le monde. Le plus haut tribunal du pays aurait dû profiter de l’occasion pour rappeler que le niqab est un symbole de soumission pour la femme qui le porte, et que ce symbole ostensible n’a pas de place dans la sphère publique, tout en étant autorisé par la « Charte des Droits » dans la sphère privée.

La France, la Belgique et autres pays d’Europe eux ont compris le danger que représente ce symbole de la soumission des femmes et ils ont voté des lois pour le bannir de l’espace publique. Porter une cagoule ou un niqab est passible de lourdes amendes dans plusieurs pays européens. C’est vrai, les législateurs des pays européens ont une maturité que, malheureusement, le Canada n’a pas encore atteint.

Il est important de signaler que la Cour, et encore plus une Cour suprême, se devrait de faire les distinctions qui s’imposent : une mosquée ou une église n’est pas un tribunal! Et les pratiques soi-disant religieuses ne sont pas toutes d’égale importance ou pertinence. Au Canada, devant tout tribunal, toute personne, partie à un procès, témoin, ou simple spectateur devrait s’y présenter à visage découvert. C’est ainsi pour le bien de la justice : transparente et publique, et également pour le bien de l’ensemble de la société. Ceci semble une évidence. Aucune société ne peut et ne doit répondre positivement aux désirs de chacun. Encore moins un tribunal!

Mais l’hypocrisie des juges de la Cour suprême du Canada ne semble pas avoir de limites. Ils justifient leur décision de permettre le port du niqab, pendant un témoignage, devant une Cour de justice par leur souci de vouloir préserver « le droit de chacun aux croyances religieuses » !

Mais de quelle religion parle-t-on ? de l’islam ? Ces juges ne savent rien de l’islam, car aucun texte du Coran n’oblige point les femmes à porter le niqab, sinon, toutes les musulmanes le porteraient. Or la majorité des musulmanes au Canada et dans le monde musulman ne portent pas le voile et encore moins le niqab. Le niqab est une tendance wahhabite pratiquée dans les monarchies pétrolières qui s’apparente plus au sectarisme fanatique qu’à la religion (1).

Dans bien de pays gouvernés par des islamistes, à l’instar de la Turquie et la Tunisie, le niqab est strictement interdit dans les lieux et bâtiments de l’État. En octobre 2009, le plus haut responsable du clergé égyptien a annoncé que « le port du voile n’est mentionné ni dans le Coran, ni dans les sources plus tardives » et par conséquent les enseignantes et élèves ne pourraient plus porter le voile intégral dans les classes et la résidence de l’université d’Al-Azhar au Caire, le plus prestigieux institut musulman sunnite.

Et voici, des juges intelligents de Cour suprême du Canada cautionnent quand même les pratiques des fanatiques et des intolérants dans la société. De plus, ils passent outre au fait qu’aucun précepte n’exige, dans l’islam, le port du niqab.

Le port du niqab est un geste politique et non religieux, comme d’ailleurs le port du voile qui est essentiellement aujourd’hui un phénomène social et il n’est pas du tout religieux. Le niqab surtout est un symbole de soumission et d’indignité. La femme en niqab, qui s’est présentée devant la justice dans cette affaire, est non seulement victime présumée d’un crime horrible de viol de la part de ses cousins mâles, mais aussi victime du fait quelle porte, elle aussi, ce symbolique archaïque, féodale, sexiste et patriarcale que représente le niqab.

Cette approbation par les juges de la Cour suprême est perçue comme un véritable scandale au Canada. Certains ont décrit leur frustrations : « C’est une journée sombre pour le Canada, et l’ensemble des nations civilisées, qui se laissent dicter leur conduite « et les lois » par des préceptes issus du Moyen-Âge » me disait un Québécois.

Ftouh Souhail

(1) Dans bien des pays musulmans, les femmes non voilées ont mis en échec le port du niqab. Même en Arabie Saoudite, hors des zones urbaines contrôlées par les «mutawa», ces SS du Wahhâbisme, secte musulmane rétrograde qui a pris le pouvoir par la force dans ce pays, dans les campagnes, bien des femmes ne portent pas le niqab (elles conduisent même, ce qui est ridiculement interdit en ville).

Leave a Reply

*