Une clause interdisant la circoncision a été retirée d’un projet de loi en Finlande. Les Juifs finlandais et les musulmans ont fait cause commune contre ce projet de loi. La circoncision est faite dans la religion juive la (Brith Milah) et dans la religion musulmane le (Khitan en arabe classique), mais elle n’a pas le même sens pour les juifs et pour les musulmans.

Le Parlement finlandais a retiré une clause interdisant la circoncision non médicale d’un texte de loi sur les mutilations génitales sur les femmes, après des pressions exercées par les Juifs et les musulmans du pays et d’Europe.

La mesure appelant à « clarifier » l’interdiction de ces mutilations en Finlande a été adoptée le 11 novembre 2020 par le Parlement.

Des amendements auraient potentiellement limité ou interdit la circoncision non médicale, a expliqué Yaron Nadbornik, président du conseil général des communautés juives finlandaise.

Son organisation a pris contact avec Milah UK, un groupe de défense britannique qui a des représentants au ministère des Affaires étrangères, a dit Nadbornik.

Le Congrès juif européen a également participé aux efforts déployés pour faire retirer cette clause, initialement ajouté par la commission parlementaire des affaires légales, dirigée par Leena Meri, du parti populiste Parti des Finlandais.

Juifs et musulmans se sont ouvertement opposés aux tentatives d’interdiction de la circoncision non médicale en Europe, une interdiction proposée les partis anti-immigration de droite et des partis progressistes, qui considèrent que c’est une violation des droits de l’enfant.

La nouvelle loi finlandaise stipule que la question de la circoncision devra être « clarifiée » dans le futur, mais Nadbornik a affirmé que « l’interdiction a été évitée, pour le moment ».

Quelque 50 000 Finlandais favorables à une loi spécifique contre les mutilations génitales féminines dans le code pénal ont signé une pétition qui a donné lieu à ce projet de loi. Les mutilations sont sanctionnées par la loi comme coups et blessures graves.

La Finlande est un État-membre de l’Union européenne, soumise aux décisions de la Cour européenne de justice.

En Finlande la production de viande casher – comme de viande halal – et les méthodes rituelles d’abattage y sont considérées comme cruelles.

La circoncision juive et musulmane

Chez les juifs, la circoncision a été prescrite par Dieu à Abraham comme signe de l’alliance (Gen 17/10).

C’est le signe physique de l’alliance avec Dieu. Il faut « être » circoncis pour bénéficier des promesses de l’alliance. Elle est le signe de l’appartenance au peuple juif. C’est un rite qui agrège dès leur naissance tous les mâles à la communauté juive. La Tora (Lev 12/3) demande de circoncire les garçons le 8ème jour après la naissance. Généralement, la veille de la circoncision, on se rassemble dans la maison de l’enfant pour un repas et une soirée d’étude de la thora.

La brit mila fait également partie du processus de conversion des hommes qui se convertissent au judaïsme. La circoncision “brith milah” consiste dans l’ablation du prépuce. Seule une personne qualifiée, le “mohel”, sur délégation du père, peut pratiquer cette opération.

Chez les musulmans, la circoncision est dite Khitan en arabe classique et “Touhour” ou “Tahara” (purification) en arabe dialectal. Le rituel de la circoncision existait avant l’Islam et le prophète Muhamet n’est pas l’instigateur de cette pratique. La circoncision n’est pas demandée par le Coran, elle ne bénéficie pas d’un statut privilégié en Islam, contrairement à la religion juive : aucune prière ne l’accompagne.

Ainsi donc, “la circoncision est davantage une pratique des musulmans qu’une pratique de l’Islam”. Les musulmans sont circoncis, il s’agit de marquer l’appartenance au groupe. La tradition (sunna) encourage très vivement la circoncision. Elle symbolise à la fois la descendance d’Abraham et l’entrée du circoncis dans la communauté des croyants.

L’âge de la circoncision dans l’Islam est différent selon les régions. Elle s’accomplit à quelques semaines après la naissance en Arabie, de 5 à 8 ans en Algérie, de 9 à 10 ans en Egypte méridionale et de 10 à 15 ans chez les Sénégalais.

La communauté juive finnoise est bien épanouie

La Finlande est peut-être le seul pays européen où les Juifs ont connu une sécurité sans interruption depuis le début de leur présence sur le territoire. Le pays n’a connu aucune agression physique contre les Juifs depuis des décennies et les discours de haine antisémites y sont également rares. Le néo-nazisme y est un phénomène marginal sans réelle présence de rue et le jihadisme n’y est pas une question majeure : Contrairement à ses voisins nordiques, ce pays de 5,4 millions d’habitants n’a pas ouvert ses portes à l’immigration musulmane. Il y aurait environ 54 000 musulmans en Finlande et 1 400 Juifs. Etre pro-israélien est probablement moins controversé en Finlande que partout ailleurs en Scandinavie nordique.

Ces dernières années, le Finlande et le Danemark ont émergé comme étant les alliés les plus proches de l’Etat juif dans cette région, où le conflit israélo-palestinien a terni la réputation d’Israël et les relations diplomatiques avec la Suède, la Norvège et l’Islande. En 2018, la Finlande, pays innovateur en hautes-technologies et en communications avec peu de ressources naturelles, achète des missiles navals Gabriel fabriqués en Israël. Il s’agit d’un accord énorme estimé à 500 millions de dollars.

Démocratie de l’Union européenne dont la frontière avec la Russie est plus longue que la distance entre New York et Chicago, la Finlande, durant la guerre froide, s’est appuyée sur des siècles d’expérience diplomatique pour définir une ligne de prudence, indépendante des deux blocs, avant de s’aligner pleinement sur l’Occident suite à l’effondrement de l’Union soviétique.

La Finlande compte des dizaines de milliers de musulmans

Les musulmans sont arrivés en Finlande dans les années 1960 et 1980. Suite à une augmentation de la population musulmane au cours de cette décennie, la Communauté islamique de Finlande a été créée en 1986. Dans les années 90, des migrants venus de Somalie, d’Irak et de l’ancienne Yougoslavie, sont venus en Finlande où vivent actuellement environ 55,000 musulmans.

Ici les musulmans ne se sentent pas en contradiction avec les Finlandais. La plupart des politiciens finlandais ne considèrent pas nécessaire d’interdire l’hijab. Cela place la Finlande dans une meilleure position en ce qui concerne le statut juridique des musulmans par rapport à certains autres pays européens comme la France, les Pays-Bas ou la Belgique. 

Historiquement, les musulmans finlandais étaient presque entièrement constitués de Tatars finlandais, mais maintenant ils comprennent d’autres groupes de population, dont des Arabes, des Somaliens, des Kurdes, des Turcs, des Kurdes, des Turcs, des Iraniens, des Bosniaques et des Albanais. 

En 2016, le Centre de recherche Pew a estimé qu’environ 2,7% des 5,5 millions d’habitants de la Finlande étaient musulmans, mais ce chiffre pourrait atteindre 3,4% d’ici 2050.

De plus en plus souvent, l’on peut croiser des femmes voilées dans les rues finlandaises. Cela est dû en partie à la récente vague d’immigrés et de demandeurs d’asile originaires de pays musulmans, constatée depuis 2015, et en partie à la conversion de Finlandaises à l’Islam.

En outre, une enquête de 2018 a révélé que près des deux tiers des Finlandais (62%) pensent que l’islam est fondamentalement incompatible avec la culture et les valeurs de la Finlande. En outre, plus d’un quart ont déclaré qu’ils n’accepteraient jamais un musulman en tant que membre de leur famille, alors que 14% s’opposaient à l’idée d’avoir des musulmans comme voisins.

Souhail Ftouh

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