Israel pourrait-il étre fier de sa population russophone ? Sans doute OUI, sauf que certains responsables étrangers sont encore ignorants de quoi ils parlent lorsqu’ils évoquent cette catégorie de population en Israel.

Selon un rapport scandaleux publié ce mercredi, 22 septembre 2010, l’ancien Président américain Bill Clinton a soutenu que les immigrés russes juifs étaient un problème pour parvenir à la paix au Proche-Orient.
Israël Beitenou, parti du ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman, a répondu rapidement aux propos injurieux de l’ancien Président américain qui avait affirmé que les migrants de l’ancienne Union Soviétique faisaient obstacle au processus de paix.

« Ces mots prouvent que M. Clinton ne connait pas l’extraordinaire contribution des migrants de la Russie et de l’ancienne URSS à la fondation de l’Etat juif », a affirmé en retour le parti.

En effet, pour donner une image de la contribution de la population russophone d’Israel, il faut se pencher sur la participation active de cette catégorie de la population à l’extraordinaire richesse actuelle du pays.

Il apparaît que l’ancien Président américain prend la minorité de la population russe d’Israel pour des envahisseurs. Pourtant Israel pourrait être fier de plus d’un million d’Israéliens qui parlent russe, soit 20% de la population.

Les fondateurs d’Israël sont meme de cette communauté. Ils sont chez eux. Rappelons-nous que les Juifs russes comptent de nombreux fondateurs de ce pays ! Fondateurs aussi de l’hébreu moderne, avec Eliézer Ben Yehouda arrivé de Lituanie en 1881 et interdisant à sa femme de parler russe à son premier-né… seulement l’hébreu.

A la suite des pogroms de Russie de 1881à 1882, près de 25 000 Juifs de Russie, de Roumanie arrivent en Israël. C’est la première immigration (alya). Puis, entre 1904 et 1914, à la suite du pogrom de la Russie tsariste et antisémite, 35 000 Juifs de Russie et de Pologne. C’est la deuxième alya… Enfin, de 1914 à 1923, quelques 35 000 Juifs de Russie et de Pologne immigrent en Israël. La troisième alya.

Il faudrait parler ici de David Ben Gourion, né en Russie tsariste (Pologne), venu terre d’Israel en 1906. Et de tant de ces « Amants de Sion » qui, d’Ukraine, de Biélorussie, de Galicie, sont venus en pionniers. Certains ont fondé des kibboutzim, comme Joseph Baratz, né en Ukraine, le Kibboutz Degania. D’autres rejoignent le mouvement ouvrier créant la Histadrout, la Hagana, comme Dov Hoz.

C’est encore eux qui vont créer les structures du nouvel Etat, les banques, les caisses maladies, les dispensaires, les premiers collèges hébraïques, le Technion, au début du siècle. Citons Katznelson Berl, de Bielorussie, qui va jouer un rôle important dans la création de ces instituts, en particulier de la banque Hapoalim et du quotidien Davar.
Mais il faudrait aussi parler d’écrivains comme Bialik Haïm Nahman (1924), des poètes comme Haméri Avigdor, ou Rahel, qui composera très vite en hébreu (1909), de Ahazonovich Yosef, écrivain (1900), de peintres et de musiciens.

C’est aussi un Russe, Imber Naftali Hetz, qui a composé l’hymne national, la Tikva, On ne peut pas ne pas mentionner le théoricien du sionisme culturel, Ahad Haam (1922), et Eliezer Kaplan, de Russie (1920) trésorier de l’Agence juive, puis ministre des Finances 1948-1950. Sans oublier Golda Meir, venue en 1912 d’Ukraine, Premier ministre de 1969 à1974.

Ces premiers immigrants arrivant en Eretz sont porteurs du rêve sioniste. Ils arrivent avec leur culture et mentalité russes, leurs livres russes, leurs jurons russes. L’écrivain Meir Shalev en parle dans son Roman russe : « La tradition russe a laissé des traces visibles sur la culture israélienne.

Les racines de la littérature israélienne plongent dans la littérature russe… même si, plus tard, la littérature israélienne et la littérature russe ont divergé… à cause de l’absence de traducteurs ! ». Beaucoup de chants folkloriques sont empreints de mélodies russes.

L’URSS avait fermé ses portes à l’émigration. En 1970, une semi ouverture permet à 170 000 Juifs d’immigrer en Israël, laissant derrière eux les Refuzniks, ceux à qui l’on refusait tout visa de sortie, jusqu’au droit d’apprendre l’hébreu. De ces « prisonniers de Sion », les Israéliens connaissaient Natan Sharansky et Ida Nudel.

Ces Russes se sont installés s’installer en priorité dans les villes. De 1992 à 1995, cette population a doublé à Ashdod, et a augmenté de 70% à Beérsheva. Dans certaines petites localités comme Mitzpe Ramon, ils représentent la moitié de la population. C’est intéressant de noter que ceux de Moscou et de St Pétersbourg sont nombreux à Jérusalem, ceux d’Asie Centrale, à Tel Aviv, ceux de Khurkov à Haïfa.

Plusieurs municipalités ont des maires russes. A Ashdod, si le maire est d’origine marocaine, son adjoint est russe. Dans ses quartiers marocains, l’ambiance est méditerranéenne, dans les quartiers russes, c’est l’Europe des petites familles
La majorité d’entre eux va donc s’installer dans les villes et les quartiers où vivent déjà des Russes.

Là, ils trouveront de nombreuses associations russes pour les aider. Ils resteront donc en dehors de toute pression de la société israélienne pour s’intégrer dans le pays à tous les niveaux. Actuellement plus de la moitié des Russes sont propriétaires de leur logement.

Tous ces nouveaux immigrants ont pu bénéficier de la « Loi du Retour » devenant ainsi citoyens d’Israël, pour autant qu’ils pouvaient prouver avoir un grand parent juif.

Cette communauté très talentueuse, liée par sa langue et sa culture a contribué à la richesse d’Israel.Progessivement elle va s’assimiler à la société israélienne.
Les Russes veulent s’intégrer, en tant que tels dans leur nouveau pays, mettre leur ethnie, leur identité, leurs aspirations propres au service du pays qui les accueille, l’influencer de l’intérieur, désirant que ce pays tienne compte d’eux, tels qu’ils sont.

De 1989 à 2005, ils sont environ 1 200 000 à avoir immigré de Russie, d’Ukraine et des Républiques de l’ex-URSS. Du jamais vu de par son nombre et sa qualité. Notons l’activité incessante menée par l’Agence juive et Nativ dans ces pays russophones dès 1990 pour encourager et organiser l’immigration vers Israël.

Cette communauté est de haut niveau. En 1998 on comptait 78 000 ingénieurs, scientifiques et architectes, 16 000 médecins et dentistes, 18 000 infirmières, 36 000 enseignants, 16 000 artistes, musiciens, écrivains, poètes. La moitié des adultes arrivés avait fait des études supérieures, contre 28% en Israël.

Les trois quarts de ces scientifiques très spécialisés ont pu trouver leur place dans le domaine de la Recherche ou de l’Enseignement. Mis à la disposition des universités et des centres de recherche, les Russes scientifiques sont devenus le fer de lance de la recherche en Israel. Leur rôle est important aujourd’hui dans l’avancement de la technologie en Israel.

Un système de pépinières technologiques a été mis en place en 1990 pour ces « cerveaux russes », sociétés financées à 80% par l’Etat, permettant à ces scientifiques très spécialisés de participer à la richesse de l’Etat Juif. Ceux-ci représentent , en particulier en mathématique fondamentale et appliquée, en physique théorique, en géologie et électronique, un apport considérable aussi bien au niveau de l’enseignement universitaire que de la réalisation de certains projets.

Un apport à bon prix, puisqu’ils sont arrivés en Israël « tout formés » .Grâce à ce système de pépinières où la majorité des recherches est menée par des Russes, Israël est aujourd’hui l’un des pays à avoir le plus grand nombre de projets en haute technologie.

Cette communauté est aussi brillante dans La culture et le sport. Les livres, la musique, l’art, orchestres… il faudrait pouvoir voir la richesse qui se créé en Israël. Mais aussi du théâtre où la spécificité russe s’harmonise avec la réalité du quotidien israélien. La troupe Gesher, fondée en 1991, en est un bon exemple. Dés le début les acteurs parlaient en hébreu, langue qui leur était encore étrangère.

Les bibliothèques se multiplient, les activités culturelles, les magazines, les instituts. Ces activités culturelles sont souvent en russe, des artistes viennent de Russie en tournée en Israël. Les écrivains continuent à écrire en russe, même si la plupart sont bilingues. Peu à peu ces nouveaux citoyens impriment leur marque dans la vie culturelle du pays.

En Israël, les Russes désirent préserver leur culture qu’ils estiment supérieure à celle de leur pays d’accueil et la transmettre à leurs enfants. Des écoles russes privées de haut niveau, des cours du soir, sont organisés pour les jeunes. Nombreux sont les étudiants russes dans les universités du pays.

« Cette immigration va-t-elle donner naissance aux élites israéliennes de demain ? » se demande Danielle Storpez Pereg, sociologue. Le sport est une autre valeur russe et soviétique permettant aux nouveaux immigrants russes de s’imposer dans plusieurs disciplines : natation, patinage, tennis, basket-ball, football, hand-ball. Ils sont à l’origine de cet essor populaire du sport en Israël de ces dix dernières années.

Les salles de gym et les piscines se multiplient. Dans les compétitions sportives, les immigrants d’ex-Union soviétiques se sont particulièrement distingués dans l’athlétisme. Citons le perchiste, Konstantin Sermyhov, record israélien de saut, 5,76m et dans les sports nautiques, Anna Gostameisky, médaille d’or en nage libre (100m).

Dans les médias, dès leur arrivée, une presse russe importante est apparue. Dans les années 91-92, elle dépassait la presse israélienne avec des dizaines de journaux en russe et un tirage de un million d’exemplaires par semaine.

Une chaîne de TV et des stations de radio émettent en russe. Il faut dire qu’en 1993, seuls 14% lisent en hébreu. (Ces journaux ne sont pas traduits en hébreu contrairement au journal mensuel éthiopien).

Aux quatre quotidiens, Nasha Strana (notre pays), travailliste ; Vrenia,(le temps) ; Vesti,(nouvelles) et Novasti Nodeli,(nouvelles de la semaine), s’ajoutent une dizaine d’hebdomadaires, et, dans certaines municipalités, des publications locales. Ils se veulent être des journaux israéliens en russe et vont jouer un rôle important dans l’intégration de cette communauté.

Les russophones d’Israel n’oubliront jamais que David Ben Gourion, né en Russie tsariste (Pologne), a eu l’honneur de proclamer l’indépendance de l’Etat d’Israël en 1948. Cette féte nationale – dans tout le pays – est souvent l’occasion pour les russophones d’Israel, comme le reste du peuple israélien, d’exprimer sa fierté, de sortir du placard ses symboles nationaux, de manifester son attachement à la patrie.

Ftouh Souhail & écho d’Israël

0 0 votes
Évaluation de l'article