L’Egypte a inauguré, ce mois de février 2020, une synagogue du 14e siècle tout juste restaurée à Alexandrie (nord), un chantier de trois ans de plusieurs millions d’euros dans ce pays à majorité musulmane.

Le ministère égyptien des Antiquités a mené de vastes travaux de rénovation pour environ 3,6 millions d’euros depuis 2016, date à laquelle le toit et l’escalier de ce bâtiment historique s’étaient écroulés.

Sous sa longue voûte en arcades, Yolande Mizrahi, une habitante d’Alexandrie de confession juive, se félicite de découvrir la synagogue ainsi restaurée.

« S’il n’y avait pas (le président Abdel Fattah) al-Sissi, cela n’aurait jamais été fait. Beaucoup de choses ont changé depuis qu’il est au pouvoir », affirme à l’AFP cette septuagénaire.

Née à Alexandrie, elle se souvient avoir assisté à des prières dans cette synagogue, lieu de rencontre pour la communauté juive de cette ville au bord de la Méditerranée, qui a accueilli jusqu’à 40 000 Juifs.

Mais depuis la création d’Israël en 1948 et les tensions entre l’Etat hébreu et l’Egypte, la majorité des Juifs égyptiens ont quitté le pays. Et en 2012, la synagogue a été fermée pour des raisons de sécurité après le soulèvement populaire de 2011 qui a mené à la chute du président Hosni Moubarak.

Pour Mme Mizrahi, la restauration de cette synagogue pourrait inciter des Juifs égyptiens à revenir dans leur ville natale.

« J’ai des proches qui sont partis en France, en Italie et en Israël et maintenant, ils voudraient revenir pour voir la synagogue », confie-t-elle.

Venus de toute la Diaspora, environ 180 Juifs d’origine égyptienne ont fait le déplacement sur la terre de leurs aïeux pour un Shabbat célébrant la rénovation récente de la synagogue Eliyahu Hanavi, construite au 14e siècle à Alexandrie.

L’événement était interdit aux médias et organisé en partie par l’association Nebi Daniel, dont les activités se concentrent sur la préservation des sites juifs en Égypte. Seuls quatre ou cinq Juifs, des septuagénaires et des octogénaires, résident actuellement à Alexandrie, explique Alec Nacamuli, membre du conseil d’administration de l’association.

Des visiteurs se rassemblent aux abords de la synagogue Eliyahu Hanavi récemment rénovée à Alexandrie, en Égypte, le 14 février 2020.

La ville comptait, dans le passé, 12 synagogues – mais la majorité d’entre elles ont été vendues au fil des ans afin de soutenir la communauté juive, ainsi que ses infrastructures et ses institutions, note-t-il.

Alors qu’elle était autrefois la plus grande de tout le monde arabe, la synagogue Eliyahu Hanavi a récemment ouvert ses à l’occasion d’un rassemblement festif réunissant responsables du gouvernement et Juifs égyptiens le 10 janvier 2020.

En coopération avec l’armée, c’est le ministère des Antiquités égyptien qui a supervisé cette restauration qui aura coûté quatre millions d’euros et duré trois ans : les travaux avaient été décidés après l’effondrement du toit et des escaliers au cours de l’année 2016.

En janvier 2020, Yolande Mizrahi, native et résidente d’Alexandrie, avait tenu à remercier particulièrement un homme pour ces travaux de réfection.

« S’il n’y avait pas eu [le président égyptien Abdel Fattah] al-Sissi, jamais tout cela n’aurait été fait. Beaucoup de choses ont changé depuis son arrivée », avait-elle confié à l’AFP.

La communauté juive d’Alexandrie n’a pas été la seule à obtenir un coup de pouce inattendu de la part de Sissi.

Un événement à la synagogue Shaar Hashamayim sur Adly Street

La communauté juive du Caire, qui était autrefois composée de 80 000 membres et dont les racines remontent à l’antiquité, compte moins d’une vingtaine de personnes aujourd’hui. Elle aussi a profité de la nouvelle tolérance apparente du président égyptien et prévoit de mettre en œuvre une campagne de préservation de ses cimetières – très nécessaire.

Le chef de l’État avait promis de faire construire de nouvelles synagogues si les Juifs revenaient dans le pays et de restaurer le cimetière Bassatine datant du 9e siècle – le cimetière juif le plus ancien du monde (la célèbre synagogue Maïmonide du Caire, qui date de l’époque médiévale, avait elle été rénovée en 2010).

Le 23 janvier 2020, l’ambassade américaine au Caire a contribué à faire avancer ce projet en promettant de financer en partie les travaux entrepris dans le cimetière Bassatine. Une initiative qui, a-t-elle fait savoir, serait mise en œuvre par le Centre de recherche américain en Égypte en collaboration avec Goutte de lait, une organisation qui se consacre à la préservation du patrimoine juif en Égypte.

L’organisation Goutte de Lait de Sammy compte parmi ses membres des Juifs, ainsi que des Coptes et des musulmans. Fondée en 1921 sous la forme d’organisation caritative chargée de soutenir les membres de la communauté juive les plus pauvres et les plus nécessiteux, l’association a connu un second souffle en 2014 en se fixant pour objectif de préserver le patrimoine juif dans le pays alors que la communauté ne cesse de se réduire.

En organisant des événements culturels et en partageant des informations, elle cherche à sensibiliser le public à une facette dorénavant obscure de l’héritage égyptien.

En plus de la promesse faite par Sissi de rénover et de reconstruire les sites du patrimoine juif, son gouvernement s’efforce d’influencer l’opinion publique au sujet de la minorité juive du pays.

Au cours du dernier Ramadan, la télévision d’État a diffusé une série sur les Juifs égyptiens pour la troisième année consécutive. Dans cette série qui est intitulée « Haret el-Yahud » ou « Le quartier juif », les Juifs étaient présentés comme des patriotes ayant combattu au service de l’Égypte au cours des premiers conflits qui ont touché le pays ou contre l’État naissant d’Israël, entre 1948 et 1954.

« Haret el-Yahud » avait dans un premier temps était salué par l’ambassade israélienne en Égypte pour avoir placé des Juifs au cœur de l’intrigue – même si la mission allait plus tard faire volte-face lorsqu’il s’était avéré que le film diabolisait également l’État d’Israël.

Il y a cependant un contraste net avec les grilles de programme en vigueur pendant les mandats des anciens présidents Hosni Mubarak et Mohammed Morsi, où les Juifs étaient comparés à des animaux et où la chaîne d’État avait diffusé une mini-série basée sur le Protocole des sages de Sion antisémite.

Depuis 2018, M. Sissi met en avant sa volonté de restaurer les lieux de cultes pour les Juifs et les chrétiens coptes.

Le patrimoine culturel juif égyptien devient une facette inséparable de l’histoire nationale et de l’identité du pays. La communauté fait face au défi de stocker, de sécuriser, de trier et de protéger les nombreux documents longtemps négligés qui sont encore dans le pays. Des espoirs sont renforcés grâce à l’essor des touristes, Juifs et non-Juifs, qui viennent visiter les sites juifs. 

Souhail Ftouh

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