Plusieurs milliers de Juifs venus essentiellement de France et d’Israël ont effectué ce vendredi et samedi le pèlerinage annuel de la Ghriba, la synagogue la plus ancienne d’Afrique, située sur l’île de Djerba, dans le sud tunisien.
Si la plupart des pèlerins sont venus de France, de divers pays européens et d’Amérique du Nord, le nombre des Israéliens a atteint cette année plus de 1000 pèlerins selon l’Associated Press.
René Trabelsi, un voyagiste spécialisé, a estimé cette année l’affluence à plus 5.000 personnes, dont entre 800 et 1.000 en provenance d’Israël, d’autres d’Italie, de Grande-Bretagne et d’Egypte, soit une « augmentation notable » par rapport à l’année précédente où le nombre de pèlerins s’élevait à 3.500.
A lui seul, il affirme avoir assuré le transport à partir de Paris de 1.400 pèlerins, parmi lesquels quelque 380 Israéliens. Le reste du contingent a transité par divers aéroports européens, en l’absence de liaison directe entre la Tunisie et Israël qu’il « souhaite vivement » voir s’établir au moins pendant la période de la Ghriba.
Ce voyagiste, responsable d’un tour-opérateur à Paris, attribue « l’arrivée en masse de Juifs en Tunisie » au « climat favorable » qui y prévaut et à « la politique modérée du gouvernement qui oeuvre constamment en faveur de la paix dans la région ».
« C’est un pays sécurisé, stable qui assure la liberté de culte et où il fait bon de passer des vacances. On vient ici l’esprit tranquille », note-t-il en se félicitant de « la cohabitation sereine et de la bonne entente entre les communautés juive et musulmane ».
Ce lieu, vieux de 2500 ans selon la légende, accueille annuellement entre le 14è et 18è jour d’Iyyar du calendrier lunaire juif (mai) les descendants de juifs ayant fui la Judée après la destruction du temple de Salomon par Nabuchodonosor.
Haut lieu du judaïsme, avant être détruite puis reconstruite, durant la première diaspora (500 ans avant l’ère chrétienne), la Ghriba, petit édifice blanc et bleu d’un étage près de la petite ville de Houmt Souk, avait été la cible d’un attentat au camion piégé en avril 2002.Vingt-et-une personnes avaient été tuées – quatorze touristes allemands, cinq Tunisiens et deux Français – lors de cet attentat revendiqué par Al-Qaïda.
Cet attentat, après ceux du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, avait provoqué une nouvelle baisse de participation au pèlerinage. Ce n’est qu’en 2003 que les pèlerins ont repris le chemin de la Ghriba.
Bien que ramenée à quelque 2.000 personnes contre plus de 100.000 peu avant la création de l’Etat d’Israël, la communauté juive en Tunisie est considérée comme « importante » par rapport à d’autres pays arabes. Les principales vagues d’immigration ont eu lieu en 1948, puis après l’indépendance de la Tunisie, en 1956 et, en 1967, lors de la guerre israélo-arabe des Six jours.
Ftouh Souhail, Tunis