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L’ouvrage « À l’Ouest rien de nouveau » de l’écrivain allemand Erich Maria Remarque fut un best-seller au lendemain de la Première Guerre mondiale. L’auteur y fait la description des abominations de la Grande Guerre et du quotidien horrible de la guerre des tranchées. Cette guerre des guerres fut également surnommée la « der des ders », car l’on avait pensé avoir alors atteint le sommet de la barbarie.

La Seconde Guerre mondiale a fait pleinement démentir tous ces espoirs. La machine de guerre nazie fut implacable et inhumaine. On massacra des civils de façon systématique dans les camps de la mort. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’horreur de l’Holocauste fut connue de toute la planète. On se promit alors que plus jamais on ne laisserait se reproduire de tels génocides.

La réalité du génocide a rattrapé l’humanité

Le génocide des Tutsis au Rwanda commis par les milices hutues en 1994 aurait pu être évité. Les gouvernements étaient au courant des atrocités imminentes, mais n’ont rien fait pour y mettre fin. En 1995, l’OTAN est intervenue militairement pour faire cesser le massacre des Bosniaques par des unités de l’armée serbe. Le génocide de près de 300 000 personnes au Darfour en 2009 s’est tenu en toute impunité et librement. Il faut ajouter à cela les nombreux massacres systématiques : les Khmers rouges anéantirent près du quart de la population cambodgienne de 1976 à 1979 dans des charniers sans nom et le gazage des Kurdes en Irak en 1988 pour n’en citer que les plus patents.

Que peut-on dire de l’attitude de l’ONU et de celle du grand public? L’ONU a comptabilisé les victimes après coup et a confié certains cas à la Cour pénale internationale. Mais l’absurdité va plus loin encore : l’ambassadeur du Soudan a été élu vice-président du Conseil économique et social des Nations unies en charge des affaires … humanitaires ! Le représentant syrien du comité sur la décolonisation des Nations unies a été nommé rapporteur en matière des droits humains fondamentaux opposés à la subjugation, la domination et l’exploitation des peuples.

Ces nominations du mois de février 2013 n’ont pas même été rapportées par la presse et encore moins contestées. Ainsi, l’ONU se moque de sa mission et honore les représentants de gouvernements éminemment criminels. Un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité pèse sur le président du Soudan Omar el-Béchir. La commission d’enquête des Nations unies sur la situation en Syrie a publié un rapport évoquant les crimes contre l’humanité commis par les forces gouvernementales et les milices qui leur sont affiliées.

Quant au grand public, on pourrait mettre de l’avant le fait qu’il ne fut pas sensibilisé au gazage des Kurdes et qu’il fut insuffisamment informé des massacres perpétrés par les Khmers rouges. Mais comment réagit-il devant les massacres du Darfour et ceux qui prennent place quotidiennement en Syrie? Il est utile à ce stade-ci de se pencher sur le rôle des médias.


La couverture des médias

La couverture des évènements internationaux par les médias accorde généralement une très faible attention aux pays du tiers monde et une attention disproportionnée au Conflit du Proche Orient. On a pu constater que le nombre de journalistes en poste à Jérusalem est plus important que l’ensemble des journalistes en poste en Afrique et en Asie. Ceci a plongé le grand public dans l’ignorance des atrocités commises dans de nombreux pays arabes et offert ainsi à leurs détracteurs un abri, si ce n’est plutôt un palliatif.

Le printemps arabe a surpris les médias plus que tout autre, car ils ont choisi la solution de facilité : cela a consisté à passer au peigne fin les évènements se produisant dans la démocratie ouverte d’Israël ; cela a également consisté à ignorer les atrocités commises dans les pays arabes plutôt que de devoir confronter les représailles des régimes dictatoriaux en place envers des médias non complaisants ; enfin, les médias ont évité de heurter la sensibilité des sympathisants tiers-mondistes, car ce n’est pas politiquement correct d’agir de la sorte.

Ce faisant, la cause libérale des pays arabes n’a pas été entendue. Les régimes dictatoriaux se sont complu à tenir des discours anti-israéliens, confortés en cela par la pléthore de résolutions anti-israéliennes émise par l’Assemblée générale de l’ONU où le bloc arabo-musulman jouit d’une majorité automatique. L’agenda des Nations unies a été ainsi pris en otage. L’Assemblée générale de l’ONU ne s’est même pas donné la peine de se pencher sur la question du Darfour…

Cette situation anormale est autant un outrage envers les populations arabes pour lesquelles les atrocités sont considérées comme faisant partie de leur ordre naturel qu’un compliment à l’endroit d’Israël de qui on exige une conduite irréprochable. Nous vivons des temps dans lesquels l’obsession sélective des médias mène à l’aveuglement et à la mystification du grand public. La mouvance libérale dans les pays arabes et dans ceux du tiers-monde en général souffre de cette situation.

Les négationnistes de l’Holocauste qui se recrutaient chez des marginaux ont été encensés par le gouvernement iranien. Les génocides ont commencé par des discours haineux accompagnés du silence des élites. Revivons-nous un nouvel épisode de la trahison des clercs?

Le silence sélectif des médias a d’autres conséquences graves : on en vient au point où les discours génocidaires d’Ahmadinedjad sont banalisés ; où la propagation de la haine dans les médias électroniques n’est pas contrecarrée par un appel au bon sens par des médias notoires ; où le langage diffamatoire des détracteurs d’Israël est repris sans autocritique et où enfin l’on devient insensible aux actualités insupportables, tout comme la réalité quotidienne du carnage en Syrie.

L’accommodement à un tel conditionnement imprègne les esprits et engourdit les bonnes consciences. Dans un monde où les armes de destruction sont de plus en plus efficaces et assassines, un tel état des choses ne laisse pas présager un grand optimisme dans le futur. Les médias ont la responsabilité directe visant à rétablir un discours décent tous azimuts.

David Bensoussan
L’auteur est professeur de sciences à l’Université de Montréal

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