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Le roman de l’Israélien David Grossman, “Une femme fuyant l’annonce” (Seuil), a été sacré meilleur livre de l’année 2011 par le magazine français Lire.

David Grossman avait déjà été récompensé quelques jours plus tôt par le Médicis étranger.

Dans ce livre, l’écrivain israélien décrit une femme qui, pour éviter d’apprendre la mort de son fils soldat, quitte son foyer. Pendant qu’il écrivait ce roman, son propre fils a trouvé la mort pendant la seconde guerre du Liban en 2006.

Ora, tout juste séparée de son mari, est mère de deux grands fils. L’un des deux ne lui adresse plus la parole, et est parti avec son père à l’autre bout du monde. Le second, Ofer, et elle sont très proches. Alors qu’il vient juste de terminer son service militaire. Il s’engage volontairement dans une opération importante et risquée de 28 jours.

Morte d’inquiétude dans le contexte lourd et difficile de l’Israël contemporaine, elle décide d’aider son fils à survivre, en fuyant la maison, et ainsi les hommes qui viendront lui annoncer sa plus grande peur, la mort de son fils. Elle s’engage donc, avec son amour de jeunesse, dans une randonnée à l’aveugle, au coeur de la Galilée.

Dans Une femme fuyant l’annonce, Ora, elle, ne veut pas, ne peut pas, faire face. Son fils Ofer s’est porté volontaire pour une opération d’envergure dans les territoires. Terrorisée à l’idée que les “messagers”, réincarnations des Erinyes antiques, viennent lui annoncer la mort d’Ofer avec leur formule rituelle et glaciale – “à telle heure, au lieu X, votre fils Ofer, qui exécutait une mission opérationnelle…” -, Ora prend la fuite. Elle entraîne avec elle son amour de jeunesse, Avram, dans une randonnée éperdue. Elle fuit pour conjurer le sort, échapper à l’ange de la mort porteur de la nouvelle funeste.

Si Une femme fuyant l’annonce est d’abord le portrait d’une femme (et quel portrait !) ce livre n’est pourtant qu’une histoire qui a commencé par un hasard.

Le roman était presque achevé quand, le 12 août 2006, David Grossman a appris la mort de son fils Uri, tué aux dernières heures de la deuxième guerre du Liban. “Après la semaine de deuil, je me suis remis à écrire. (…) Ce qui a changé surtout, c’est l’écho de la réalité dans lequel la version finale a vu le jour”, confie le romancier dans une note à la fin du livre. Ecrire lui a permis de survivre, d’affronter l’impensable réalité.

Pour se faire une idée de la puissance de ce livre, je vous cite simplement ces critiques, au dos du livre :
» Une femme fuyant l’annonce est un livre d’une force et d’une intensité extraordinaires, c’est LE chef-d’œuvre de David Grossman. Flaubert a créé son Emma, Tolstoï son Anna, et à présent Grossman son Ora – un être pleinement vivant, parfaitement incarné […] Sidérant, magnifique, inoubliable » Paul Auster

« Parmi tous les écrivains que j’ai lus, David Grossman est sans doute le plus doué. Doué, non pas seulement de par son imagination, son énergie, son originalité, mais parce qu’il accède à ce qu’il accède à ce qui est proprement indicible, parce qu’il sait lire à l’intérieur d’un être et découvrir la singulière essence de son humanité » Nicole Krauss

Si j’ai choisi ces critiques, c’est parce qu’elles correspondent parfaitement à ce que je pense du livre. C’est le premier livre que j’ai envie de relire encore, tant les personnages sont forts, et impressionnants.

Ftouh Souhail

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