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Pour la première fois en Tunisie, la question du statut des Juifs tunisiens, lors de la Seconde Guerre mondiale, a été débattue lors d’un colloque organisée par l’Association Tunisienne de Soutien aux Minorités (1).

Les historiens Abdelkarim Allagui et Habib Kazdaghli sont revenus sur une période relativement méconnue du grand public tunisien. Serge Moati, Sophie Bessis, Claude Nataf ont rappelé la situation des juifs tunisiens sous occupation allemande.

L’objectif de cette démarche était de mieux connaître ce qui s’est réellement passé afin de se prémunir des réflexes nécessaires à la détection des dérives antisémites qui se propagent aujourd’hui en Tunisie post-révolutionnaire. Était présent également, François Gouyette, ambassadeur de France à Tunis.

Il faut rappeler que plusieurs lacunes historiographiques planent sur l’histoire des Juifs de Tunisie pendant la Seconde Guerre mondiale. D’abord, le manque de sources, tant écrites qu’orales, sur les camps de Tunisie, limite le travail de recherche. Il faut savoir qu’une forte censure de la presse a été mise en place dès novembre 1942, date qui correspond à l’arrivée du représentant du maréchal Pétain, Georges Guilbaud. Tous les journaux sont interdits, pour ne publier plus qu’un seul quotidien en français.

Dans les années qui suivent la fin du conflit mondial, les Juifs tunisiens commencent à émigrer massivement, vers la France ou Israël. Ce mouvement migratoire, accentué à partir de 1956 avec la décolonisation et la reprise du pays par les Tunisiens musulmans, a contribué à la dispersion de la communauté juive tunisienne, ce qui rendra difficile la récolte d’informations et de témoignages sur la question de la Shoah en Tunisie.

La Tunisie fut le seul territoire français hors métropole, à subir une occupation allemande pendant la Seconde Guerre Mondiale : six mois entre novembre 1942 et mai 1943, un temps trop bref pour procéder à un massacre massif de la population juive locale, mais suffisant pour la terroriser, avec en particulier une rafle de 4000 hommes en décembre 1942, envoyés dans des camps de travail ou sur les lignes de front, où hélas une cinquantaine, presque tous très jeunes, furent tués ; une poignée de résistants et de militants antifascistes furent aussi déportés en Europe, où ils furent assassinés …

Durant ces six mois terribles d’occupation, des jeunes hommes de la communauté furent conduits vers l’un des plus grands Camps de Travail forcé du coté de Bizerte (au nord de la Tunisie).

Les familles des travailleurs forcés, quand à elles, subissaient l’humiliation et toute l’injustice de l’occupant nazi. Les Juifs de la ville de Sousse avaient même porté l’étoile jaune qui eut une fonction de marquage, désignant les Juifs aux nazis lors des rafles.

Durant le Rafle des Juifs de Tunis, le jour du 9 décembre 1942 (le 2 Tevet 5703) quelques 2 000 juifs furent arrêtés. Des centaines d’entre eux ont trouvé la mort et plusieurs d’entre eux ont trouvé la route de la déportation.

Si les citoyens juifs tunisiens étaient progressivement réduits dès 1942 au statut de sous-citoyens, par contagion de lois antisémites de Vichy, la situation des Juifs n’était pas idéale avant l’occupation allemande, car ces derniers étaient souvent traités de manière inéquitable par les tribunaux tunisiens.

Cette discrimination était d’ailleurs le prétexte d’interventions et de pressions auprès du Bey de Tunisie et de son gouvernement. Les juridictions tunisiennes ne cessaient de faire preuve d’une particulière sévérité à l’égard de cette fraction de la population locale. En 1857, l’affaire « Batou Sfez » (2) allait être l’occasion pour la France et la Grande-Bretagne d’intervenir au nom de la défense des droits de l’homme. Grâce à l’intervention des puissances européennes, cette communauté échappa au statut séculaire de la dhimma.

Ftouh Souhail

(1) Extrait Vidéo du colloque : http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=hZdStFR1DJc

(2) Batou Sfez était un cocher juif qui fut accusé d’avoir injurié le Prophète, lors d’une altercation avec un musulman. Il fut inculpé, jugé coupable en dépit de ses protestations d’innocence et condamné à la peine capitale. L’émotion et l’indignation furent vives dans la communauté juive. La France et la Grande-Bretagne exercèrent une pression politique et militaire telle que le Bey dut céder et proclamer une série de réformes rassemblées en un Pacte fondamental.

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