Lorsque la BBC a demandé à la journaliste libanaise Nada Abdelsamad de réaliser une série de reportages sur les communautés religieuses du Liban au lendemain de la guerre de 2006 avec Israël, cette intrépide journaliste – qui appartient à une génération de Libanais qui n’ont jamais rencontré un concitoyen juif de leur vie – a décidé de parler aux Juifs qui avaient quitté le pays et à certains de leurs anciens voisins.
« Wadi Abou Jamil: Des Histoires de Juifs du Liban » est le résultat de ses rencontres. Une collection de vingt et un récits sur la vie des Juifs dans Wadi Abou Jamil, le quartier juif – situé dans le centre de Beyrouth – aujourd’hui en ruine. Les histoires retracent la vie d’une communauté juive qui avait sa place dans la mosaïque des groupements ethniques et religieux du Liban aux côtés des Chrétiens et des Musulmans.
Depuis sa parution en décembre dernier aux éditions El Nahar – l’un des principaux éditeurs du Liban- ce livre est devenu un best-seller.
Abdelsamad a interviewé des Juifs d’origine libanaise au Canada. « C’était la première fois que je m’entretenais avec des Juifs libanais.
J’ai été profondément touchée de leur amour pour le Liban et de leur désir d’y retourner et y passer leur retraite si la situation le permettait. Cela a bouleversé mes repères. Jusqu’à présent, pour moi, l’attachement d’un Juif pour un pays n’était associé qu’à l’Etat d’Israël. C’est un livre avec des histoires vraies, mais écrit comme un roman », a déclaré Abdelsamad au site libanais Nowlebanon.
Parmi les histoires racontées dans le livre, on trouve le récit d’une famille juive qui possédait le seul poste de télévision à Beyrouth et dont la maison était devenue une sorte de cinéma où Musulmans, Chrétiens et Juifs se réunissaient pour regarder la télévision. Une autre histoire est celle du médecin juif, le Dr Chams, surnommé le «médecin des pauvres » par les Musulmans et les Chrétiens et qui auscultait gratuitement les patients indigents.
Parmi ces histoires de Juifs du Liban, celle de Marco Mizrahi a marqué les anciens du quartier Wadi Abou Jamil.
Mizrahi est enfant quand, après 1967, sa famille décide d’émigrer en Israël et qu’il confie à son meilleur ami qu’ils ne se reverront jamais plus. Puis, en 1982, lors de l’invasion israélienne de Beyrouth, Marco revient… sur un char, comme soldat ! Sur lui, la liste de toutes les connaissances de ses parents. De leur part, il se rend au quartier Wadi pour prendre de leurs nouvelles et s’inquiéter de son ami d’enfance. Les voisins l’informent que ce dernier a émigré dans les pays du Golfe.
La couverture médiatique du livre semble avoir déclenché les souvenirs de certains Juifs libanais qui ont quitté le pays il y a longtemps.
L’un parmi eux a envoyé ce message sur un site libanais : «Merci pour la publication de ce livre, J’ai quitté le Liban il y a 40 ans, mais mon âme, mes rêves, mon enfance sont toujours dans le Wadi Abou Jamil. Je me considère très chanceux d’avoir vécu à Beyrouth, d’y avoir eu des amis de toutes confessions ».
Ftouh Souhail , Tunis