Un homme d’affaires franco-israélien met la main sur Sotheby’s pour 3,7 milliards de dollars

C’est par communiqué de presse que l’homme d’affaires Patrick Drahi a annoncé qu’il achète l’ancestrale maison américaine de vente aux enchères Sotheby’s.

Au-delà de la quête de profit, cette acquisition permet à l’homme d’affaires, né à Casablanca au Maroc, de se faire connaître des plus grandes fortunes du monde. Le marché de l’art est en pleine croissance porté par une clientèle issue d’Asie et du Moyen-Orient.

Patrick Drahi est le président-fondateur du consortium luxembourgeois Altice, une multinationale spécialisée dans les télécommunications et les réseaux câblés qui est cotée à la bourse d’Amsterdam. Altice est le principal actionnaire de l’opérateur français Altice France, de Virgin Mobile, de l’opérateur israélien Hot, mais aussi Portugal Telecom.

Altice France est propriétaire de plusieurs médias dont Libération, L’Express, BFM TV et RMC.

Le classement 2019 de Forbes valorise ses actifs à 6,8 milliards de dollars américains.La neuvième fortune française, selon le classement 2019 du magazine américain Forbes, est aussi un passionné d’art depuis l’enfance.

Patrick Drahi partage son temps entre la France, la Suisse et Israël où il réside à Tel Aviv dans la tour One Rothschild réputée la plus chic de la ville. De confession juive, il se définit comme juif libéral. Sa femme Lina, mère de ses quatre enfants, est d’ailleurs d’origine chrétienne et syrienne bien qu’elle se soit convertie au judaïsme par la suite.

L’entrepreneur reste relativement peu connu du grand public.

Né à Casablanca le 20 août 1963, fils de professeurs de mathématiques, Patrick Drahi est arrivé en France à l’âge de 15 ans avec sa famille pour s’installer en France, à Montpellier.

Enfant, Patrick Drahi se rêvait enseignant. À tel point qu’à l’âge de onze ans, il aidait ses parents professeurs de mathématiques au Maroc à corriger les copies d’élèves parfois plus vieux que lui. Mais cet amoureux des chiffres, arrivé en France à quinze ans, suivra une autre voie. Bachelier avec deux ans d’avance, il intègre Polytechnique puis l’École nationale supérieure des télécommunications (aujourd’hui Télécom Paris Tech). Et vient l’heure du choix : quel métier exercer ? Impossible pour le jeune diplômé d’entrer dans une entreprise publique comme bon nombre de ses condisciples. Son stage de fin de première année à la SNCF le convainc qu’il n’a pas l’âme d’un fonctionnaire.

Ces débuts d’entrepreneurs sont marqués d’aventures courtes mais intenses. Dès 1993, il se lance dans le conseil puis fonde Sud Câble Service et Médiaréseaux. Le polytechnicien rejoint l’américain UPC, géant de la télévision par câble, pour diriger l’activité Europe occidentale et méridionale. C’est à cette occasion qu’il s’installe en Suisse. Il vendra ses participations dans UPC en 2001, au plus haut de la bulle internet.

Au début des années 2000, Patrick Drahi commence peu à peu à devenir leader français du câble. Sa holding Altice, créée en 2001, s’empare en quelques années de 99% du marché français en prenant notamment le contrôle de Noos et de NC Numericable. En janvier 2014, Altice fait son entrée à la Bourse d’Amsterdam. Patrick Drahi peut enfin jouer dans la cour des grands.

En 2014, Patrick Drahi acquiert SFR

Après une bataille épique contre Bouygues Télécom dans laquelle se mêle la classe politique, Altice prend le contrôle de SFR pour 13,5 milliards d’euros. Pour cela, il s’appuie sur une douzaine d’hommes de confiance alors que son adversaire est accompagné d’une armée de banquiers, d’avocat ou de financiers.

Un coup magnifique pour Patrick Drahi qui ne souhaite pas s’arrêter en si bon chemin puisqu’il se porte acquéreur de Portugal Telecom pour 7,4 milliards de dollars en novembre 2014. Enfin, place à la conquête du nouveau monde. En mai 2015, Patrick Drahi débourse 9 milliards de dollars pour prendre le contrôle de 70% de Suddenlink, septième cablo-opérateur américain. Puis vient la plus grosse opération : l’acquisition de Cablevision qui devient Altice USA pour 17,7 milliards de dollars en juin 2016.

La filiale Altice USA en bonne santé financière est séparée des activités du groupe en Europe, regroupées dans un ensemble baptisé Altice Europe NV.

Patrick Drahi investit également dans le câble et les télécoms au Portugal, au Benelux, en Afrique de l’Est et en Israël. Fin 2013, il achète le câblo-opérateur de République dominicaine Tricom, pour 405 millions de dollars, et la filiale locale d’Orange pour 1,1 milliard de dollars.

Altice-SFR a déboursé 370 millions d’euros par saison pour diffuser la Ligue des champions et la Ligue Europa entre 2018 et 2021.

Le magnat des télécoms se mue véritablement en patron de presse

En 2013, il dirige la chaîne de télévision israélienne i24news qui souhaite « montrer le vrai visage d’Israël » en émettant en anglais, en hébreu, en arabe et en français.

En mai 2014, il contribue à sauver Libération de la faillite avant d’en prendre progressivement le contrôle. Mais son appétit pour la presse ne s’arrête pas là. Quelques mois plus tard, L’Express tombe dans son escarcelle. En juillet 2015, il acquiert Next Radio Group (BFMTV, BFM Business, RMC…).

Lorsequ’il s’est installé dans l’État hébreu où il débarque en 2009, il achète le câblo-opérateur Hot avant de prendre le contrôle de l’opérateur téléphonique Mirs pour 170 millions de dollars.

Patrick Drahi est un véritable philanthrope.

epuis 2014, la fondation Patrick et Lina Drahi dépense des millions dans l’éducation. Outre le financement de bourses pour les étudiants méritants, d’un collège-lycée franco-israélien ou d’un institut sur la recherche sur le cerveau à Jérusalem, le tycoon des télécoms et des médias n’oublie pas ses anciennes écoles.

En 2014, il a fait un don de 10 millions d’euros à la Fondation Télécom consacrée « au développement et au rayonnement des écoles de Télécom de l’Institut Mines Telecom ». Un an plus tard, l’école polytechnique a reçu 7 millions d’euros pour soutenir l’entrepreneuriat parmi ses étudiants. De quoi faire émerger de nouveaux Patrick Drahi.

L’entrepreneur franco-israélien est admiré pour son ascension fulgurante.

Souhail Ftouh