| More

Ziad Doueiri

Le réalisateur libanais Ziad Doueiri est un homme débordant d’humanité et surtout courageux. Il aurait pu être inconnue et son nom ne serait peut-être jamais sorti de l’ombre. Les diplomates antisémites de la Ligue Arabe ne lui pardonnèrent pas d’avoir braver le tabou de la “normalisation” avec Israël.

Le film “L’attentat” de ce réalisateur a été interdit de diffusion dans les 22 pays de la Ligue Arabe, dont fait partie le Liban. La raison de cette censure : une partie du film a été tournée à Tel Aviv. ce que proscrit formellement le Bureau de boycottage d’Israël de la Ligue Arabe. Le réalisateur libanais, de 49 ans, a aussi fait appel à des acteurs israéliens. 

“Le Bureau de boycottage d’Israël a mené une attaque répugnante contre mon film, en m’étiquetant ‘sympathisant sioniste’ dénonce le réalisateur.

“J’ai effectivement filmé une partie du film à Tel Aviv parce qu’une partie de l’histoire se déroule là-bas. J’ai eu recours à des acteurs israéliens parce qu’il s’agissait de mon choix artistique. Je n’ai aucun regret et je n’ai pas d’excuses à faire”. “L’ignorance a gagné […]. Je suis consterné, j’ai honte d’être Libanais.” poursuit-il.

C’est la première fois qu’un cinéaste libanais transgresse ce tabou d’aller tourner en Israël avec des Israéliens.

Le film raconte l’histoire d’un médecin arabe-israélien, le docteur Amin Jaafari. Il vit dans un quartier aisé de Tel-Aviv, marié à une femme qu’il aime follement. Mais un jour, son monde s’écroule, quand il apprend que son épouse n’était pas simplement une victime de l’attaque mais bien l’auteur d’un attentat-suicide ayant causé la mort de 17 personnes, dont 11 enfants ont trouvé la mort.

Dans un restaurant de Tel-Aviv, la femme s’est fait explosé une charge explosive qu’elle dissimule sous sa robe de grossesse. Toute la journée, alors le docteur Amine opère les nombreuses victime de l’attentat au milieu de la nuit, on le rappelle d’urgence à l’hôpital pour lui annoncer que la kamikaze est sa propre femme !

Dans le film, l’épouse kamikaze est une chrétienne. Ses motivations apparaissent donc politiques et non religieuses. Mais son geste demeure profondément mystérieux.  À travers le cheminement du médecin, qui tente de comprendre comment sa femme a pu perpétrer un tel acte, le réalisateur aborde – de façon nuancée – la question identitaire chez les arabes israéliens.

Une réflexion qui n’est visiblement pas du goût de tout le monde. Le réalisateur a confié avoir été ciblé par des menaces.

Fin avril 2013, le gouvernement libanais, qui avait auparavant autorisé la diffusion du long-métrage, s’est rétracté, souhaitant se ranger derrière l’avis du Bureau de boycottage d’Israël, un comité permanent créé en 1951 par la Ligue arabe chargé de formaliser la censure des produits en provenance de l’État hébreu. L’interdiction a ensuite été étendue à l’ensemble des États membres.

“L’attentat” a été salué dans plusieurs festivals, notamment au Maroc et à Dubaï. Il a en outre remporté le prix du public ainsi que le prix spécial de la critique au 17e festival ColCoa du film français à Hollywood. Le film est sorti le 29 mai 2013 en France et le 21 juin aux États-Unis.

Le Liban refuse toujours de revenir sur sa décision et autoriser la diffusion du film.

Bien que le Quartier général de la Ligue Arabe soit basé au Caire, le bureau de l’organisation en charge du boycott d’Israël se trouve à Damas depuis sa création en 1951. Ce boycott a grandit dans le monde arabe. Il est même devenu une pièce maîtresse de  la stratégie arabe pour la délégitimation de l’État d’Israël.

Souhail Ftouh

L’Attentat Bande annonce

Leave a Reply

*