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Habib Touhami

Face à un sentiment d’échec et d’impasse du monde arabe, Habib Touhami, un intellectuel tunisien revient à la cause de cette situation déplorable et le retard des pays arabes dans tous les domaines. L’auteur est un économiste et ancien ministre du Gouvernement Mohamed Mzali (1983-1984). Bien que nous ne sommes pas d’accord avec lui sur certains points, nous publions ci-dessous son papier car il y a un début d’un sens d’auto-critique envers les vraies causes de la régression qui empêche le monde arabe de changer, de se développer et de progresser. ( Souhail Ftouh)

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Si Israël nous bat systématiquement depuis des lustres, nous Arabes, c’est parce qu’il nous est supérieur au plan scientifique et technologique; que sa population est soudée alors que nous sommes désunis; que nul israélien, homme ou femme, ne rechigne à accomplir son service militaire alors que nous le fuyons en masse; qu’il bénéficie du soutien de la quasi-totalité des démocraties et qu’il est l’allié, pour ne pas dire gendarme, des Etats-Unis d’Amérique alors que nous sommes simplement ses goums. Mais Israël nous est supérieur aussi parce qu’il a mobilisé ses moyens pour nous connaître jusqu’au petit détail, et cette connaissance va jusqu’à pénétrer dans les cerveaux de nos pilotes de chasse afin d’anticiper sur leurs réactions au combat aérien. Il y a plusieurs siècles pourtant, Sun Tsé affirmait que «si un général ignore le fort et le faible de l’ennemi, s’il ne connaît pas à fond les lieux que celui-ci occupe actuellement comme ceux qu’il occupera éventuellement, il lui arrivera d’opposer ce qu’il a de plus faible à ce que l’ennemi a de plus fort».

Que les choses soient claires. Je ne suis pas et je ne serai jamais pour la normalisation, mais nous Arabes, que savons-nous exactement des israéliens, du sionisme et des Juifs en général? Rien de consistant et d’utile pour notre combat ou presque. Hormis quelques écrits sans valeur, il n’existe pas d’études sérieuses sur le sujet qui soient le fruit d’une pensée authentiquement arabe.

Cette méconnaissance «choisie» a conduit à nous affaiblir à un point que l’on ne peut pas soupçonner et à nous définir de l’extérieur, comble de l’ironie, comme des antisémites alors que nous sommes sémites nous-mêmes, que ce soit par la «race» ou la langue. Mais elle nous a conduit aussi à faire un amalgame dangereux entre Juif et Sioniste. Or un antisionisme juif existe, et il est même parfois plus virulent que l’antisionisme arabe. Beaucoup de Juifs et non des moindres (Freud, Arendt, Friedmann et tant d’autres) sont antisionistes au sens où ils considèrent l’avenir des Juifs dans la Diaspora, non en Israël, encore que la réalité historique et non mythique de la Diaspora vient d’être remise en cause à son tour. Mieux, certains Juifs religieux sont ouvertement antisionistes et condamnent avec sévérité « les pratiques génocidaires de leurs coreligionnaires».

Dans le monde arabe, trop de questions restent enfouies sous une solide chape de plomb, et à la méconnaissance de l’ennemi sioniste s’ajoutent une formidable hypocrisie et une gymnastique intellectuelle d’une souplesse «redoutable». Depuis le 8e sommet arabe organisé à Rabat (1976), les chefs d’États arabes ont admis l’OLP comme membre à part entière de la Ligue arabe et lui ont reconnu, de fait, le droit de décider seule du destin des Palestiniens et de la Palestine. Que l’OLP ait eu raison ou non d’entamer le processus d’Oslo ayant abouti à la mise en place de l’Autorité Palestinienne sur une partie du territoire palestinien, la question mérite d’être posée.

Mais la vraie question ici est de savoir si la condamnation de la «normalisation» est compatible avec le maintien de rapports fraternels avec une Autorité Palestinienne qui a reconnu Israël et qui continue de négocier avec lui et avec une OLP qui n’a pas dénoncé les accords d’Oslo. La logique voudrait donc que la condamnation de la «normalisation» s’accompagnât obligatoirement avec la rupture de toute relation avec l’Autorité Palestinienne et l’OLP. Tel n’est pourtant pas le cas.

Dès 1993, Jacques Berque avait exprimé ses doutes quant à la réussite du processus d’Oslo et souligné la « grave dissymétrie qui affecte l’échange entre la reconnaissance de l’État d’Israël par l’OLP et la reconnaissance de l’OLP seulement, qui n’est pas un État, par Israël». Certains comme Edward Saïd sont allés jusqu’à traiter Arafat de Pétain palestinien en estimant que les «accord d’Oslo sont destinés à maintenir les Palestiniens dans un état de soumission perpétuelle à Israël». Or Yasser Arafat a été élevé presque partout dans le monde arabe au rang de martyr et du sacré. Entre-temps, Israël continue son travail de sape en érigeant un double mur protecteur: l’un en béton, l’autre en chair humaine palestinienne en jouant délibérément et avec quelle réussite avec les divisions palestiniennes et arabes.

Habib Touhami

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bonnnb

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