Plus de 1 090 hectares doivent être transformés en terres irriguées à Dakhla, un petit bout de paradis au sud du Maroc, perdu entre les eaux de l’Atlantique et les sables du Sahara. Le projet, fondé sur le dessalement de l’eau de mer et l’irrigation au goutte-à-goutte, prévoit la création de 35 exploitations agricoles ouvertes aux investisseurs.
L’Agence Marocaine pour le développement agricole propose de nouvelles parcelles destinées à accueillir des projets agricoles de différentes tailles. Au total, 35 exploitations doivent être aménagées sur une superficie dépassant 1 090 hectares.
Le projet repose sur une usine de dessalement chargée de fournir l’eau nécessaire à l’irrigation comme l’usine d’Emek Hefer en Israël. Celle-ci sera distribuée au moyen de systèmes de goutte-à-goutte afin de limiter les pertes dans cette région particulièrement aride. Les besoins du Maroc devraient croître rapidement.
le Maroc ne dispose pas en propre des capacités suffisantes pour concevoir un tel projet et doit faire appel à des entreprises étrangères. Rabat a fait part à ce poste de leur vif intérêt pour l’expertise technique israélienne dans ce domaine et leur participation à cette préqualification (qui requiert des candidats une expérience dans le domaine du dessalement).
L’utilisation de l’eau sera réservée à l’agriculture. Les cultures maraîchères devront occuper la majorité des surfaces exploitées, avec une part minimale comprise entre 70 % et 75 % selon la taille des parcelles.
Le dispositif doit permettre de développer une agriculture durable dans une zone où la rareté de l’eau limitait jusqu’ici les possibilités de production. Il vise également à attirer des investissements de long terme et à créer une activité économique autour de l’agriculture, de la transformation et des infrastructures hydrauliques.

Développé dans les années 2000, le réseau israélien s’appuie aujourd’hui sur cinq grandes usines de dessalement, réparties le long de la côte méditerranéenne : Ashkelon (2005), Palmachim (2007), Hadera (2009), Sorek (2013) et Ashdod (2015). Elles utilisent des technologies de pointe comme l’osmose inverse pour transformer l’eau de mer en eau potable et disposent de capacités de production parmi les plus élevées au monde. En 2025, près de 75% de la consommation domestique provient d’eau dessalée. À noter qu’Israël exploite également environ 30 petites usines de dessalement d’eau saumâtre (« brackish ») dans le Néguev et l’Arava.
Israël prévoit la construction d’une usine de dessalement d’envergure à Emek Hefer, au nord-est de Netanya (banlieue nord de Tel Aviv). D’une capacité de 400 M de m3, elle doit être achevée en deux étapes : la première partie (200 M m3) sera livrée en 2032 et la seconde quatre années plus tard. Elle devrait ainsi constituer à terme la plus importe usine de dessalement au monde, avec sa propre centrale électrique alimentée au gaz (230 à 300 MW, dont 200 à 240 MW pour les seuls besoins de l’usine). L’émission des documents de préqualification (en langue anglaise) est attendue dans les prochains mois. Cette étape est indispensable pour concourir ultérieurement aux appels d’offres.
Le gouvernement de l’État d’Israël,prévoit une augmentation substantielle de sa capacité de production. Il s’est fixé l’objectif de passer de 900 M de m3 de production en 2025 à 1 400 M de m3 en 2031, puis 2 500 M de m3 d’ici 2050 grâce notamment à trois projets sous forme de partenariats public-privé (PPP) : l’extension de Soreq II dont les travaux doivent être achevés cette année (200 M m3), l’usine de la Galilée occidentale (100 M m3, horizon 2026) et enfin le projet emblématique d’Emek Hefer. En outre, le Ministère des Finances, qui supervise le déploiement des PPP en Israël, renouvelle actuellement le contrat de concession de l’usine d’Ashkelon à partir de 2027 (préqualification réalisée), qui prévoit la rénovation et l’expansion du site à 220 M m3.
Pour soutenir ces projets et adapter le réseau national, des investissements de 4,5 Mds ILS à 7,2 Mds ILS sont prévus par le gouvernement (soit 1,3 à 2 Mds USD par an). Dès 2026, les usines de dessalement devraient fournir 90% de l’eau potable consommée en Israël. En 2050, l’eau dessalée devrait représenter 42% de la consommation totale d’eau contre 24% à ce jour.
Souhail Ftouh