Rapatriement des devises par les émigrés : la Tunisie et l’Algérie à la traîne par rapport aux palestiniens

La communauté tunisienne établie à l’étranger ne transfère vers la Tunisie que 1,1 milliards de dollars par an, indique un rapport de la Banque mondiale. La diaspora palestinienne avec 8 milliards se classe très loin, en termes de chiffres, avant les  jordaniens, les marocains et les algériens.

Les palestiniens se classent  ainsi à la 3e place dans le monde arabe derrière le Liban 9 milliards et l’Égypte qui engrange pratiquement dix fois plus que les algériens soit 20 milliards de dollars. La communauté algérienne établie à l’étranger ne transfère vers l’Algérie que 2,1 milliards de dollars.

Les émigrés libanais rapatrient 9 milliards de dollars et se placent devant les Palestiniens (8 milliards) et les Marocains (7,5 milliards) et Jordaniens (4,4 milliards). La communauté émigrée yéménite fait rentrer aux caisses de l’Etat 3,4 milliards de dollars et devance les Syriens. Les transferts de devises de cette diaspora atteignent 1,6 milliard.

Les émigrés palestiniens  contribuent à hauteur de 18,5% du PIB de leur pays, toujours selon le rapport de la Banque mondiale, tandis que les émigrés libanais contribuent à hauteur de 15,1% du PIB  du Liban et la communauté algérienne y contribue avec à peine 1,2%. Un chiffre très faible comparé aux autres pays arabes cités dans le rapport.

Les transferts financiers annuels des Palestiniens issus des territoires et de Gaza vers leurs pays contribuent au développement  de leur pays. La ville de Ramallah est transformée en une sorte de Floride par les vacanciers. La communauté palestinienne aux États-Unis, estimée entre 150°000 à 200°000 personnes.

Ascension économique et sociale des Palestiniens 

Les Palestiniens d’Amérique du Nord, sont considérés comme une des diasporas les plus riches. Les Palestiniens occupent des emplois très rémunères comme des grands financiers ou des patrons d’industries. Munis d’un capital culturel précieux (diplômes supérieurs obtenus en Amérique), les Palestiniens sont nombreux dans les universités américaines.

Contrairement aux magrébins ils suivent un cursus universitaire souvent très élevé et ils ne sont pas contraints de travailler à temps partiel pour subvenir à leurs besoins comme les marocains ou les égyptiens.

Sur Atlantic Avenue à Brooklyn ou en Mississauga à Toronto nous pouvons recenser d’après les statistiques 1°500 commerces arabes dont la plupart appartiennent à des Palestiniens.

Au Canada la majorité écrasante des hommes d’affaires palestiniens sont diplômés. Les hommes d’affaires  palestiniens diplômés  constituent 64 % de l’ensemble aux États-Unis et 94 % au Canada.

Au Canada, la communauté palestinienne peut être considérée comme ayant bien réussi socialement et économiquement par rapport aux autres communautés émigrantes ayant la même ancienneté. Le nombre d’hommes d’affaires paraît plus important, en plus des 600 médecins et dentistes Palestiniens, et 300 avocats.

De nombreux étudiants palestiniens  deviennent enseignants et professeurs dans les universités d’Amérique du Nord. Les exemples abondent : Majid Kazimi dirige le département de génie nucléaire de Massachusetts Institute of Technology ; Ramzi Cotran est professeur spécialisé en pathologie à Boston ; Edward Saïd, intellectuel de renommée internationale (son livre, L’orientalisme, est traduit en dix-neuf langues), est titulaire d’une chaire de littérature anglaise et de littérature comparée à l’université de Columbia, New York ; Elia Zureik, Nasir Arori, Hisham Charabi, Nadim Rohana et Rachid Khaldi sont professeurs de sciences sociales. Ghada Talhami, professeur de science politique au Lake Forest College (Chicago), témoigne d’une évolution significative dans la plupart des départements Middle East Studies des universités américaines, où l’on est passé d’une majorité de professeurs d’origine juive américaine ou israélienne, à une majorité d’Arabes, essentiellement palestiniens.

Les lignes de force de l’ascension sociale des Palestiniens réside dans le fait qu’ils  sont attirés par certaines carrières propres au monde moderne et faisant partie de la méritocratie du système américain. Les palestiniens sont doués dans les affaires, ils ont aussi  une stratégie entrepreneuriale.

Des communauté d’affaires.

Les hommes d’affaires palestiniens constituent un groupe hétérogène dans le sens où ils ont suivi des itinéraires multiples.Les Palestiniens issus de Ramallah, Bethléem et Jérusalem ont une tradition mercantile venant de villes où le tourisme et le pèlerinage étaient florissants.

Atef Roshdi, originaire de Bit-’Anin Ramalla, en Cisjordanie, achète en 1990 à Chicago avec son frère un magasin de vente en gros (Nader Wholesale). Le chiffre d’affaires (100 millions $) est maintenant trois fois plus élevé qu’au moment du lancement du magasin.

Maurice Zakkak, né  à Gaza, a travaillé successivement dans six pays arabes : Liban, Libye, Koweit, Jordanie, Syrie, Arabie Saoudite. Il a été contraint de quitter tous ces pays. Arrivé au Canada comme émigrant en 1984, il jure de n’aller nulle part ailleurs parce que c’est la première fois qu’il se sent « chez lui ». Il est diplômé en comptabilité de l’université libanaise, mais les autorités canadiennes ne reconnaissent pas son diplôme. Il est alors contraint de travailler comme employé dans une société privée. Six ans plus tard, il se retrouve au chômage. Il réussit le concours d’équivalence et ouvre un bureau d’expertise comptable. Ses affaires finissent par prospérer. Il investit une partie de son capital dans une manufacture pharmaceutique canadienne pour la fabrication de vitamines.

Hassan El-Khatib, figure industrielle palestinienne, est propriétaire-dirigeant de Dena Corp. et Meta International Inc. qui est  quatrième distributeur de produits cosmétiques sur le marché américain.

Talat Othman, homme d’affaires palestinien, est le PDG de Dearborn Financial, une compagnie internationale d’investissements et de management basée dans la banlieue de Chicago avec un capitale de 360 M$ US.

Les investissements immobilier palestinien.

En effet, l’on constate aussi en Amérique la fréquence des investissements immobiliers auprès des Palestiniens et la spéculation est importante chez les hommes d’affaires palestiniens qui acquièrent leur fortune dans ce domaine.  Aux États-Unis, et surtout en Californie ils sont plus nombreux que les Européens et les Japonais.

La plupart des hommes d’affaires palestiniens ont profité du contexte « démocratique et libéral » de l’Amérique. Ils ont appris comment gérer leurs affaires loin des problèmes du Proche-Orient. Plusieurs hommes d’affaires palestiniens-canadiens ont des investissements immobiliers et leurs affaires aux Etats-Unis.

Awni Abu-Hadi, promoteur immobilier palestinien et directeur d’une société d’assurance estime que les gains après revente sont importants malgré le « Capital Gains Tax » qui est à 15% au niveau fédéral et monte à environ 21% pour les propriétaires vendeurs à New York et New York City. Le marché immobilier  reste sûrement une valeur refuge pour les investisseurs palestiniens, les industriels et banquiers.

Chicago compte parmi les principales villes américaines que les palestiniens ont ciblées pour constituer une solide plateforme  d’immeubles de bureaux. Des  investisseurs Palestiniens sont engagés dans la construction de la nouvelle  la tour River Point, dans West Loop, le plus important projet immobilier des cinq dernières années dans cette ville phare des Etats-Unis.

Le West Loop est le marché le plus actif sur le plan de la location immobilière à Chicago. Il renferme la plus forte concentration d’emplois dans les domaines de la finance, des services financiers, des services aux entreprises et de l’immobilier, en plus d’être une destination privilégiée pour les entreprises de haute technologie.

L’intégration des Palestiniens dans la politique canadienne et américaine 

Les Palestiniens-Canadiens sont actifs dans les organisations et les partis politiques canadiens. Ce fait nouveau est dû en partie au processus d’acculturation dans lequel les Palestiniens se considèrent – et/ou les Canadiens les considèrent -comme canadiens et non pas comme émigrés temporaires.

Nous trouvons des membres dirigeants dans les deux grands partis : le Parti libéral et le Parti conservateur, bien qu’ils penchent plutôt vers le premier. Nous pouvons citer les cas de trois personnalités. Shawki Joseph Fahel, originaire de Nazareth, entrepreneur, arrivé au Canada en 1968 à l’âge de 18 ans, est secrétaire général du Parti libéral dans la ville de Waterloo-Ontario, président et sponsor de deux projets non lucratifs de townhousing, président de la Multicultural Groups for the Charlottetown Accord Yes Committee, de l’Arab Canadian Friendship Association et de l’Arab Business Association. Il est également membre d’une vingtaine d’associations et de commissions. Georges Farkoh, originaire d’Acre et réfugié au Liban avec sa famille, est concessionnaire Chrysler-Dodge. Arrivé au Canada en 1959 à l’âge de 12 ans, il devient maire d’Elliot Lake, petite ville de l’Ontario, en 1989. Ses origines sont connues de ses électeurs car sa mère s’est largement impliquée dans une association de défense des droits des émigrés. Enfin, S. Debani, Palestinien-Québécois, ex-ministre, est maintenant sénateur.

Bien qu’ils soient issus de la première génération, Fahel et Farkouh sont devenus des personnalités publiques non seulement au niveau de leur ville, mais aussi du pays. Ils ont été élus respectivement secrétaire général du Parti libéral canadien et maire, grâce aux voix de leur communauté.

Dans le cas des États-Unis, la communauté palestinienne, surtout les hommes d’affaires palestiniens de Chicago sont très influents pour constituer un lobby arabe.

Ghassan Barakat, rédacteur en chef du journal al-Boustan et proche du milieu des hommes d’affaires, mène des actions dans ce sens à l’échelle de Chicago. Talat Othman et Hassan El-Khatib sont aussi les meilleurs représentants de ce type d’action et  qui donnent de l’argent. En outre, ils tentent d’être présents aussi dans les associations nationales sportives, sociales et de santé en sponsorisant leurs activités comme le font Othman El-Khatib et Robin Zahran. Ces actions sont destinées exclusivement aux musulmans américains. C’est-à-dire que l’argent est collecté pour un usage strictement américain. L’homme d’affaires palestinien Talat Othman préside l’Islamic Center of Chicago.

Parmi les hommes publics palestiniens aux USA on peut citer à titre d’exemple deux personnalités : Johen Sununu, ancien secrétaire général de la Maison Blanche et Georges Salem qui, à l’âge de 32 ans, a été nommé par le président Reagan « Solliciter of labor », c’est-à-dire responsable suprême des lois du travail aux États-Unis, avec 850 juristes sous ses ordres.

Awni Abu-Hadi, promoteur immobilier palestinien, a mobilisé la communauté palestinienne de New Jersey, qui compte 15°000 personnes, pour qu’elles s’inscrivent sur les listes électorales. Il est devenu un membre actif de sa communauté et de sa ville. Il est aujourd’hui président d’une des commissions municipales. En 1984, il s’est présenté au Sénat mais sans succès. Désormais, la communauté palestinienne à New Jersey a son mot à dire dans la vie de la municipalité et est de plus en plus respectée.

Souhail Ftouh