L’insurrection réprimée dans le sang en Libye a fait au moins 400 morts et 2.000 blessés dans l’Est du pays depuis le début du soulèvement mi-février, ont indiqué mercredi des médecins à Benghazi, deuxième ville libyenne et base arrière de l’opposition à Mouammar Kadhafi.
Des raids aériens de l’armée libyenne sur la cité pétrolière de Ras Lanouf, tenue par les rebelles à l’est de Tripoli, ont touché mercredi plusieurs installations pétrolières, a affirmé le porte-parole du Conseil national mis en place par les représentants de l’insurrection.
Une énorme explosion a été entendue mercredi après-midi près d’une raffinerie située aux abords de la ville libyenne de Ras Lanouf, tenue par les insurgés, où l’on voyait des flammes hautes de plusieurs centaines de mètres, selon des témoins.
Les forces du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi ont lancé un assaut sur la ville de Zawiyah à l’ouest de Tripoli, a affirmé mardi un ancien responsable libyen qui a fait défection, appelant la communauté internationale à agir.
« A chaque coin, il y a des gens qui tirent. Il (Kadhafi) veut prendre (Zawiyah) avant mercredi. La communauté internationale doit agir », a affirmé à l’AFP Mourad Hemayma, joint au téléphone au Caire où il est devenu porte-parole des rebelles. Il a indiqué que des membres de sa famille avaient été tués et d’autres blessés dans la ville, assiégée par les chars et les troupes du colonel libyen depuis plusieurs jours.
« La situation est très critique à Zawiyah. (La ville) est investie et bombardée au quotidien par des soldats », a indiqué M. Hemayma, qui a démissionné de son poste de responsable au ministère des Affaires étrangères. « Nous ne pouvons pas laisser les choses continuer comme ça », a-t-il dit.
Plusieurs responsables émettaient mercredi l’hypothèse d’une rétention à la frontière libyenne des réfugiés voulant fuir le pays, alors que le nombre de migrants en Tunisie a nettement baissé ces derniers jours.
« Environ 3.000 personnes ont franchi la frontière mardi, c’est un chiffre relativement bas », alors que la Tunisie recevait plus de 10.000 réfugiés par jour en provenance de Libye la semaine passée, a affirmé le responsable régional du Croissant-Rouge, Monji Slim. « J’ai entendu que des images satellites prises par les Américains et les Anglais montrent des concentrations de gens aux alentours de la frontière côté libyen », a-t-il ajouté.
Un jeune Tunisien de retour de Zenten, à 145 km au sud-ouest de Tripoli, a affirmé mardi à l’AFP que huit Libyens pro-Kadhafi avaient été tués lundi dans cette ville aux mains des insurgés. « Hier à Zenten, j’ai vu les révolutionnaires tuer quatre militaires libyens et quatre Africains noirs en uniforme », a raconté Mourad Rayachi, 22 ans, quelques minutes après avoir traversé le poste-frontière tunisien de Dehiba, à environ 300 kilomètres au sud de Ras Jdir. Zenten est la première ville de l’Ouest libyen à avoir manifesté le 16 février. Elle a été prise par les rebelles quelques jours après le début de la révolte contre Mouammar Kadhafi, partie le 15 février de Benghazi.
Le régime libyen a promis mercredi une récompense financière de près d’un demi-million de dollars à toute personne qui remettrait aux autorités le président du Conseil national mis en place par les rebelles, Moustapha Abdeljalil, a annoncé la télévision d’Etat.
« L’Administration générale pour l’enquête criminelle offre une récompense financière d’un demi-million de dinars libyens (410.00 dollars environ, NDLR) pour toute personne qui capture et livre l’espion Moustapha Abdeljalil et une récompense de 200.000 dinars pour toute personne fournissant des informations permettant sa capture », indique la télévision libyenne.
Les Emirats arabes unis (EAU) ont exhorté le Conseil de sécurité des Nations unies à agir pour la protection du peuple libyen dans le contexte des affrontements qui opposent rebelles et forces kadhafistes.
Ftouh Souhail