| More

Tzipi Hotobeli n’est pas une députée comme les autres. Cette jeune avocate, qui appartient au courant sioniste religieux, a décidé de rejoindre le Likoud à la demande explicite du Premier ministre Binyamin Netanyahou. Bien qu’elle ne partage pas toujours les prises de position du chef du gouvernement, elle lui voue une grande admiration, considérant qu’il est doté de toutes les qualités requises pour diriger le pays.

Le P’tit hebdo: Vous occupez une position unique au sein de l’échiquier politique: vous êtes une femme jeune, religieuse et de droite. Est-ce que ces particularités ne vous ont pas plutôt gênée au départ pour vous intégrer au sein de la Knesset?

Tzipi Hotobeli: Absolument pas, vu la facilité avec laquelle j’ai entamé ma carrière politique. Cela s’est passé de la façon suivante: alors que je préparais mon doctorat de droit à l’université de Tel Aviv, j’ai été invitée à participer à une émission télévisée de la 10e chaîne, à laquelle avaient été conviés cinq des journalistes les plus en vue de l’époque. Mon intervention ayant plu à Binyamin Netanyahou alors chef de l’opposition, celui-ci m’a appelée quelques jours plus tard pour m’inviter à le rencontrer. Le contact a été excellent et j’ai eu l’occasion, par la suite, de m’entretenir avec lui à plusieurs reprises. Il m’a ensuite proposé, lors de sa campagne électorale, de figurer sur la liste des députés de son parti pour la prochaine Knesset. Au départ, bien que flattée, j’avoue avoir été quelque peu effrayée par l’ampleur de la tâche qui m’attendait. Mais comme je suis croyante, j’ai compris que je devais saisir cette occasion qui n’était certainement pas due au hasard.


LPH: Lorsque vous êtes entrée de plain-pied dans la vie politique, en devenant députée du Likoud, quel a été votre objectif précis? Que recherchiez-vous?

T.H.:

J’avais plusieurs objectifs. Je voulais avant tout agir pour la terre d’Israël. J’avais très difficilement vécu l’application du plan de retrait de Gaza et le fait que le gouvernement ait renoncé à une partie de la terre d’Israël pour la céder à des terroristes. Il s’agissait pour moi d’un double traumatisme. Tout d’abord parce que ce plan avait causé le déracinement de plus de 8000 Israéliens (du Goush Katif) contraints de quitter leurs maisons au mépris des droits de l’homme les plus élémentaires. Ensuite parce que je considérais qu’il s’agissait d’une atteinte à la démocratie, Sharon n’ayant pas tenu compte des résultats du référendum. Je voulais entrer en politique, au sein du parti au pouvoir, pour faire entendre ma voix et tenter d’influer sur le processus politique.

LPH: Avez-vous réellement l’impression d’avoir de l’influence?

T.H.: Très certainement. Je pense qu’il faut enfin dire la vérité. La droite doit cesser d’avancer des arguments sécuritaires. Nous devons utiliser des arguments moraux et affirmer haut et fort qu’Israël est notre terre, que D. nous a donnée et dont parle le Tanakh (la Bible). C’est la terre pour laquelle nous avons prié pendant 2000 ans. Il ne faut pas oublier non plus que le monde a lui-même reconnu qu’elle appartient au peuple juif. C’est le message que je tente de faire passer, même lors de mes voyages à l’étranger. Mais il faut aussi parler des valeurs, et cela doit se faire essentiellement dans le cadre de l’enseignement.

LPH: On dit souvent que la politique corrompt. Comment avez-vous réussi à surmonter cet obstacle?

T.H: Avant d’entamer ma carrière politique, j’ai pris conseil auprès du Rav Shmouel Eliahou et j’ai consulté également d’autres personnalités influentes. Pour le Rav Eliahou, il existe un lien direct entre le messianisme et la politique en Israël. Si nous ne croyons pas possible qu’une direction politique saine puisse être restaurée, nous ne croyons pas au Messie et à la Délivrance finale. Cette approche est intéressante et inattendue; en général, on n’établit pas de lien entre le Mashia’h et la politique! J’ai parmi mes maîtres des disciples de Manitou, qui disait que les Asmonéens avaient échoué parce qu’ils avaient mélangé la Halakha et l’Etat, en utilisant la force des prêtres pour instaurer la royauté. C’était une erreur qu’ils ont chèrement payée.


LPH: Parlons maintenant des medias: comment se comportent-ils à votre égard? Êtes-vous souvent interviewée?

T.H.Je suis interviewée très souvent. Il est vrai que je viens de ce monde, puisque j’ai été journaliste. Je dois même dire que les medias m’apprécient et c’est dû sans doute au fait que mes propos sont toujours conformes à la même ligne idéologique. Les journalistes n’aiment pas les personnes qui manquent de constance. Ils apprécient les gens «authentiques» qui ne craignent pas de s’opposer parfois au leadership et de ce point de vue, je pense que je les ai amplement satisfaits.


LPH: Vous êtes présidente de la commission parlementaire pour la promotion de la femme. Comment réagissez-vous à toute cette campagne dénonçant «l’exclusion des femmes» de la vie publique? La question est-elle sérieuse?

T.H.:Je pense qu’il y a un réel problème mais qu’il n’est pas traité de la bonne manière. Il y a trop d’hypocrisie et on préfère incriminer le monde orthodoxe alors que le monde laïc est très sexiste et que la présence des femmes sur la scène publique est encore beaucoup trop restreinte. C’est une question qui ne concerne que la société laïque avec notamment l’utilisation de la femme – et parfois de son corps – à des fins publicitaires. Elles sont systématiquement écartées des questions sérieuses, comme par exemple des problèmes sécuritaires réservés aux hommes, et ne sont citées que pour des sujets bien plus légers.

LPH: Comment concevez-vous le rôle de la femme?

T.H.: Cette question est directement liée à Hanouka qui, précisons-le, est l’une des fêtes les plus nationalistes du calendrier juif étant donné que l’histoire se déroule en Eretz Israël. Tout a commencé grâce aux femmes, et plus précisément à la fille de Matityahou, qui par son acte glorieux, a donné le coup d’envoi moral de la révolte contre les Grecs. D’autres femmes ont joué un rôle décisif dans les combats du peuple juif pour sa survie. On peut citer Tamar, Ruth la Moabite qui a donné naissance au Mashia’h, la Reine Esther, etc. On retrouve toujours une femme dans le processus de la Délivrance. Aujourd’hui il ne suffit pas aux femmes de lutter pour obtenir les mêmes droits que les hommes. Le problème de notre temps concerne plutôt le rôle de la femme au sein de son foyer parce que notre société est opposée à la famille qui en est pourtant la pierre angulaire. Lorsqu’une femme, qui occupe par exemple un poste important dans le Hi-Tech, doit consacrer de longues heures à son travail, cela porte atteinte aux enfants confiés à des crèches, à des baby-sitters, qui se sentent délaissés. Le monde du travail devrait au contraire respecter la volonté des mères qui veulent sortir plus tôt pour s’occuper de leur famille. Mais personne n’aborde ce problème.


LPH: Vous appartenez au Likoud mais vous êtes parfois en désaccord avec le Premier ministre. Est-il difficile d’exprimer votre opinion?

T.H.Absolument pas. La démocratie règne dans notre parti et nous sommes libres de nous exprimer et d’agir en conséquence lorsque nous ne sommes pas d’accord avec les décisions du chef du gouvernement. Pour moi, notre manque de fermeté quant à la défense de nos droits sur la terre d’Israël constitue l’un des problèmes essentiels auxquels nous sommes confrontés à l’heure actuelle. Nous nous excusons trop souvent et ne nous battons pas suffisamment pour pouvoir nous établir sur tout le territoire de la terre d’Israël. Nous traversons une crise idéologique: la droite a baissé les bras après des années de combat, tant en Israël qu’à l’étranger. Elle a choisi le jeu tactique en parlant par exemple «d’un Etat pour deux peuples», et a sapé ainsi le système de valeurs qui constituait la base du parti.


LPH: Binyamin Netanyahou est-il disposé à écouter vos remarques?

T.HC’est un homme extrêmement doué, très chaleureux, et capable de diriger le pays. De notre côté, nous devons raffermir les forces idéologiques du parti. Netanyahou est très sensible aux critiques et il sait quand il doit en tenir compte pour éviter une crise au sein de son parti. Le Likoud est très fort, il n’y a pratiquement pas d’opposition.

Source: www.leptithebdo.net
L’hebdomadaire national des Juifs francophones ( ISRAEL)
Direction : Avraham Azoulay

Leave a Reply

*