Avec l’apparition du nouveau coronavirus, beaucoup de juifs tunisiens songent à partir en Israël. A l’île de Djerba, dans le sud du pays, l’avenir de l’une des dernières et plus anciennes communautés juives du monde arabe est de plus en plus incertain.

Le coronavirus risque de nourrir une nouvelle vague d’exode vers Israël. Depuis plusieurs jours, les juifs de Djerba ont arrêté de travailler pour respecter la discipline du confinement.

Confinée pour cause l’épidémie, la très pieuse communauté juive de Djerba est déjà victime du marasme économique tunisien depuis 2010.

Déménager en Israël, où les Juifs peuvent automatiquement obtenir la citoyenneté, est une option de plus en plus envisagée, mais elle augure peut-être la fin de l’une des dernières sociétés juives du monde arabe.

Les Djerbiens, très attachés à la synagogue de la Ghriba sont réputés pour être extrêmement pieux et se considèrent comme les gardiens de leurs traditions juives millénaires. 

Mais cette année il n’ y aura pas de pèlerins dans la synagogue de la Ghriba.

Entre 2010 et 2018, 159 juifs Tunisiens ont fait leur alyah selon les données de l’Agence juive, chargée d’accompagner les candidats à l’Alyah (Olim). 

Les juifs de Tunisie sont autorisés à monter en Israël en vertu de la loi du retour. Celle-ci accorde aux juifs qui le souhaitent la citoyenneté israélienne, dans le but de renforcer le rôle du pays comme foyer du peuple juif.

L’Alyah [littéralement “ascension” en hébreu, NDLR]  ou immigration en Israël se fait selon des formalités très précises. Cette procédure doit impérativement être suivie pour obtenir la citoyenneté israélienne.

Sachant qu’il faut normalement un an, voire plus, pour préparer son Aliyah, surtout s’il s’agit d’une famille, on peut affirmer que la tendance pourrait prendre son essor dans les mois à venir.

La morosité économique et l’instabilité sécuritaire de la Tunisie produisent plus d’émigration

Un très fort sentiment d’insécurité, de malaise économique et maintenant de crainte de l’épidémie risque d’augmenter les candidats à l’alyah.

Ils sont de plus en plus nombreux les juifs tunisiens qui souhaitent se installer en Israël et à solliciter le Ministère de l’Alyah et de l’Intégration et l’Agence Juive.

« Les choses vont mal en Tunisie, mais c’est notre objectif et notre rêve depuis des années. Nous sommes donc venus en Israël même si nous savions qu’il ne serait pas facile d’arriver jusqu’ici. Et ça ne l’a pas été », rapporte Arry Haddad qui est arrivé depuis 3 mois.

Il s’exprimait par Messenger depuis Beer-Sheva.

« On se demandait s’ils allaient nous laisser partir et quand nous sommes arrivés à l’aéroport de Rome, j’étais rassurée» ajoute le jeune homme qui commence sa nouvelle vie professionnelle.

« Nous sommes ravis d’être ici » se réjouit ce Djerbien.

« La Tunisie n’est pas sûre pour nous, c’est pour ça que je suis arrivée en Israël» indique une mère de deux enfants âgée de 35 ans qui a refusé de révéler son identité.

« J’étais effrayée depuis 2010. C’était intimidant de vivre dans un pays qui ne reconnait pas ton identité culturelle. Nous vivions dans un pays où l’antisémitisme était la norme» dit cette femme qui vit actuellement dans la communauté francophone de Guivat Schmuel.

Depuis son appartement de location, elle dit qu’elle a fait son alya en octobre 2019 ” par sionisme et par ambition professionnelle“.

Elle souhaite maintenant obtenir une bourse et étudier pour devenir ingénieur dans le high-tech. Elle veut percer dans la technologie, secteur phare en Israël. Elle compte intégrer la prestigieuse école Technion, pour se faire vite embaucher par une start-up.

Depuis sa première semaine elle a obtenue sa carte de crédit.«  J’encourage tous les olim ou futurs olim de Tunisie à ne pas s’inquiéter » rassure t-elle.

Le gouvernement israélien facilite en effet l’intégration des olim. Billet d’avion offert (avec supplément bagage), sal klita (panier d’intégration) d’environ 4.000 euros pour une personne seule, cours de langue dans une oulpan (école d’hébreu intensif), bourses d’études, stages de formation, réductions de taxes et d’impôts en tous genres, sécurité sociale gratuite la première année…

Raphael, 25 ans, un tunisien de Tozeur,qui a fait son alyah en juin 2019 depuis Paris a déclaré que son arrivée en Israël avait été une expérience surréaliste.

Cet ingénieur informatique apprend l’hébreu très vite et il va rejoindre, en mai 2020, une unité d’infanterie lors de son service militaire, pour se faire très vite embaucher par une société informatique.

Comme beaucoup d’immigrants, il a été reçu à l’aéroport avec l’aide de Nefesh B’Nefesh, une organisation qui aide les personnes à immigrer en Israël et à s’adapter à la société sur place.

L’aventure israélienne ne s’arrête pas avec le Coronavirus

Selon l’Agence juive, l’organisation à but non lucratif qui encourage et promeut les liens de la diaspora et l’immigration en Israël, plus de 800 nouveaux immigrants sont arrivés depuis le début du mois de mars 2020, et 200 autres sont attendus avant le début de la fête de Pessah le 8 avril.

Le centre d’appel international de l’organisation reçoit des centaines d’appels par jour, et bien qu’il « fonctionne en mode urgence », seulement une centaine de nouveaux immigrants ont annulé leurs projets, d’après un porte-parole.

Alors que le nouveau coronavirus s’est répandu dans le monde entier, tuant près de 35?000?personnes (au 30 mars), Israël n’a pas été épargné. Au cours des dernières semaines, le gouvernement a imposé une série de mesures de plus en plus sévères en matière de distanciation sociale, dont le point culminant est l’interdiction, pendant une semaine, pour la plupart des Israéliens de se déplacer à plus de 100 mètres – la longueur d’un terrain de football – de leur domicile.

Selon le Coronavirus National Information and Knowledge Center, un consortium local de chercheurs conseillant le ministère de la Santé, 46,9?% des Israéliens contaminés l’ont été à l’étranger. Cette réalité a incité le gouvernement à exiger que tous les voyageurs entrant dans le pays se mettent en quarantaine pendant deux semaines à leur arrivée. Cela inclut les nouveaux immigrants comme la famille ….

« L’alyah n’a jamais été arrêtée sous aucune situation d’urgence dans l’État d’Israël », a expliqué le porte-parole de l’Agence juive. « Nous ne dissuadons pas les immigrants de venir actuellement, mais ils doivent savoir que les règles sont un peu différentes ».

En plus de la quarantaine obligatoire de deux semaines, les immigrants doivent signer une déclaration selon laquelle ils disposent d’un endroit où ils peuvent rester confinés.

L’Agence juive dit contrôler quotidiennement par téléphone les immigrants en situation de quarantaine.

De nombreux nouveaux arrivants sont arrivés par l’intermédiaire de Nefesh B’Nefesh avaient déjà des appartements ou des parents chez qui séjourner. D’autres, comme un groupe de 72 immigrants éthiopiens arrivés cette semaine,ont été placés dans une auberge de jeunesse convertie et équipée pour la quarantaine.

De même, Nefesh B’Nefesh, dont le personnel travaille désormais à distance, surveille ses clients, passe régulièrement des appels téléphoniques et envoie même des provisions au domicile des nouveaux arrivants sans réseau de soutien préexistant.

« Nous veillons à ce que les besoins fondamentaux de chacun soient satisfaits », indique Zev Gershinsky, vice-président exécutif de Nefesh B’Nefesh.

Nefesh B’Nefesh a mis l’accent sur l’emploi des nouveaux arrivants. Comme le gouvernement ferme de larges pans de l’économie israélienne, ces derniers auront plus de difficultés à subvenir à leurs besoins.

« Nous redoublons d’efforts pour trouver de plus en plus d’entreprises qui recrutent et nous en faisons part sur notre site d’offres d’emploi », explique M. Gershinsky.

Souhail Ftouh

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