L’OTAN pourrait élargir la coopération avec l’Etat hébreu. Le secrétaire-général de l’organisation, Fogh Rasmussen, a rencontré ce Jeudi 10 février 2011 le Premier ministre, Binyamin Netanyahu, et le ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman.
Le chef de la diplomatie a assuré Rasmussen de la volonté de l’Etat hébreu de se rapprocher de l’OTAN. Une nécessité, selon lui, à l’heure des bouleversements attendus dans la région.
« Ces événements prouvent que l’Occident, et surtout l’OTAN, n’ont qu’un seul allié fiable au Proche-Orient : Israël », a t-il affirmé dans un communiqué.
Israël tient à être proche de l’OTAN. Il ne prend plus de grands airs avec les alliances militaires. Il ne veut plus rester à l’écart des organisations militaires de l’Occident. Israël est devenu ainsi le premier pays non européen et le premier pays du Moyen-Orient à coopérer avec l’OTAN à un niveau aussi crucial.
Fondée un an seulement après l’État hébreu, l’OTAN est composée de pays chrétiens, avec la Turquie comme seule exception à partir de 1952. Aucun membre de l’OTAN n’a exprimé d’objection fondamentale quant à l’existence de l’État hébreu et la plupart ont voté en faveur de sa création.
Une majorité d’Israéliens estime que le rapprochent à l’OTAN renforcerait à la fois la sécurité d’Israël et la puissance stratégique de l’OTAN. Au cours des années 1950, de nombreux Israéliens considéraient que le monde arabe représentait pour eux un danger de mort. Recherchant des alliés, ils auraient été très heureux de voir leur pays adhérer à l’OTAN ou en devenir un membre affilié (1). Un dessin humoristique de l’époque, publié dans le grand quotidien israélien Ma’ariv, illustre bien ce désir.
D’après le magazine militaire britannique, Jane’s, la « position géographique » d’Israël fournissait à l’OTAN une base extérieure pour défendre l’Occident, pendant que la puissance militaire et économique de l’OTAN avait la capacité d’accroître la sécurité et le potentiel économique du « pays d’accueil ».
En juin 2005, Israël participa à des manœuvres sous-marines au large des côtes de Tarente, en Italie. A l’époque, des sources U.S. indiquèrent qu’Israël cherchait à élargir le « champ de son alliance stratégique » avec l’OTAN, dans la perspective d’une totale adhésion à l’OTAN. Les forces terrestres israéliennes participèrent également à des manœuvres de l’OTAN sur deux semaines et demie, en Ukraine. En 2006, Israël déclara à l’OTAN qu’il voulait participer « activement aux efforts opérationnels » menés par l’OTAN en Méditerranée, et donc, à la campagne pour « affronter le terrorisme ».
Peu après, Israël accueillit et pris part à trois exercices militaires avec l’OTAN et assista à une conférence des commandants des forces aériennes de l’OTAN. The Wall Street Journal parla de liens renforcés entre l’OTAN et Israël. Il citait Uzi Arad, fondateur du Forum atlantique d’Israël, qui affirmait qu’Israël tirerait profit d’une adhésion à l’OTAN. The Washington Post, lui, argua que de nombreux pays en Europe soutenaient l’adhésion d’Israël mais attendaient que Washington propose une telle initiative.
Tout au long des années 1950 et au début des années 1960, les États-Unis – membre moteur de l’OTAN – redoutèrent de jeter les États arabes dans les bras des Soviétiques en cas de soutien à Israël. Ils rejetèrent donc l’idée même de permettre à l’État hébreu d’adhérer à l’Organisation, et adoptèrent même une politique assez anti-israélienne. Ils refusèrent d’abord de vendre des armes à Israël, politique maintenue jusqu’après le bouleversement de l’équilibre militaire au Moyen-Orient suite à « l’accord sur les armes tchèques » de 1955.
Jérusalem parvint à maintenir des relations diplomatiques normales avec la plupart des membres de l’OTAN, y compris avec la République fédérale d’Allemagne à partir de 1965. Avec la France, des relations particulières s’établirent dès 1955. Avant l’arrivée à leur terme, au milieu des années 1960, ces relations permirent à Israël d’acheter les armes nécessaires à sa survie. Les liens en question étaient toutefois entretenus entre Israël et des membres de l’OTAN à titre individuel, plutôt qu’avec l’Organisation en tant que telle.
Vu de Paris et, plus tard, de Bruxelles, Israël était éloigné géographiquement de la partie du monde que l’OTAN était chargée de défendre. Le pays ne disposait pas d’une armée puissante ni de ressources minérales importantes, pas plus qu’il n’occupait une position géographique vitale. Il ne présentait donc pas une grande importance. Vue d’Israël, l’OTAN n’importait pas davantage. Cela apparut clairement au cours de l’été 1956.
Lors de la détérioration des relations franco-israéliennes, dans les années 1960, les États-Unis, désormais dirigés par le président Lyndon B. Johnson, entrèrent en scène. Ils commencèrent à vendre des armes à Jérusalem : d’abord des missiles antiaériens, puis des chars et, finalement, des avions d’attaque également. Après la guerre israélo-arabe de juin 1967, les liens avec Washington se resserrèrent considérablement et Israël devint effectivement un allié d’Israel.
C’est ainsi que, pendant la guerre du Kippour de 1973, les États-Unis envoyèrent leurs avions pour réapprovisionner les Israéliens lors d’un affrontement au cours duquel la survie même de l’État hébreu était menacée. En 1982, les États-Unis signèrent un « protocole d’accord stratégique » avec Israël, où ils installèrent des dépôts. L’OTAN ne fit rien. En 1991, les États-Unis et l’Allemagne, mais non l’OTAN en tant que telle, firent quelque chose pour aider Israël lorsqu’il fut attaqué par des missiles irakiens. Jusqu’à cette année, les forces israéliennes étaient autorisées à participer aux exercices militaires de certains membres de l’OTAN.
Jusqu’à la fin de la Guerre froide, la mission de l’OTAN consistait à défendre l’ « Occident » contre une possible attaque soviétique, bien qu’elle ait toujours refusé d’inclure Israël dans cet « Occident ». L’effondrement de l’Union soviétique a mis un terme à cette mission.
En 1994 Israël a participé au Dialogue méditerranéen de l’OTAN depuis le lancement de cette initiative.
En 2001, Israel est devenu le premier pays participant à signer un accord de sécurité avec l’OTAN, fournissant un cadre pour la protection des informations classifiées.
En décembre 2004, Israël a participé à la première réunion du Dialogue méditerranéen-OTAN au niveau des ministres des Affaires étrangères. Le Secrétaire général de l’OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, s’est rendu en Israël en février 2005. Un premier exercice naval conjoint entre Israël et l’OTAN s’est déroulé en mars, dans les eaux israéliennes. Israël a été admis comme membre de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN en mai et des troupes israéliennes ont participé à des exercices de l’OTAN en Méditerranée et en Ukraine, en juin.
En mars 2006 , Washington à travers James Jones, alors commandant en chef de l’OTAN en Europe, déclara que le déploiement d’avions AWACS (Système aéroporté d’alerte et de contrôle – ndt) de l’OTAN en Israël « était un signal clair à l’Iran ». En mai 2006, huit unités de la marine de l’OTAN arrivèrent à Haïfa pour démontrer « la coopération croissante » entre Israël et l’OTAN.
Fin juin 2006, la commission des Affaires étrangères de la Chambre des Représentants adopta à l’unanimité une décision appelant à resserrer les liens Israël/OTAN. Dès lors, Israël et OTAN acceptaient un projet à long terme pour coopérer sur 27 sites à travers le monde. Israël devint ainsi le premier pays non européen et le premier pays du Moyen-Orient à coopérer avec l’OTAN à un niveau aussi crucial.
Deux mois après la fin de la guerre de 2006 au Liban, un séminaire sur les relations OTAN/Israël se tint à Herzliya. Assistait à ce séminaire, la ministre des Affaires étrangères d’alors, Tzipi Livni, qui déclara qu’Israël aurait préféré que l’OTAN « fasse le travail qu’Israël a fait au Liban ». Et d’ajouter qu’Israël espérait participer aux initiatives locales et régionales de l’OTAN. Le secrétaire général adjoint de l’OTAN, Alessandro Risso, répondit en précisant que la présence d’un officier de liaison israélien au quartier général de l’OTAN à Naples, était un signe de la « coopération capitale » entre l’OTAN et Israël.
A la fin de l’année 2006, Israël obtint un « accord de partenariat » avec l’OTAN qui avait plus de poids qu’aucun accord conclu par l’OTAN avec un pays non européen à ce jour. Pourtant, beaucoup en Israël et en Occident, continuèrent d’appeler à une appartenance totale israélienne à l’OTAN. Un analyste politique russe, Eduard Sorokin, prévint que Washington utilisait la possibilité d’une adhésion d’Israël à l’OTAN comme moyen pour obliger les pays arabes à rester vigilants. Selon la Charte de l’OTAN, toute agression contre un membre de l’OTAN est considérée comme une agression contre tous ses membres. Ainsi, tout futur conflit entre Israël et ses voisins pourrait déclencher un conflit régional plus large et, potentiellement, une guerre mondiale, concluait Sorokin.
The Jerusalem Post indiqua que des liens plus étroits entre Israël et l’OTAN étaient essentiels dans le cas d’une « future confrontation avec l’Iran » (1er avril 2008).
Le 13 janvier 2009, The Jerusalem Post signala qu’Israël lançait une « initiative diplomatique » visant à influencer l’ancienne secrétaire d’Etat US, Madeleine Albright, dans son réexamen de la politique de l’OTAN. En janvier 2009, des officiels israéliens rencontrèrent Albright à Oslo pour discuter de la nouvelle stratégie de l’OTAN. Durant cette réunion, les Israéliens exprimèrent le désir de resserrer leurs liens avec l’OTAN et demandèrent de participer aux réunions de l’OTAN au plus haut niveau. A Washington, certains déclarèrent qu’une fois qu’Israël sera accepté comme membre à part entière de l’OTAN qui aurait alors à commander les missions sécuritaires en Judée Samarie.
En janvier 2009, des officiels israéliens rencontrèrent Albright à Oslo pour discuter de la nouvelle stratégie de l’OTAN. Durant cette réunion, les Israéliens exprimèrent le désir de resserrer leurs liens avec l’OTAN et demandèrent de participer aux réunions de l’OTAN au plus haut niveau.
Avant que ne soit lancée l’opération Plomb durci à Gaza, l’OTAN échangeait déjà des renseignements avec Israël, se partageant ses compétences en matière de sécurité, et organisant des exercices militaires. Israël et l’OTAN coopérèrent également dans les programmes de non-prolifération. L’ancien chef de l’OTAN s’est rendu en Israël en plein milieu de l’offensive d’Israël contre Gaza.
James Jones, conseiller à la Sécurité nationale des Etats-Unis, qui fut commandant de l’OTAN en Europe de 2003 à 2005, déclara qu’il était occupé à l’élaboration d’un projet visant au contrôle des Territoires. Dans l’esprit de ce projet, cela implique un maintien de l’ordre réel sur les zones palestiniennes.
De nouveau le sujet du déploiement d’une force de l4ota, etait évoquée cette semaine.
« L’OTAN accepterait de déployer une force de maintien de la paix entre Israéliens et Palestiniens si les deux parties le demandaient dans le cadre d’un règlement du conflit au Proche-Orient », a déclaré le 9 février 11 le secrétaire général de l’Alliance atlantique.
« Une telle force pourrait intervenir en cas de violation d’un futur accord de paix ou si les deux camps avaient besoin d’une assistance » a précisé Anders Fogh Rasmussen lors d’une conférence sur la sécurité dans la ville israélienne d’Herzliya. Reste qu’en attendant, l’OTAN « ne recherche pas un rôle » dans le processus de paix au Proche-Orient, a assuré M. Rasmussen (2).
Selon un porte-parole du Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahu, ce dernier a discuté avec M. Rasmussen d’une extension de la coopération entre Israël et l’OTAN. Le porte-parole n’a toutefois pas dit si Israël serait favorable à la force de paix évoquée par M. Rasmussen.
Ftouh Souhail
(1) Article original en anglais : When Israel joins NATO, Al-Ahram/Weekly Online – publication n° 984 du 4 au 10 février 2010
(2) « Israël qui se souvient de l’expérience connue avec les soldats de la paix des Nations Unies au Liban (où ils ont principalement servi à protéger le Hezbollah) –demeure plus opposée que jamais au stationnement de troupes de l’OTAN dans les Territoires » voir Martin van Creveld qui a présenté un point de vue israélien des relations entre Israël et l’OTAN (revue de l’hiver 2005).
Martin van Creveld est professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem et l’auteur de nombreux ouvrages classiques sur l’histoire et la stratégie militaires, tels que « Command in War » (1985), « Supplying War » (1977) et « The Sword and the Olive » (1998).


