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Sébastien feuillette tranquillement un magazine dans la salle d’attente d’un dentiste à Tel-Aviv. Dans quelques jours, ce professeur de 49 ans à l’allure impeccable s’envolera vers la France pour retrouver ses étudiants dans l’école de commerce où il enseigne. Son sourire retrouvé.

Pour ses cinq implants dentaires, il n’aura déboursé que 6 000 euros.

“A Paris, il aurait fallu compter 13 000 euros ! Le double ! Et les implants ne sont pas remboursés par la sécurité sociale ! Je n’aurai jamais pu sortir une telle somme”, confie-t-il. C’est une collègue qui lui a soufflé la solution israélienne.

“J’avais commencé à regarder ce qui se faisait en Hongrie. Mais là-bas, on ne parle pas français. Ma collègue juive,opérée en Israël avait été très satisfaite”.

Tout a été très simple : Il a contacté, via Internet, la clinique multi-disciplinaire du chirurgien dentiste Dr Richar Truabe (1). Vingt-quatre heures plus tard, après avoir transmis radio panoramique et bilan de santé, il avait un rendez-vous.

Sébastien a ensuite effectué deux séjours d’une semaine à la clinique. Au total, l’opération a pris trois mois.

“A Paris, souligne l’enseignant, il fallait attendre dix mois entre la pose de l’implant et celle de la prothèse.”

Dans cet établissement du quartier chic du centre Weizmann à Tel-Aviv, 30 % de la clientèle est étrangère. Dans certains cabinet on se charge même de réceptionner les patients à l’aéroport et de répondre à leurs questions. “Les gens ont besoin d’être rassurés”, explique Dr Truabe.

Une grande partie de ces touristes atypiques est constituée de juifs européens qui viennent des famille en Israël. Mais il y a aussi des Français, non juifs. Le faible coût des liaisons aériennes depuis l’arrivée des compagnies low cost, la langue et le climat sont autant d’arguments qui plaident pour une intervention en Israël.

“Ceux qui viennent de l’étranger appartiennent généralement à la classe moyenne, précise le docteur Truabe. Mais certains sont issus de milieux très modestes. Ils économisent des années ou empruntent.”

“Les dents, ajoute le chirurgien, c’est à la fois de l’esthétique, de la psychologie et une affaire de santé. En général, ces patients viennent pour de grosses réhabilitations, qui leur coûtent entre 6 000 et 10 000 euros.”

Si les prix sont beaucoup plus bas qu’en Europe c’est que tout est moins cher en Israël : les salaires, les loyers, les prélèvements sociaux et les prothèses, fabriquées localement. Docteur Truabe ( en photo)  est particulièrement attentif aux matériaux employés, bannissant les prothèses fabriquées en Chine ou en Europe de l’est.

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“Nous sommes conscients que certains de nos clients étrangers peuvent avoir de l’appréhension. Nous ne prenons aucun risque car nous tenons à notre réputation.” Pour les mêmes raisons, le chirurgien refuse de pratiquer des actes plus lourds comme les greffes d’os et plus généralement les actes qui nécessitent un suivi médical.

Relativement récent, le “tourisme dentaire” est en plein développement en Israël.

Israël bénéficie d’une solide réputation en matière de soins dentaires. Chaque année, ce sont plusieurs milliers de touristes, Suisses, Anglais ou Américains et même des touristes arabes du Proche-Orient qui viennent s’y faire soigner. Outre la qualité des soins prodigués ce sont surtout les prix pratiqués qui attirent en masse les patients étrangers.

D’ailleurs dans le classement des 25 destinations les plus populaires du tourisme médical du Medical Tourism Index (MTI), Israël est en 1ère place, dans la catégorie du meilleur service, meilleur soin et meilleure expérience pour les patients et en 3ème position dans le classement général.

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Depuis 2012 un immense complexe de 4 000 mètres carrés a ouvert ses portes à Tel-Aviv, à une vingtaine de kilomètres de l’aéroport Ben Gourion : la Malo Clinic. Une quarantaine de spécialistes y travaillent : dentistes, ophtalmologues, spécialistes de la chirurgie plastique ou du traitement de l’obésité. A l’origine du projet, le groupe portugais Malo Clinica qui est déjà présent en Europe, aux États-Unis, au Brésil, à Hongkong et à Macao. Ce Malo Clinic de Tel-Aviv se veut une plate-forme pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique (2).

Outre les dents, la chirurgie esthétique a le vent en poupe

Israël compte une centaine de plasticiens et une quarantaine de cliniques de chirurgie esthétique.

Après avoir été un précurseur dans la région – c’est en Israël qu’a été créée la première clinique esthétique au Moyen Orient dans les années 1970- l’État Juif est longtemps apparu en avance rapport à d’autres pays dans la région comme le Liban, surtout pour les opérations pratiquées sur les transsexuels, dont Tel-Aviv s’était fait une spécialité dans les années 1990 et 2000. Aujourd’hui, la clientèle est massivement féminine et le secteur en plein boom.

Originaire de la région Languedoc (Toulouse), Évelyne, 38 ans, vient régulièrement en Israël pour ses vacances. C’est à la suite d’un reportage télévisé sur la chirurgie esthétique, diffusé en France, qu’elle décide de se faire opérer à Tel-Aviv, dans la clinique du professeur Yehuda Ullmann à Haifa. 

Yehuda Ullmann

Formé aux États-Unis et en Israël à l’instar de la plupart de ces confrères, le professeur Ullmann ( en photo) est docteur de la Faculté de Médecine du Technion– Israel Institute of Technology à Haifa et aussi de l’Eastern Virginia Medical School in Norfolk (3).

Dr Ullmann est aussi chef d’unité dans le département de chirurgie plastique et reconstructive au Rambam Medical Center à Haifa, le principal hôpital universitaire dans le nord d’Israël.

“J’ai rencontré le docteur Ullmann en novembre, explique-t-elle. J’avais besoin d’une liposuccion du ventre, des hanches et des membres inférieurs. Il y a eu un très bon feeling, je n’ai pas hésité”.

“J’ai fait cela en Israël, car je ne voulais pas que mes enfants me voient”, confie cette mère de deux garçons, employée dans une boite privé, qui souffre d’un sérieux problème de poids.

Elle a payé 50,000,00 ILS Shekel Israelien (environ 11,462.24 euros).

Dans le très chic clinique ultradesign du professeur Ullmann, spécialiste en chirurgie plastique réparatrice et esthétique, il accueille des patients de l’Europe entière – France, Belgique, Suisse, Espagne ou Italie – et parfois des pays du Proche Orient et du Canada.

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Les étrangers représentent de 25 à 30 % de sa clientèle. Des touristes motivés par des prix jusque trois fois inférieurs à ceux pratiqués en France, par exemple. Ils viennent le plus souvent pour la liposuccion, le lifting, la rhinoplastie et l’augmentation mammaire, les greffes de cheveux et la plastie abdominale. L’établissement, qui compte une douzaine de chambres, est doté de trois blocs opératoires avec des équipements de dernière génération. Un anesthésiste-réanimateur est présent en permanence.

Ni packages ni agences de voyages spécialisées

“Beaucoup de ceux et de celles qui viennent ici ne se feraient sans doute pas opérer en France, souligne le professeur Ullmann . La clientèle n’est pas la même.”

Ce chirurgien, qui est aussi un chargé d’enseignement clinique à la Faculté de Médecine au Technion de Haifa, ne comprend pas que certains de ses collègues français puissent refuser d’assurer le suivi médical d’un patient opéré à l’étranger.

“C’est contraire à la déontologie, contraire à l’éthique et contre l’intérêt du patient, s’insurge le professeur. Il y a deux poids, deux mesures. Cela ne leur pose aucun problème que des étrangers viennent en France se faire soigner. Mais l’inverse, ils ne l’acceptent pas !”

Contrairement au Liban, perçue comme une destination touristique médicale low-cost, Israël a réussi à préserver une bonne réputation en jouant la carte de la technicité. Ici, ni packages ni agences de voyages spécialisées : la chirurgie esthétique reste une affaire médicale.

Souhail Ftouh


(1)Voir le lien: http://www.isracontact.com/#!richard-traube/c5qg

(2)Voir le lien: http://www.maloclinic.co.il/en/

(3) Ses principaux intérêts de recherche sont la guérison des brûlures,le lipofilling (ou lipostructure), les traitements avec lasers,et les traumatismes compliqués. Il a publié de nombreux articles sur ces questions dans des revues internationales de premier plan.Voir le lien: http://www.rambam.org.il/EnglishSite/MedicalStaff/Pages/UllmannYehuda.aspx

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