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Le nouveau gouvernement tunisien entérine l’échec des islamistes au pouvoir. Il prouve que l’idéologie ne suffit pas à gérer un pays qui a faim et que seule la confiance permet de faire la différence. Les Tunisiens ont fait preuve de patience, dans le calme et la discipline, mais ils ont été récompensés au final par un gouvernement apolitique, dirigé par le premier ministre Mehdi Jomaa, qui veille dorénavant aux destinées du pays.

Parce que la confiance est revenue et que le nouveau gouvernement a clarifié les grandes orientations qu’il compte suivre, alors quelques pays étrangers ont décidé d’aider la nouvelle équipe mais c’est encore insuffisant. Les jeunes technocrates appelés au pouvoir ont retroussé leurs manches, loin des sunlights des médias contrairement à ceux qui les ont précédés. Ils ont écarté l’esbroufe au profit de méthodes pragmatiques payantes. Ils ont décidé de privilégier la composante économique qui avait fait défaut avec les islamistes, suivant en cela le programme annoncé par le premier ministre à l’Assemblée et axé sur «la lutte contre le terrorisme et pour la reprise économique».

Le nouveau gouvernement est caractérisé par moins de parlote, d’idéologie et de “cinéma” et plus d’action. Bien sûr il bénéficie de la mise à l’écart, à leur propre demande des islamistes, échaudés par l’expérience négative en Égypte, qui ont accepté de se mettre en retrait pour ne pas effrayer les investisseurs étrangers dont l’économie tunisienne a grandement besoin.

Les premières décisions ont donné le ton pour corriger les effets des précédents gouvernements qui avaient noyauté les administrations en y plaçant des fonctionnaires titulaire de la carte du parti islamique plutôt que de diplômes adéquats à leur fonction. Première visée, la Ligue pour la protection de la révolution (LPR), créée en mai 2012, faisant fonction de commissaire politique appuyée sur une milice islamiste tunisienne. Elle avait pour objectif de préserver «les acquis de la révolution» de 2011 et de «renforcer l’identité arabo-musulmane» de la Tunisie. Les membres de cette ligue visaient particulièrement le parti Nidaa Tounes accusé d’être constitué d’anciens des régimes de Bourguiba et de Ben Ali. Elle était soutenue par les deux partis au pouvoir, le Congrès pour la République et Ennahda, très proches des salafistes. Il est fort probable que la Cour de justice entérinera à présent la dissolution de cette ligue qui bénéficiait par ailleurs de financement public.

Le nouveau gouvernement, qui souhaite que la campagne électorale, pour les élections législatives et présidentielles de cette année, se déroule de manière démocratique, s’est appliqué à assainir la situation. La nomination des hauts fonctionnaires, des gouverneurs et des responsables locaux sera remise en question pour éliminer les nominations de connivence. Sur le plan diplomatique Mehdi Jomaa veut choisir une nouvelle stratégie axée d’abord sur les relations étroites avec les pays voisins et le Maghreb en particulier.

Son premier voyage officiel a été en Algérie qui sert de refuge à des terroristes qui agissent ouvertement contre l’armée tunisienne. Le premier ministre a tenu à rappeler que «l’Algérie et la Tunisie ont une histoire, une lutte et une coopération commune». D’ailleurs la coopération des deux armées à Raoued et à Borj Louzir a été efficace pour marquer des points en matière de sécurité. Le deuxième déplacement a eu lieu au Maroc.

Le point fort des nouveaux technocrates du gouvernement tunisien est marqué par la compétence économique qui a rassuré les organismes internationaux. Le FMI a immédiatement débloqué une provision de 500 millions de dollars qu’aucun précédent gouvernement n’avait réussi à obtenir. La France n’est pas en reste puisque François Hollande a promis, après son voyage, une aide de 500 millions d’euros. Le ministre turc des affaires étrangères, Ahmet Davuto?lu, en déplacement à Tunis, a promis lui aussi des aides conséquentes.

Cette situation apaisée aura un effet conséquent sur la saison touristique qui devrait être boostée par la nouvelle ministre du tourisme, Amel Karboul, qui avait défrayé la chronique parce qu’elle avait visité Israël, il y a 8 ans. Des bruits avaient circulé sur la nomination à ce poste d’un Juif, René Trabelsi, mais il n’avait aucune légitimité, sauf à servir d’alibi, pour représenter la population juive, qui comptait 110.000 âmes à la veille de l’Indépendance et qui est réduite aujourd’hui à 1.200 habitants.

Assainir la situation économique

Enfin la confiance reviendra totalement lorsque le gouvernement prendra les mesures nécessaires pour empêcher les assassinats politiques qui font mauvais effet sur l’opinion internationale. Les partis politiques ont pour tâche aujourd’hui de laisser le nouveau gouvernement travailler pour assainir une situation économique désespérée et une situation sécuritaire à la limite de l’explosion. Le monde a assisté avec soulagement et admiration à la naissance et à l’adoption de la toute première constitution démocratique dans un pays arabo-musulman, bien que la majorité des médias n’ait pas salué cet avènement à sa juste mesure.

Jusqu’alors seul le Qatar avait investi à fonds perdus dans l’avènement d’un gouvernement théocratique. Il faut comprendre que cette naissance représente, en cas de succès, un formidable danger pour toutes les dictatures arabo-musulmanes qui prétendent détenir la direction de leurs États par «droit Divin». Les ennemis de la Tunisie ne sont pas seulement le Qatar, mais aussi tous les autres pays musulmans à savoir les royautés, les émirats, les dictatures et les États à parti unique.

Les pays riches du G20 ont peut-être pris conscience que l’échec de la tentative tunisienne pour accéder à une réelle démocratie sera aussi un échec pour le prosélytisme démocratique face au prosélytisme théocratique. Il entre dans le cadre de leurs responsabilités de soutenir activement et concrètement le succès de cette entreprise qui doit faire face aux graves problèmes suivants:
– Un secteur du tourisme, criblé de dettes par une guerre des prix, doit retrouver une viabilité durable.
– Un secteur agricole (longtemps autosuffisant en matière alimentaire) qui agonise, les paysans dépeuplent les campagnes, les sables avancent. Toutes les productions sont en recul.
– Des matières premières (hydrocarbures et phosphates) où les règles de partage des concessionnaires, souvent domiciliés dans des paradis fiscaux, sont floues et sans retombées significatives sur les populations.
– Une industrie manufacturière qui tourne à vide, dont la croissance masque une valeur ajoutée réduite, une création d’emplois non qualifiés et précaires exclusivement en sous-traitance et dépendance d’intrants étrangers, sorte de réexportation d’importations. Avec pour seule variable d’ajustement : les salaires et les emplois.
– Une majorité des diplômés qui se retrouve en déshérence (2 doctorants sur 3 indiquent ne pas avoir d’avenir dans le pays).

Pour remettre la Tunisie, vite, en état de marche, il lui faut un appui financier considérable de la part des Occidentaux, encore plus considérable que le financement d’un échec par le Qatar et autres potentats.

Par Jacques BENILLOUCHE et Jean SMIA
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