Washington ne cache pas ses préférences stratégiques. Entre 2020 et 2024, le Maroc s’est imposé comme l’un des trois principaux bénéficiaires mondiaux des surplus de l’arsenal américain, aux côtés d’Israël et de la Grèce, confirmant son statut d’allié incontournable du Pentagone.
C’est une preuve supplémentaire de la densité de l’axe Rabat-Washington. Selon les données fournies par le Pentagone, le Royaume figure sur le podium des nations ayant le plus profité du programme « Articles de Défense Excédentaires » (EDA). Ce dispositif permet aux États-Unis de transférer leurs équipements militaires en surplus à leurs partenaires privilégiés. Cette sélection n’a rien d’aléatoire : elle a été validée par l’Office of Strategic Capabilities (OCS) du Département de la Défense, qui juge que ces transferts servent directement les intérêts de sécurité nationale américains.
Pour Washington, l’objectif est technique autant que politique : renforcer « l’interopérabilité » entre les Forces Armées Royales (FAR) et l’armée américaine. Ce flux d’équipements s’inscrit dans le cadre de l’accord de coopération militaire signé en 2020 et du statut d’allié majeur non-membre de l’OTAN dont jouit le Maroc depuis 2004.
Au-delà de ces transferts de surplus, le commerce militaire bat son plein. Les chiffres publiés en janvier 2025 par le Département d’État révèlent que le portefeuille des ventes actives de gouvernement à gouvernement (FMS) atteint désormais la somme colossale de 8,545 milliards de dollars. Une manne qui permet à Rabat d’accélérer sa modernisation via l’acquisition d’armes neuves, de services de formation et d’infrastructures de pointe.
Le Maroc poursuit la modernisation de son armée et serait sur le point de finaliser l’achat de 32 chasseurs furtifs F-35 Lightning II auprès de Lockheed Martin. Avec cette acquisition, le royaume deviendra le premier pays arabe à doter son armée de cet équipement de pointe.
Le Maroc a commandé 32 chasseurs F-35 pour 17 milliards de dollars auprès du fabricant américain. Le contrat prévoit une livraison sur 45 ans, ainsi que la maintenance et le soutien logistique de ces appareils de 5? génération. Rabat a déjà obtenu le quitus d’Israël, exigé avant toute vente de ce chasseur à un État arabe, fait savoir une source de Tel-Aviv.
Les chasseurs F-35 devraient être opérationnels d’ici 2035, grâce à la compatibilité de formation et d’équipements avec les alliés de l’OTAN, ajoute la même source qui précise que le royaume se prépare aussi à mettre à niveau ses F-16 Viper Block 72, des avions espions Gulfstream G550 équipés de systèmes israéliens.
L’acquisition par le Maroc de cette technologie n’est pas vue d’un bon œil par l’Algérie qui, de son côté, attend la livraison prochaine de Su-57 et Su-35 russes, commandés en 2018, pour renforcer ses forces aériennes. Les deux pays voisins se livrent à une course aux armements depuis des années, une rivalité entretenue par le conflit du Sahara.
Souhail Ftouh