Le mouvement kibboutzique a fêté ce lundi le centenaire de la création du premier kibboutz, celui de Degania. Le président Shimon Pérès a inauguré pour l’occasion une reconstitution de la première caravane dressée sur place, et des animations musicales ont été organisées dans la soirée.
Le premier kibboutz, Degania, est fondé en 1910. Il est considéré comme la « Mère des kibboutzim ». Le premier kibboutz, au sud du lac de Tibériade, est installé sur des terres achetées par le KKL en 1900. Le groupe qui s’y installe, parmi lesquels des olim de Roumanie, créent dans le cadre de Degania, la première Kvoutsa (groupe), qui va mettre en pratique l’idéal social de la libération de l’homme par le travail de la terre et la fraternité entre les hommes, telle qu’elle s’exprime dans la philosophie sioniste de Aaron David Gordon (1).
Ainsi écrit un pionnier : « Le 28 Octobre 1910, 12 des nôtres arrivent…Nous étions là pour fonder une implantation autonome juive sur le sol de la patrie; une implantation où il n’y aura aucune exploitation de l’homme par l’homme ! ».
Parmi ces derniers, on remarque un petit groupe d’immigrants roumains originaires de Russie , installé sur un bout de terrain acheté alors par le KKL en 1900, à l’Est du Jourdain. Sur ce même terrain se tient le village de Oum-Ghouni, déjà mentionné dans la Mishna sous le nom de « Kfar-Goun », au Sud du Lac de Tibériade.
Cette ferme devient le cadre d’un brassage de pensées et de différents idéaux sociaux, défendus par les mouvements ouvriers. Le kibboutz répondait à une exigence de sécurité et de justice.
Degania, du fait de ses débuts, détient la particularité d’avoir été fondée par la « kvoutza » au sens intime du terme.Sur le modèle de Degania, de nombreux kibboutzim voient le jour dans la vallée du Jourdain.
Degania devient, pour de nombreuses « kvoutza » de la terre d’Israel, comme de Diaspora, le modèle de préparation à la future vie communautaire. Ce sont ces mêmes « kvoutza », qui après leur séjour à Degania, fondent les kibboutzim du pays.
Au départ, Degania cultive des terrains obtenus à l’Est du Jourdain, mais avec la multiplication des implantations dans la vallée du Jourdain, la surface cultivable mise à sa disposition lui est réduite de moitié.
Outre l’exploitation des champs et des vergers, Degania inaugure en 1935 la « Maison Gordon ». Cette dernière pose les jalons des études sur les sciences de la nature et la maîtrise de celle-ci. Les études y sont officiellement ouvertes en 1941.
Lors de la guerre d’agression arabe en 1948, Les membres de Degania veillaient depuis leurs tranchées et sur les positions-Est du kibboutz en observanr les colonnes de l’armée syrienne s’affairer autour de Tel el Qasser – où se trouve aujourd’hui le kibboutz Tel-Qatzir -, position choisie par les Syriens pour y installer l’état-major de leur unité.
Face à une armée équipée de tanks, de blindés et d’avions, les habitants de la vallée du Jourdain font face, soutenus par le renfort du bataillon « Barak » (unité « Golani »). À partir du 15 mai, les Syriens arrosent de tirs de canons et mortiers les implantations de la vallée du Jourdain, de jour comme de nuit, et le 17 mai, ils s’emparent du camp « Heïl Hasséfer », à l’Est de Tzémah.
Au matin du 20 mai, à 4h30, les Syriens attaquent Degania à l’aide de tanks, de blindés et de fantassins. L’attaque commence par un tir d’artillerie lourde puis se poursuit par la sortie de tanks et blindés supplémentaires en direction de Degania. Derrière les tanks se tiennent les fantassins qui, à 200 m des barbelés du kibboutz, stoppent leur avancée.
Malgré le manque de formation et leurs faibles munitions, les membres du kibboutz Degania réussissent à contenir l’assaut, en ciblant étroitement leurs objectifs. À 07h30, l’assaut sur Degania prend fin avec le repli sur Tzémah de l’armée syrienne, qui abandonne sur le terrain munitions et cadavres. Les documents récupérés, ainsi que les comptes-rendus syriens montrent que le bruit provoqué par les tanks est l’un des principaux facteurs qui ont semé désordre et panique dans les rangs syriens.Le même jour à 14h30, les Syriens évacuent Tzémah.
Aujourd’hui 67 des combattant tombés parmi les victimes de la vallée du Jourdain sont inhumés dans le cimetière militaire de Degania.
Après la Guerre d’Indépendance, la surface des terrains arables de Degania est agrandie. À la fin des années 1960, en parallèle de l’industrie agricole, Degania se lance dans la production de matériel relatif au travail de la taille du diamant.
De début 1968 à 1972, Degania, comme le reste des implantations de la vallée du Jourdain, se trouve exposée aux tirs des armées jordanienne et irakienne, ainsi qu’à ceux de l’OLP, et ce de par sa situation géographique, aux pieds des monts de Guilaad.
Degania jouit aujourd’hui du fait que, son emplacement aux bords du lac de Tibériade, elle n’a pas été à ses débuts limitée dans ses besoins en eau. Les conditions climatiques, alliées aux importantes précipitations lui permettent de pratiquer la culture intensive et exclusive, avec des spécialisations telles que la culture des avocats (C’est Feker Mordéhaï et Ilan Benjamin qui inaugurent au kibboutz la culture de l’avocat).
Les premières pousses d’avocats ont été importées de l’Ouest de l’Inde et la culture du fruit implantée dans le pays. Leur exploitation fut le départ d’expériences sur les fruits tropicaux et sub-tropicaux, ce qui donnera naissance, en 1935, à un jardin spécialement aménagé pour la cause (2).
Degania dispose aussi d’un vaste domaine d’exploitation des bananes. Les bananeraies du kibboutz comptent parmi les plus anciennes de la vallée du Jourdain. Leur rendement important s’explique du fait des conditions climatiques comme de la proximité des sources d’eau.
Parallèlement se développe la culture de pamplemousses et des de fleurs. Mais aussi la culture de légumes dont 2 sortes de tomates (une adaptée à l’hiver, la seconde au printemps), pommes de terre, carottes. Degania pratique aussi la pisciculture et élève la carpe.
Degania travaille en collaboration sur la culture des palmiers-dattiers; ces mêmes dattes qui faisaient la gloire de l’antique Terre d’Israël, et qui après leur disparition totale ont été réintégrées dans le paysage agricole du pays, aux débuts des années 1930.
Degania dispose aussi d’une étable qui abrite quelques 500 vaches dont 250 laitières. Récemment, de nouvelles vaches Jersey (petites et de couleur brune) ont été intégrées au kibboutz dans le cadre de recherches organisées par le ministère israélien de l’agriculture (3).
Degania acceuil aussi l’usine de Toolgal qui produit du matériel pour la taille du diamant et abrite un atelier de taille de pierres précieuses. Elle fut créée en 1968 et emploie aujourd’hui 200 personnes.
Le kibboutz dispose aujourd’hui d’un Hotel (Dganya Bet Israel Hotel) et des maisons de vacance de tout genre pour les familles et/ou groupes (4). L’hôtel Kibboutz Degania Bet se situe à 3 km au sud de la mer de Galilée (5).
Le kibboutz Degania, le plus ancien village collectif, créé en 1910, est tout un symbole de vie communautaire. Il symbolise la réuissite de l’expérience collectiviste en Terre promise. Toutes les grandes figures de l’épopée sioniste sont passées ici, de même que le père de l’atome, Albert Einstein.
Il y a aujourd’hui en Israel 268 kiboutzim, abritant 2 % de la population et produisant 15 % des exportations. Véritables « réserves à idéal », ils ont longtemps formé une grande partie des cadres de l’armée et de la classe politique. Neanmoins deux tiers d’entre eux ont déjà opté pour « la métamorphose ». Flambeau du rêve égalitariste aux débuts du sionisme, Degania a aujourd’hui opté pour la privatisation et il est aujourd’hui géré par un PDG.
Ftouh Souhail
(1) Né en Russie, A.D Gordon est un membre du mouvement Hibbat Sion. Il fait son Aliyah en 1904. Il vit à Petah Tikva et à Rishon LeSion avant de s’installer en Galilée en 1919. Il vivra alors dans le kibboutz Degania, où il mourra en 1922.
A.D Gordon passera le plus clair de ses journées à travailler la terre, écrivant son œuvre philosophique et poétique la nuit. Pour lui, le principal changement de l’être juif passe par le travail de la terre :
« C’est le travail qui lie un peuple à son sol et à sa culture nationale.[…] En venant rétablir notre chemin parmi les nations de la terre, nous devons être sûrs d’emprunter la bonne voie. Nous devons créer une nouvelle personne, une personne humaine dont l’attitude envers les autres personnes est emprunte de fraternité et dont l’attitude envers la nature et ce qu’elle contient est inspirée des sentiments nobles de créativité aimant la vie. » A.D. Gordon, Nos
Tâches futures, 1920.
(2) Le Dr Arthur Ruppin en devient le responsable, assisté par des employés du centre agricole de Rehovot, ainsi que par l’agronome Dr Hanan Openheimer.
(3) Baratz Myriam fut la première responsable d’étable du kibboutz. Elle avait à l’époque suivi un stage en Hollande et à son retour fait de l’étable de Degania l’une des plus perfectionnées du pays.
(4) http://www.zimmer.co.il/galil_lang.asp?Site_ID=66&lang=3
(5) L’hôtel Kibboutz Degania Bet dispose de 38 appartements comportant 1 chambre pour les parents et un salon pour les enfants et de 20 chambres doubles. Toutes disposent d’un coin cuisine avec une bouilloire et un réfrigérateur. Les chambres sont climatisées et accessibles aux personnes handicapées.
