Lors d’une cérémonie à la Présidence marquant les vacances éthiopiennes Sigd, le Président Shimon Peres s’est émerveillé de voir comment la communauté juive éthiopienne est en plein épanouissement en Israel.
«C’est vraiment un miracle, dit-il, « et ce n’est pas seulement votre fête, c’est aussi la fête de tout Israël » a dit le Président israélien devant les représentant de cette communauté (1).
Pour la communauté éthiopienne d’Israël, la fête Sigd est l’une des plus importantes de l’année. Le festival de Sigd est spécifique de la communauté des Beta Israël (juifs d’Éthiopie), 50 jours (7 semaines) après Yom Kippour. Selon la tradition éthiopienne, c’est un jour de jeûne, où l’on prie pour la reconstruction du Temple et en l’honneur de la montée en Israël, jusqu’au coucher du soleil, où l’on réalise un grand festin. Ce festival symbolise le don de la Torah sur le mont Sinaï, jouant donc un rôle analogue à la signification de Shavouot dans le judaïsme rabbinique (2).
Maintenant, il est devenu aussi une partie de la tradition nationale d’Israël. En effet, le Sigd a imprégné la mentalité israélienne dans le cadre du patrimoine national. « Sigd » mot amharique signifie « prosternation ».
Il s’agissait de la deuxième année consécutive où les activités du festival Sigd ont été lancées à la Présidence et la 10ème année de célébration du Sigd en Israël. L’événement a coïncidé avec le 25ème anniversaire de l’Opération Moïse, qui fut l’effort de coopération entre le Mossad, les Forces de l’Air israéliennes et la Marine israélienne de façon déguisée, afin de transporter 8000 Juifs éthiopiens vers Israël (3).
La célébration de la fête en Israël est marquée par des activités populaires à Jérusalem, aucours de laquelle la communauté éthiopienne exprime sa joie. Il suffisait d’être à la promenade de Haas dans le quartier d’Armon hanatziv, à Jérusalem, ce lundi 18 octobre 2010, pour réaliser l’importance de cette fête, aujourd’hui, dans la communauté éthiopienne.
Des milliers de Juifs éthiopiens étaient venus fêter sur la colline dominant la vallée du Cédron avec une vue grandiose sur Jérusalem, sur la vieille ville en particulier. Des bus de tout le pays, stationnés là, donnaient la dimension de ce rassemblement. Et les bus de la ville, les taxis, les minibus continuaient à amener du monde.
Sur une estrade, des dizaines de Kessim (prêtres) et anciens en costume éthiopien sous des parasols multicolores prient, chantent, lisent des textes de la Tora et de Néhémie, en particulier Néhémie chapitres 8 et 9. Une foule rassemblée devant eux participe activement, surtout des adultes mais aussi des jeunes… Les lectures se font en guez avec traduction en amharique pour les commentaires. Revivant ce retour des Juifs à Jérusalem au temps de Néhémie, ils écoutent à nouveau la Tora, se prosternent et renouvellent leur alliance avec le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Grâce à des haut-parleurs, ces prières et bénédictions couvrent toute la promenade.
C’est surtout la joie des retrouvailles entre familles et amis habitant aux quatre coins du pays. Des accolades, des embrassades. La plupart des participants, jeunes, même adolescents, montaient, descendaient, se regroupaient sur l’herbe. Diverses associations éthiopiennes proposaient leurs services : la vente de DVD de chants ou danses en amharique et en hébreu, de journaux et revues éthiopiennes, d’objets venus de là-bas, de produits de base pour la nourriture éthiopienne.
Une tente dressée en contre bas invitait les jeunes à écouter la conférence de tel ou tel enseignant ou rabbin sur le sens de cette fête. Car, comme le disait Avi Masfin, l’un des organisateurs, « les jeunes sont contents de venir fêter mais souvent, ne connaissent pas la signification de cette journée ».
A l’intérieur de la tente, un jeune rabbin Sharon Shalom explique en hébreu : « Nous sommes les seuls Juifs à avoir garder cette fête (50 jours après Kippour) et à nous souvenir ce jour là du retour des exilés de Babylone. Peut-être qu’un jour tous les Juifs fêteront avec nous ». Sous une autre tente, des jeunes enseignent à d’autres jeunes à mettre les Tefillins et à lire la prière.
Même si le centre des festivités est à Jérusalem, d’autres cérémonies semblables ont eu lieu à travers le pays. Dans le village des jeunes de Yemin Ordé, les jeunes immigrants éthiopiens ont organisé une marche, un service liturgique et une exposition permettant aux autres jeunes de connaître leur culture.
La fête, qui est également un jour de jeûne, est traditionnellement marqué le 29ème jour du mois hébraïque de ‘Hechvan, ce qui correspond à 50 jours après Yom Kippour. La fête se finit traditionnellement par des chants, des danses et de bons repas. Ce lundi 20 novembre dans l’après-midi, les rues du quartier Armon Hanatziv chantaient et dansaient éthiopien (4).
Propre à la communauté juive éthiopienne, le Sigd est la première célébration en Israël des membres de la communauté éthiopienne, dès le début des années 1980.
En Février 2008, le député Uri Ariel a présenté la législation de la Knesset présentant le Sigd comme un jour férié national israélien. La Knesset a officiellement ajouté le Sigd à la liste des fêtes nationales en Juillet 2008.
Ftouh Souhail, Tunis
(1) Source : Israel21c
(2) Depuis 2500 ans les Juifs d’Éthiopie célèbrent la fête de « Sigd », 50 jours après Kippour, en souvenir du don de la Tora au Mont Sinaï et du retour des exilés de Babylone à Jérusalem au temps d’Esdras et Néhémie. En Ethiopie, chaque année, à cette date, les Juifs montent sur une montagne avec la Tora pour se prosterner devant le Dieu d’Israël, écouter des textes du livre de l’Exode, d’Esdras et de Néhémie lus en guez et se repentir. Journée de jeûne et de prière en vue de leur retour un jour en Terre Sainte. Entraînés par leurs Kessim (prêtres) et les anciens qui commentent les textes en amharique, toute la communauté renouvelle ce jour là sa foi et sa fidélité à Dieu.
(3) Le Rav Ovadia Yossef, Autorité spirituelle de premier plan, a confirmé la judéité des Juifs d’Ethiopie et amorce ainsi les célèbres opérations de sauvetage des années 1980. « Je suis arrivé à la conclusion que les Falashas sont des descendants d’une tribu d’Israël… et j’ai décidé qu’à mon avis les Falashas sont juifs », déclare-t-il en 1973.
(4) Une gallerie photo de la fête de Sigd sur le site d’Israel Association For Ethipian Jews. Voir en ligne : http://www.iaej.co.il/newsite/

Cérémonie à la Présidence marquant le fête éthiopienne du Sigd

