Un nouveau documentaire sur la troisième génération de juifs marocains en Israël à travers l’angle de la musique juive marocaine vient de paraître. « Dans tes yeux, je vois mon Pays » est le nouveau documentaire de Kamal Hachkar, qui a été présenté dans la section “Panorama marocain” à la 18ème édition du Festival International du Film de Marrakech (FIFM), entre le 29 novembre et le 7 décembre 2019.

Dans son nouveau documentaire, ce cinéaste marocain invite les jeunes à recréer des ponts avec le pays de leurs ancêtres, en jetant la lumière sur la diversité culturelle du Maroc, à travers l’héritage musical judéo-marocain.

Dans son nouveau film, Kamal Hachkar s’intéresse à la jeunesse, à travers le portrait de deux artistes, le couple de Neta Elkayam et Amit Haï Cohen, qui réinvestissent leur identité marocaine, par le biais de la musique et la langue, en chantant le patrimoine musical judéo-marocain, pour réparer les blessures de l’exil vécu par leurs parents et défier la fatalité de la grande Histoire qui a séparé leurs parents.

L’idée est de s’interroger sur ce qu’on fait, aujourd’hui, pour les jeunes générations qui veulent recréer des ponts entre les jeunes musulmans et juifs par la musique et la culture.

C’est aussi une manière de réparer cette histoire brisée et de recréer des liens, dans un monde où il y a des replis communautaires et des guerres dans plusieurs régions. Pourtant, le Maroc a une histoire incroyable autour de cette diversité culturelle.

L’héritage musical judéo-marocain est aussi un moyen pour mettre la lumière sur la diversité culturelle qui existe au Maroc. Il s’agit donc de montrer la richesse du patrimoine à travers la musique et c’est ça la beauté du Royaume.

Kamal Hachkar : «Notre diversité culturelle est une cure contre l’obscurantisme »

«Je peux dire qu’il y a de plus en plus, une prise de conscience de l’Histoire, les gens commencent à comprendre que ce qu’on leur a enseigné à l’école n’est pas vrai, et que le Maroc n’est pas seulement arabo-musulman, c’est un pays de diversité. Je trouve que notre diversité culturelle est une cure contre l’obscurantisme et contre les gens qui veulent nous faire croire qu’il y a une seule identité unique » dit Kamal Hachkar qui est aussi historien de formation.

Le documentaire « Dans tes yeux, je vois mon pays » aborde donc une partie peu connu sur l’histoire culturelle juive du Maroc. Le Royaume à travers son histoire a eu ses hauts et ses bas, il n’a pas été tout le temps un fleuve tranquille, quant au rapport entre musulmans et juifs. Ce documentaire appelle à la fraternité et à une ouverture sur l’Autre, à travers le chant et la musique parce qu’ils sont universels et n’ont pas de frontières.

Ce documentaire, consécration de 7 années de travail, parle donc de vrais personnages et d’un vrai vécu. D’ailleurs, il n’y avait pas beaucoup de documentaires sur cette thématique déjà.

Ce documentaire était produit grâce au soutien de la Fondation Hassan II, la Fondation Aicha et la Fondation jardin Majorelle.

Dans son premier film : « Tinghir-Jérusalem : les échos du Mellah » le réalisateur Kamal Hachkar revient dans le village où il est né en 1977 « dans une maison en terre, c’est important de le dire pour moi » de Tinghir au Maroc. Son grand-père lui raconte que dans ce village de berbères, juifs et musulmans vivaient côte à côte.

Le « Tinghir-Jérusalem : les échos du Mellah » est rentré dans l’histoire du patrimoine cinématographique, il fait aussi objet d’études, dans les universités aux Etats-Unis et en France.

Les groupes pro-palestiniens dénoncent le documentaire

Les groupes anti-israéliens au Maroc ont commencé à se mobiliser pour limiter la diffusion de nouveau documentaire  » qui porte un agenda sioniste » selon eux.

Ils dénoncent le fait le réalisateur est parrainé par des parties très influentes de l’État marocain et des secteurs publics de la culture et des médias,ce qui selon eux est très douteux quant au véritable programme d’un tel parrainage extraordinaire.

Ils reprochent à Kamal Hachkar d’essayer toujours de lier la présence sioniste d’occupation de la Palestine avec la «communauté amazigh marocaine» de la manière à perdurer l’occupation.

Ils lui reprochent aussi son intérêt sur la présence de Marocains dans l’État d’Israël, qui est considéré comme
une liquidation de la Palestine.

Dans le même contexte, l’Observatoire marocain contre la normalisation a renouvelé l’affirmation selon laquelle de tels films de propagande n’ont rien à voir avec le travail documentaire ou médiatique professionnel, mais ne sont que des outils entre les mains de serviteurs sionistes ici au Maroc pour transmettre le processus de lavage de cerveau aux Marocains et radier histoire de la Palestine.

L’Observatoire marocain contre la normalisation prétend que «La porte des Maghrébins de la vieille ville de Jérusalem est un témoignage du lien arabe avec cette ville.» a-t-il déclaré

L’Observatoire marocain contre la normalisation insulte même les juifs marocains en Israël en les qualifiant de « quelques centaines de milliers de sionistes, terroristes d’origine marocaine », a-t-il ajouté.

Il dénonce aussi le concept« le concept de la soi-disant composante hébraïque dans la constitution marocaine, et la prise en compte des sionistes comme citoyens à part entière du Maroc ici au Maroc et là-bas en L’entité de l’occupation»


La passion de Kamal Hachkar pour l’histoire juive du Maroc

Kamal connaissait peu l’histoire des juifs au Maroc. Arrivé en France à l’âge de six mois, il a fait sa scolarité en France. Kamal suit son père, ouvrier dans les centrales nucléaires. Sa famille pose ensuite ses valises à Dieppe en Normandie. En classe de quatrième, sa rencontre avec un prof d’histoire lui ouvre une foule de questionnement : « il m’a conscientisé politiquement, m’a poussé à ouvrir mes lectures. » C’est avec ce professeur qu’il étudie la Shoah et se passionne pour cette époque.

En tant qu’artiste, il veut aujourd’hui combattre les discours obscurantistes par ses films. C’est son combat, celui de revenir aux fondamentaux de la culture musulmane, celle qui au Maroc a vu pendant 2000 ans la cohabitation entre juifs et musulmans.

Kamal est aussi prof d’histoire en banlieue parisienne se décide à entrer en master 2 des mondes musulmans dans l’optique de faire un travail sur cette communauté juive berbère de Tinghir qui a quitté le Maroc pour Israël dans les années 60.

Le patrimoine judéo-marocain constitue l’une des richesses du patrimoine culturel marocain. Si des musées lui sont dédiés d’autres accueillent en leur sein un espace mettant en exergue cet héritage.  C’est le cas du musée Mouassine à Marrakech dédié au patrimoine musical marocain qui a été inauguré le 8 décembre 2019, en présence d’une invitée de marque : Izza Génini, productrice de nombreux films documentaires sur la richesse musicale marocaine mais aussi le patrimoine historique de la culture judéo-marocaine.

Malgré les vicissitudes de l’histoire, le Maroc assume donc son identité plurielle. Loin d’être un phénomène nouveau, cette attitude est le produit de son histoire. «Il n’y a pas de juifs au Maroc, il n’y a que des Marocains», avait répondu le Sultan Mohammed Ben Youssef au régime de Vichy, complice de l’Holocauste pour l’Allemagne nazie.

Il n’y a pas de juifs au Maroc donc. Mais vous l’aurez compris, loin d’être une négation de la présence de citoyens de confession juive au royaume, cette déclaration était un acte de résistance et de protection de cette minorité religieuse au sein du royaume.

Parmi les 600 000 Marocains de confession juive en Israël, beaucoup se montrent, encore aujourd’hui, reconnaissant du lien indéfectible avec ce Maroc qui ne les a pas livré aux nazis. Beaucoup de juifs à travers le monde ont préservé le legs culturel judéo-marocain.

Souhail Ftouh